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Desserte des îles : la DSP d’Air Tahiti pourrait être prorogée

Des discussions sont en cours entre le Pays et Air Tahiti en vue de repousser « pour une durée inférieure à un an » le terme de la délégation de service public qui lui avait été accordée en 2021. Une DSP qui cadre et finance la desserte de 32 îles des Tuamotu et des Australes jusqu’au 30 juin 2026. Pour le Pays, il s’agit de prendre le temps d’établir un nouveau schéma directeur du transport aérien domestique. Le risque pour Air Tahiti : que ce report laisse le temps à Air Moana d’étoffer sa flotte, et de se positionner en concurrent sérieux. L’exécutif a quoiqu’il arrive exprimé son souhait de partager la future DSP entre plusieurs opérateurs. 

La question couve depuis longs mois dans l’aérien et les tensions autour du soutien du Pays à Air Moana n’ont pas aidé à y répondre : que se passera-t-il après le 30 juin 2026 ? C’est à cette date qu’arrivent à échéance les délégations de service public (DSP) accordées à Air Tahiti pour la desserte de 32 aérodromes des Tuamotu et des Australes, puis, l’année suivante, pour Ua Pou et Ua Huka, aux  Marquises. Des DSP signées par Manate Vivish et Jean-Christophe Bouissou, alors que la compagnie interîles avait été touchée de plein fouet par le Covid, et que le Pays avait multiplié les licences d’exploitation pour de potentiels concurrents sur le marché. Plus question, donc, d’appliquer une « péréquation interne » selon laquelle les lignes les plus fréquentées et les plus touristiques ont longtemps compensé le déficit de la desserte de petites îles. Air Tahiti est depuis rémunéré, dans un cadre d’exploitation et des tarifs contrôlés, pour ce service public de 5 ans, qui doit donc être remis en cause l’année prochaine.


Ou peut-être l’année d’après : comme l’a expliqué Édouard Wong Fat sur le plateau de l’Invité de la rédaction ce mardi, « la discussion tourne autour de la volonté du pays de proroger la délégation de services publics sur une durée qui sera inférieure à un an ». Une façon pour le gouvernement de se laisser le temps « d’établir son nouveau schéma directeur du transport aérien domestique, qui sera un peu la référence en matière de vision stratégique du Pays pour les dix prochaines années ».

Entrée de la concurrence dans la DSP : « ça aura des conséquences sur Air Tahiti »

Chez Air Tahiti, on s’était d’abord montré réticent à une telle prorogation. Il faut dire que l’important soutien des autorités à Air Moana reste vécu comme une injustice. Et que le concurrent, en cas de report de l’appel d’offres, va pouvoir profiter des mois en plus pour étoffer sa flotte (trois avions aujourd’hui, et trois autres commandés) et se positionner en compétiteur sérieux sur la DSP. Car si elle avait été accordée d’un bloc en 2021 – mis à part les Marquises, où les avions sont réservés à un circuit entre les îles de l’archipel -, la délégation pourrait être découpée, par zone ou par fréquence, dans sa prochaine mouture.

« C’est peut-être une des craintes que l’on nourrit, mais on compte sur le pays pour avoir une approche raisonnée, sérieuse et légale du sujet » reprend Édouard Wong Fat, qui sait toutefois que cette entrée de la concurrence sur le marché de la DSP est inévitable. « C‘est annoncé : lorsqu’on écoute les interventions du pays, en effet, il y a clairement annoncé la volonté de voir un deuxième, voir un troisième opérateur intervenir sur les îles en délégation de service public. Maintenant, on verra ce qui sera distribué aux uns et aux autres, alloué aux uns et aux autres, et on ajustera le dispositif à ce moment-là ». Quoiqu’il arrive, « ça aura des conséquences sur Air Tahiti ».

Pas de changement majeur de périmètre

Y a-t-il une chance que les discussions avec le Pays sur cette prorogation, qui s’ajoutent aux discussions sur les demandes de soutien d’Air Tahiti, échouent ? Que le marché tombe, comme prévu, au 30 juin prochain ? « Franchement, je nous fais confiance, aux uns et aux autres, pour arriver à un accord pour le bien de nos populations, pour le bien du secteur touristique, pour la connectivité entre les îles », répond le directeur général.

Édouard Wong Fat précise que cette DSP à « 1,1 ou 1,2 milliard de francs par an » – un chiffre qu’il compare au 1,5 milliards de la DSP sur les transports publics terrestre à Tahiti ou aux 4 milliards versés à Air Calédonie pour desservir 5 îles proches – n’a, à ce stade pas engendré de bénéfices pour Air Tahiti. « Au bout du bout », et en intégrant les « partages de gains de production » prévus au contrat, et qui ont obligé la compagnie a « rendre de l’argent » au Pays, cette exploitation encadrée aurait d’après lui coûté environ 200 millions à la compagnie privée depuis 2021. Il estime pourtant que si son périmètre devait changé, ce serait « à la marge ». « L’essentiel des îles en DSP le demeurerait ». 

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