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Budget 2026 : « Chat GPT est en panne », ironise Édouard Fritch

Majorité et opposition se sont affrontées sur le rapport d’orientations budgétaires, la première défendant sa « trajectoire budgétaire prudente » et son approche pointilliste des réformes fiscales dont les effets se ressentiront, c’est promis, en 2027 et 2028, la seconde tirant à boulets rouges sur des recettes qui dorment dans les coffres du Pays au lieu de stimuler l’investissement et la demande intérieure. « Chat GPT est en panne », dit le président du Tapura pour critiquer un rapport qu’il juge sans substance.

L’assemblée s’est pliée à l’exercice de l’examen du rapport d’orientations budgétaires ce mardi, en prélude à la livraison du projet de budget lui-même, celui qui montrera chiffres à l’appui le prix que donne le gouvernement à chacune des ambitions affichées. Mais si peu de temps avant la livraison du budget lui-même, l’exercice de ce matin semblait un peu vain : sa présentation gagnerait à être faite plus tôt – certains disent dès la fin de la session administrative, après l’adoption du compte de gestion –  pour laisser le temps à tous de vraiment étudier ces orientations et de préparer d’éventuelles modifications.

Premier à prendre la parole, le ministre de l’Économie et des Finances, Warren Dexter. Si la situation internationale est vue comme globalement bonne à l’exception des déstabilisations quotidiennes de Trump, la situation nationale, elle, l’est moins, avec notamment « des problèmes budgétaires importants qui préfigurent un soutien amoindri à nos politiques publiques ». La situation locale, en revanche, est saine : un niveau respectable d’exécution budgétaire des investissements (60% à fin août), des recettes supérieures aux prévisions, une inflation à moins de 2%, preuve pour le ministre « qu’il y a une vraie reprise économique », et une trésorerie confortable qui permet d’aborder « sereinement » l’année 2026.

Prudence ou immobilisme ?

Tematai Le Gayic, qui préside la commission des Finances, a salué la « maturité institutionnelle » et « le souci du quotidien du peuple » qu’il voit dans ce rapport et dans les auditions des ministres qui se sont tenues la semaine dernière, ainsi que la « trajectoire budgétaire prudente » et la « dette bien maîtrisée », tout en ajoutant que « prudence ne veut pas dire immobilisme ». 

Ce n’est évidemment pas l’avis de l’opposition. Pour Teave Chaumette de A Here ia Porinetia, la résilience de la Polynésie dans un contexte instable « ne doit pas masquer notre fragilité ». Elle ne voit pas de « mesures fortes pour augmenter le pouvoir d’achat » ni « donner de l’air à l’entreprenariat », mais note « 16% de hausse des recettes de fonctionnement depuis le Covid grâce aux recettes fiscales : le Pays encaisse et les familles décaissent. »

Cherté de la vie : « Les premiers effets sur 2027, on ne peut pas aller plus vite »

Mais Warren Dexter assure que c’est prévu : « Je suis dans une stratégie de transfert de la fiscalité. Aujourd’hui, ce qui fait la cherté de la vie de notre pays, c’est la fiscalité dite indirecte, notamment la TVA et les droits à l’importation. Le gain de recettes que nous avons accusé ces dernières années va être mis à profit pour permettre des réductions substantielles de fiscalité indirecte à l’échéance de 2027 et 2028. Donc effectivement, la stratégie serait d’abaisser progressivement et on verra les premiers effets sur 2027, ça ne peut pas aller plus vite. »

Au programme de 2026 pour le pouvoir d’achat, donc, le toilettage de la TDL, à la sécurité juridique discutable et aux effets incertains, la TVA à 1% dans les îles éloignées, « la réforme des PPN qui va se traduire par une carte de remise pour les ménages les plus nécessiteux » (environ 12 000 familles), la transposition en Polynésie du dispositif de tickets-restaurant, la gratuité de la cantine scolaire, et la possibilité pour certains fonctionnaires d’avoir une activité accessoire, liste le ministre. En revanche,  la réforme de l’impôt sur les transactions est reportée : « J’aurais aimé pouvoir la présenter cette fin d’année, mais comme les chefs d’entreprise ne sont pas tout à fait d’accord, j’ai accordé un peu de temps et je vais le présenter aussi sur la session administrative de 2026″, explique Warren Dexter.

Pas de trésor de guerre

Warren Dexter veut toutefois corriger les déclarations du Tapura sur le « matelas » budgétaire qui serait de 60 à 70 milliards. « Aujourd’hui la trésorerie, j’ai fait un point tout à l’heure avant de venir, on est à 36 milliards et avec les encours de paiement on va baisser à 32 milliards. Je peux vous dire que c’est un niveau raisonnable, je tiens à rappeler que quand on est arrivé en 2023 on était à 41 milliards. »

Édouard Fritch : des « signes avant-coureurs » de lendemains qui déchantent

Pour Édouard Fritch, en revanche, pas de doute, « les moteurs de croissance tournent en sous-régime », « l’investissement privé stagne et la demande intérieure s’essouffle » et « le mieux de 2024 est conjoncturel, pas structurel ». « Il n’y a pas signe de vie, tout est atone dans ce ROB, martèle le président du Tapura. C’est vrai qu’aujourd’hui les paramètres sont bons, on ne peut pas le contester. Mais il y a des signes avant-coureurs qui nous montrent qu’il faut qu’on prépare une réaction dès ce budget 2026.

Il accuse le gouvernement, qui pourtant engrange des recettes significatives, de pratiquer « la politique de la rustine » et de « garder les fonds publics comme on garde son épargne personnelle » au lieu de faire baisser les taxes pour faire baisser les prix. « La TVA va nous rapporter presque 10 milliards de plus l’année prochaine. On a envie de demander, que faites-vous de cet argent, parce qu’on ne voit pas grand-chose. En fin de compte, derrière, Chat GPT est en panne. »

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Jt Vert 29/10/2025

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