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Concessions électriques : les Marquises ouvrent le bal des renouvellements

Malgré les retards pris sur la loi de péréquation, cinq communes des Marquises entendent choisir leur nouvel opérateur électrique d’ici le mois d’octobre. Alors qu’une dizaine de concessions sont à renouveler dans le pays, ces délégations de service public sont un premier test pour la concurrence : trois groupements privés ont formulé des offres.

Aux Marquises comme ailleurs, on s’exprime avec prudence sur le dossier. Il faut dire que les passations de marchés sont des procédures complexes dans le secteur de l’énergie. Plusieurs communes ont pu le constater ces derniers mois. Taha’a, Huahine, Taputapuatea, Tumara’a, Rangiroa, Rurutu, Moorea… Toutes, comme Nuku Hiva, Hiva Oa et Ua Pou, ont eu à préparer le renouvellement de leur concession de distribution de l’électricité, d’abord prévu pour 2020. Toutes ont saisi, fin 2019, la possibilité de reconduction d’un an de leur délégation actuelle. En cause, la difficulté de chiffrer ses besoins, de fixer des lignes directrice claires pour l’avenir, mais surtout le retard pris par le Pays pour fixer un nouveau cadre de la tarification de l’électricité, la fameuse péréquation. Le Covid et les municipales n’ont depuis pas aidé à avancer et ont officiellement justifié un nouveau décalage d’un an, introduit dans la loi fin mai. Mais dans les faits, c’est encore une fois le patinage et le débat suscité par cette loi de « solidarité dans le domaine de l’électricité », promise pour 2018, votée fin 2020, amendée en juin, mais dont les arrêtés d’application manquent toujours, qui ralentissent la marche. Cette fois, les trois communes des Marquises ont préféré ne pas saisir l’opportunité du délai : elles comptent bien choisir leur nouvel opérateur avant le 1er octobre, date théorique de mise en œuvre de la péréquation du Pays.

75% de renouvelable avant 2040

Si Nuku Hiva, Hiva Oa et Ua Pou, rejointes par Tahuata et Fatu Hiva, jusqu’ici en régie communale, peuvent avancer, c’est qu’elles ont su travailler collectivement. « Il y a bien cinq appels à candidatures distincts, et on peut très bien imaginer un délégataire différent pour chaque commune », précise Vivien Martineau, conseiller énergie à la communauté de communes des îles Marquises (Codim). Mais les municipalités ont choisi de faire avancer leur procédure en même temps et de partager certains moyens, notamment dans la préparation. Il a fallu anticiper, se mettre d’accord sur un projet, mais « l’étape cruciale dans le renouvellement de ces concessions, ça a été de définir les besoins », reprend le spécialiste. Dès 2019, deux documents communs à tout l’archipel ont été commandés (Ua Huka est sous concession EDT jusqu’en 2030) par appel d’offres aux cabinets spécialisés. Un audit des régies et concessions, pour analyser les réussites et les échecs du système actuel, et surtout un schéma directeur des énergies. Socle du cahier des charges actuel, il a été formé autour d’un objectif phare : atteindre les 75% d’énergies renouvelables. Bois, hydro, solaire, éolien… Aux prestataires de proposer une trajectoire et un mix énergétique viable, île par île, pour atteindre ce cap avant la fin des futures concessions, en 2040.

Outre le renouvelable, des objectifs chiffrés sont fixés – ou doivent être proposés – sur les temps de coupure ou le temps de réponse aux usagers. « S’ils ne sont pas atteins, des pénalités seront appliqués », précise Vivien Martineau. Surtout, le cahier des charges insiste sur la transparence – notamment sur les aspects financiers – et le rôle de l’autorité communale. « On ne laisse plus faire le délégataire, en faisant les comptes à la fin de la concession, continue le conseiller à la Codim. C’est presque un partenariat, avec une association de la collectivité à toutes les décisions liées à la concession, année par année, mois par mois et presque jour par jour ».

Bien entendu, les candidats sont aussi sélectionnés sur leurs propositions tarifaires. Et c’est sur ce nerf de la guerre que l’absence de règles claires sur la future péréquation est le plus problématique. Aux Marquises, on a pourtant estimé que ce « flou juridique » pouvait être contourné. « Cela empêche la signature de la convention, clairement, parce que ça empêche de s’accorder sur une grille tarifaire, reprend Vivien Martineau.  Cependant, cela n’empêche en aucune façon tout le travail en amont qui a été mené depuis deux ans, ni la construction du cahier des charges ». Les candidats aux cinq délégations de service public aux Marquises seront « jugés sur des tarifs hors péréquation », qui peuvent être de deux à trois fois plus élevés que les tarifs qui seront, in fine, appliqués à l’usager. « Ça demande une petite ingénierie financière, mais c’est à la portée des communes« .

Première bataille de la guerre des concessions

C’est sur la base de ces documents que les cinq communes délégantes ont lancé leur appel à candidatures, fin janvier. Et il a été entendu dans tout le fenua : six candidats se sont positionnés sur les différents marchés, et tous ont passé le stade de la pré-selection. Preuve que le cahier des charges, un document d’une centaine de pages, est technique et exigeant, le mois dernier, seuls trois groupements ont effectivement déposé une offre. Électricité de Polynésie, filiale d’Engie comme EDT, concessionnaire actuel à Nuku Hiva, Ua Huka et Ua Pou, et dans une vingtaine d’îles du fenua, est sur les rangs. Mais l’opérateur historique n’est pas seul : Cegelec Polynésie et la Polynésienne des Eaux se sont associés au sein du groupement « Énergie des îles », une alliance qu’on devrait retrouver dans d’autres procédures de concessions électriques à venir. Un groupement de personnes physiques, dont feraient partie Cyril-Claude Dardel et Jean-Paul Nazaire, déjà impliqués dans le groupement  Teva Rua Nui, qui avait contesté à Secosud sa concession à Tahiti, a en outre répondu sous le nom Uira Mana.

Autant d’offres qui sont en ce moment même analysées par les communes, avec l’aide de la Codim et d’un cabinet métropolitain. Aux Marquises, on sait que cette procédure, galop d’essai pour de futures guerres de marché ailleurs au fenua, se doit d’être parfaitement cadrée. D’ici quelques jours, les commissions de délégation de service public des communes pourront, ensemble ou chacune de leur côté, entrer en négociations exclusives avec certains de ces candidats, avec l’objectif de clore les discussions début août. L’objectif reste donc toujours le même : lancer la nouvelle concession au 1er octobre. « On est sur un planning très serré, mais on est en passe de le tenir s’il n’y pas de contretemps de dernière minute », assure Vivien Martineau. Et si tous les textes d’application de la péréquation sont votés d’ici là.

 

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