ACTUS LOCALES

Convention santé : l’État veut privilégier la prévention

Le haut-commissaire Éric Spitz quitte la Polynésie samedi à l’issue d’un séjour de trois ans. Invité de la rédaction de Radio 1 et de Tiare FM, il a apporté des précisions sur la convention santé dont la négociation patine depuis bientôt deux ans : le Pays et l’État n’ont pas les mêmes priorités, et « quand bien même on aurait les sous, l’État ne souhaite pas financer » les évasans et les molécules onéreuses, mais veut orienter ses financements sur la télémédecine et la prévention.

Éric Spitz quitte le fenua avec, parmi les meilleurs souvenirs de ces trois dernières années, « la manière dont les élections territoriales ont été organisées, puisqu’il n’y a eu aucun recours », les Jeux olympiques et le sommet de Nice sur les océans, « qui n’a pas eu ici, je pense, l’écho qu’il méritait, mais qui a eu un grand écho en France et dans le reste du monde. La quasi-totalité des annonces françaises étaient des annonces apportées par la Polynésie française, notamment l’air marine protégée la plus grande du monde. (…) C’était magnifique, et on a donné une très belle image de ce pays. »

Le haut-commissaire se dit satisfait de voir relancée la consommation des crédits disponibles au titre du Fonds Macron pour la transition énergétique et du Fonds Vert qui a permis de financer des projets en faveur de la biodiversité et du classement à l’Unesco des îles Marquises. « On a beaucoup plus de dossiers cette année qu’on a de fonds, donc c’est un réel succès qui contraste avec la situation que j’ai trouvée à mon arrivée (…) on a vraiment un boom des projets. » Il garde aussi le souvenir du « travail partenarial de qualité » avec Édouard Fritch et Moetai Brotherson.

La convention santé État-Pays, les raisons de la discorde

La précédente convention 2021-2023, qui apportait 1,6 milliard de Francs par an, a été prorogée deux fois, pour les années 2024 et 2025. Elle encadre notamment la collaboration avec le CHU de Bordeaux pour les internes. Impossible de la prolonger encore, il faut donc trouver une issue aux discussions entamées en septembre 2023.  État et Pays ne sont pas d’accord sur l’objet de la convention : « Là où ça coince, dit Eric Spitz, c’est que l’État souhaiterait soutenir les priorités suivantes : la télémédecine pour le rééquilibrage entre Papeete et Taravao, des politiques de prévention, et le ministre de la Santé souhaite, lui, que l’on finance les molécules onéreuses et les évasans urgentes. » Des dépenses bien supérieures au montant de la convention, puisque les évacuations sanitaires représentent un budget annuel de 1,4 milliard, et les molécules onéreuses 3,7 milliards voire davantage. Et pour l’État, c’est non : « Ça, ça arrive en bout de chaine. On est vraiment à 100%, pour le coup, dans les compétences de la Polynésie. Nous, on préférerait réfléchir avec la Polynésie sur la manière de prévenir les problèmes de santé (…). C’est ça, le cœur du problème. Et quand bien même on aurait les sous, on ne souhaite pas financer ces deux aspects-là. »

« Je souhaite vraiment que la santé des Polynésiens s’améliore et qu’on trouve des solutions », conclut le haut-commissaire. Le ministre français de la Santé, Yannick Neuder, doit venir en Polynésie avant la fin de l’année… du moins si le gouvernement dont il fait partie ne tombe pas.

Nucléaire : la difficulté du « pardon »

De nombreux Polynésiens ne se satisfont pas de la reconnaissance par François Hollande puis Emmanuel Macron de la dette française envers la Polynésie, et ne comprennent pas pourquoi l’État ne demande pas pardon pour les essais nucléaires et leurs conséquences. « En tout cas, ce n’est pas faute de leur avoir décrit la dimension religieuse de la Polynésie, dit Éric Spitz. Le problème, c’est que la France est un pays extrêmement laïc et que le mot de pardon a une dimension religieuse qui ne fait pas bon office, finalement, avec la pensée dominante en métropole. Je crois d’ailleurs qu’il y a un certain nombre d’élus indépendantistes qui ont déjà dit que pardon, ça ne suffirait pas. Donc je me demande quelle est la nouvelle étape ensuite. »

Épis, logement social, fourrière automobile, CGCT, compétences des communes

À deux jours du départ le haut-commissaire n’a pas de regrets, dit-il, mais il aurait aimé « aller jusqu’au bout de la construction de l’établissement public d’incendie et de secours puisque j’y ai beaucoup travaillé » ; il aurait aussi aimé voir des progrès plus rapides en termes de logement social, qu’il avait identifié comme priorité à son arrivée :  » C’est l’un des points noirs. Je pense que pour faire plus de projets, il va falloir se faire financer par des financements à très long terme, ce qui permettra de multiplier par quatre la construction de logements sociaux. Il faudrait maintenant passer, je dirais, à une production industrielle. » Éric Spitz espère également que le Pays va avancer sur le projet de fourrière automobile pour appuyer les efforts des forces de l’ordre en matière de sécurité routière. Enfin, il reconnait que les obligations environnementales du CGCT sont intenables pour les petites communes, et que le partage des compétences entre le Pays et les communes gagnerait à être repensé, deux sujets qui font l’objet de propositions de loi des sénateurs polynésiens : « De facto les communes traitent des sujets sociaux parce qu’elles sont à portée de gifles des administrés. Elles traitent de sujets de la culture. J’ai une commune qui a ouvert une bibliothèque, une autre devait faire un musée, et donc il serait plus logique peut-être que les communes traitent des compétences de proximité, dit Éric Spitz. Mais c’est un débat polynéso-polynésien, l’État n’a pas à intervenir là-dedans. »  

Le haut-commissaire exprime toute de même une petite appréhension à l’idée de rejoindre Paris, où il prendra ses nouvelles fonctions de vice-président du Conseil supérieur de l’appui territorial et de l’évaluation au ministère de l’Intérieur : « Quand je serai à Roissy, je comprendrai tout de suite que je ne suis plus en Polynésie, parce que les gens ne seront ni de bonne humeur ni n’ont vraiment le don de vivre ensemble. » Le successeur d’Eric Spitz, Alexandre Rochatte, arrive à Tahiti lundi prochain.

 

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