ACTUS LOCALESJUSTICEPOLITIQUE « Erreur » ou « manoeuvres » à Makemo ? Charlie Réné 2026-05-12 12 Mai 2026 Charlie Réné Le rapporteur public du tribunal administratif a conclu ce mardi à la modification de la composition du conseil municipal de Makemo, sans retour des électeurs aux urnes, et à l’organisation d’une nouvelle élection du maire et de ses adjoints. Félix Tokoragi, réélu malgré sa défaite le 22 mars, avait attribué 9 sièges au lieu de 12 à la liste gagnante de Vaitiare Fournier. Une « erreur matériel » pour le magistrat, que le tavana avait fini par reconnaitre. La liste lésée suggère plutôt une « manœuvre » pour rester au pouvoir et reproche à Félix Tokoragi d’avoir enchaîné les délibérations ces derniers jours. Une « polémique inutile » pour l’avocat de l’élu bientôt démissionné. La décision formelle du tribunal est attendue pour le 26 mai. Les habitants de Makemo ne revoteront pas, mais leurs conseillers municipaux, oui. C’est en tout cas le sens des conclusions du rapporteur public du tribunal administratif, qui était saisi ce mardi matin de plusieurs recours suite aux élections municipales des 15 et 22 mars. La liste Félix Tokoragi, Toku Oire Here, était arrivée deuxième au second tour du scrutin, mais le maire sortant était tout de même parvenu à se faire réélire, grâce au changement de camps de deux conseillers élus sur la liste victorieuse, Tamariki Oruro No Makemo E Tona Haga Motu A Tika, menée par Vaitiare Fournier. Des « candidats qui ont tourné casaques », a pointé l’avocat de l’opposante, Me François Mestre. Mais ce n’était pas contre eux qu’étaient tourné les recours, mais contre la composition du conseil municipal, tel que proclamée au soir du 22 mars dans une ambiance électrique à Makema. Félix Tokoragi avait attribué 6 sièges à sa liste et 9 listes à celle de Vaitiare Fournier, qui n’avait pas tardé à dénoncer un mauvais calcul. Le Haut-commissariat avait lui même déféré au tribunal cette composition, visiblement irrégulière. Car du fait de la règle de la prime majoritaire, les colistiers du maire sortant n’auraient dû avoir droit qu’à 3 sièges, contre 12 pour la liste opposée. C’est ce qu’a confirmé le rapporteur public ce mardi, parlant d’une « erreur matérielle ». « Aucun élément versé au dossier ne permet en revanche de lui prêter le caractère d’une manœuvre, au sens que donne à ce terme la jurisprudence du Conseil d’État », précise le magistrat. Du côté de Me Mestre, on note que le tavana perdant dans les urnes n’a reconnu son « erreur » qu’une fois avoir été « pris la main dans le pot de confiture ». Il parle plutôt de « manoeuvres » destinées à se maintenir au pouvoir et juge en tout cas qu’il est « légitime que les électeurs se posent des questions » : https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/MAKEMO-1-mestre.wav Bloquer la vie de la commune ou « faire son boulot » L’avocat de Vaitiare Fournier s’étonne surtout du fait que Félix Tokoragi, malgré la connaissance de son « erreur », a réuni à plusieurs reprises son conseil municipal irrégulièrement composé, pour élire des adjoints – le quatrième a été élu pas plus tard que ce 5 mai – mais aussi passer d’autres délibérations, et même procéder à des recrutements. Des « affaires courantes », pour Me Robin Quinquis, avocat du maire sortant qui relève que les délibérations en question ne font pas partie du dossier. À l’entendre, Félix Tokoragi n’a fait que « faire son boulot » plutôt que de « bloquer l’action communale », en attendant la décision du tribunal, nécessaire pour recomposer le conseil et faire élire un nouveau tavana. « C’est exactement ce que demande M. Tokoragi. Y voir autre chose, c’est faire de la polémique inutile ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/05/MAKEMO-2-quinquis.wav La décision du tribunal devrait intervenir le 26 mai. Le nouveau conseil municipal, dans lequel trois candidats de la liste Félix Tokoragi laisseront leur place à trois autres de Vaitiare Fournier, se réunira ensuite pour élire un nouveau maire sous 15 jours à Makemo. Soit avant le 9 juin.