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Auxiliaire de santé des îles, un métier à réinventer

Le CHPF accueille, ce mercredi et ce jeudi, les Journées des auxiliaires de santé des îles. Ces 67 agents, répartis dans 44 îles isolées de Polynésie, assurent des soins de base et servent de relais pour les autorités de santé malgré une formation limitée et un statut encore classé en catégorie D. L’événement vise à reconnaître leur engagement, mais sert aussi de « plaidoyer » pour une revalorisation et une modernisation de leur profession. Voire même la création d’un nouveau métier « d’agent de santé correspondant de la télémédecine », mieux adapté aux réalités de terrain.

Réunion de famille, ce mercredi sous la grande nef du CHPF. L’association Partage Santé Pacifique (APSP), fondée en 2006 par le docteur Philippe Biarez, organise, jusqu’à jeudi, deux journées d’expositions, de partage et d’informations sur les auxiliaires de santé des îles. Un événement inédit, lancé en partenariat avec le centre hospitalier et la Direction de la santé, et qui est avant tout destiné à remercier les 67 professionnels qui exercent souvent seuls dans 44 îles, motu et zones isolées, avec des moyens et une reconnaissance limitée. Deux jours de discussions, aussi, pour valoriser et moderniser la profession d’auxiliaire de santé.

« Toujours en catégorie D »

Premiers soins, conseils, communication avec les autorités et les soignants à distance, opérateur des outils de télémédecine… Ces agents aux multiples facettes sont chargés de s’assurer que les besoins sanitaires de base sont bien couverts dans certaines zones reculées des archipels, avec « uniquement une formation à l’emploi de neuf mois – six théoriques et trois mois de stages ». La fonction avait été créeé en 1988, et devait avant tout servir de relais dans les quartiers, îles et zones rurales dont ils sont originaires, pour faciliter l’intervention de la direction de la Santé. Leurs missions, aujourd’hui, sont « beaucoup plus larges » comme l’explique François Takamoana, maire délégué d’Amanu et auxiliaire de santé de l’île.

« Nous sommes dans l’attente, en fait, de valoriser notre statut, parce qu’en tant qu’auxiliaire de catégorie D, nous n’avons pas le droit de faire toutes ces choses que nous faisons aujourd’hui dans les Tuamotu, dans un poste isolé, indique le jeune tavana. Par exemple : nous devons faire les vaccinations de CPI, nous devons aussi piquer au niveau des insulines, et surtout suivre les patients en fin de vie. Et ça, ce n’est pas notre métier de base. »

François Takamoana tavana de l’île de Amanu et auxiliaire de santé

« Agent de santé correspondant de la télémédecine »

 « Oubliée lors de la création de la fonction publique territoriale en 1995 », cette profession d’auxiliaire a grand besoin de modernisation, voire même d’un remplacement, estime le docteur Philippe Biarez, ex-directeur de l’hôpital de Moorea et ex-directeur de la Santé : « Ils ont un statut qui est complètement dépassé, puisque c’est un statut qui est assimilé aux femmes de ménage, aux agents d’entretien, et donc c’est toutes ces choses qu’il faut changer. Du coup, aujourd’hui, on les remercie, et en même temps on sollicite les institutions et les autorités pour que ça puisse évoluer, et probablement inventer un nouveau métier : agent de santé correspondant de la télémédecine. On espère que d’ici un an, il y ait un nouveau métier, un nouveau statut et une formation. »

L’enjeu est aussi d’éviter la disparition progressive de cette activité, qui « peine à recruter et à retenir ses agents dans des conditions difficiles ». La création d’une nouvelle version, plus moderne et mieux adaptée aux réalités du terrain, permettrait de la rendre plus attrayante, assure le fondateur de l’association. Une démarche complexe, car « ce métier n’existe pas en France, du coup, il sera spécial à la Polynésie ».

« Des formations en visioconférence »

Dans cette perspective de modernisation : « On va tester des formations en ligne, à distance, avec une quinzaine d’auxiliaires qui sont dans les îles, reprend le président de l’APSP. Il y aura trois thèmes : la formation sur la protection maternelle infantile, la formation sur les situations de crise dans les îles, et puis aussi une formation pour être capable de mieux gérer les violences dans les familles. Dans les mois et années à venir, l’association s’engage a assurer la formation des agents, en collaboration bien sûr avec les services de santé ».

Docteur Philippe Biarez

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