ACTUS LOCALESENVIRONNEMENTPOLITIQUESANTÉ

Mereana Reid-Arbelot veut une loi d’indemnisation « plus large que la loi Morin »

 

Mereana Reid-Arbelot et la Commission d’enquête sur la politique française d’expérimentation nucléaire dont elle est l’initiatrice entrent dans la dernière ligne droite avant la publication du rapport le 11 juin prochain. Elle espère ensuite en tirer, même en l’absence de nouveaux éléments scientifiques, « une amélioration de la loi Morin, une nouvelle loi qui serait plus large » et qui pourrait inclure une indemnisation du « préjudice d’anxiété » en réponse au traumatisme collectif des essais nucléaires en Polynésie.

La députée Mereana Reid-Arbelot repart samedi à Paris pour les dernières auditions de la commission d’enquête sur les conséquences des essais nucléaires, et non les moindres, puisqu’il s’agit des ministres en poste, Sébastien Lecornu (Armées), Manuel Valls (Outre-mer) et Yannick Neuder (Santé). La ministre en charge des anciens combattants, Patricia Mirallès, et d’anciens ministres comme Hervé Morin, Roselyne Bachelot et George Pau-Langevin, ont déjà été entendus. Au total, la commission d’enquête aura mené plus de 80 auditions. À noter que Gaston Flosse, qui était invité à témoigner, a décliné l’invitation, certificat médical à l’appui – il a récemment été hospitalisé suite à une mauvaise chute – et n’a pas souhaité s’exprimer, même en visio-conférence.

Le rapport sera présenté à l’Assemblée nationale le 10 juin prochain, et présenté au grand public le lendemain. « L’objectif, c’est d’en tirer des préconisations pour des améliorations, déjà, de l’indemnisation des victimes. Et puis des préconisations sur la reconnaissance, la mémoire », dit-elle

Mereana Reid-Arbelot envisage « une amélioration de la loi Morin, une nouvelle loi qui serait plus large, qui va englober l’indemnisation des conséquences sanitaires, environnementales aussi. » Elle évoque, outre l’indemnisation de la CPS pour les soins aux victimes de cancers radio-induits, une « réparation collective » du « préjudice d’anxiété », difficilement individualisable mais qui pourrait prendre la forme, par exemple, d’un financement de « vrais dispensaires » dans les îles éloignées.

Les auditions qui l’ont le plus frappée, qui lui ont apporté le plus d’informations, dit-elle, dont « en premier lieu les témoignages, parce que je pense que la représentation nationale doit écouter les gens, les gens qui étaient sur le terrain, qui ont vécu sur les sites, et les gens qui vivent aujourd’hui en Polynésie. » Mais elle cite aussi « les historiens qui nous ont expliqué le fonctionnement des archives. On va faire un chapitre dessus dans le rapport. Et ensuite, tout le volet scientifique. »

« Quand on oppose la science à l’humain, on est sur la mauvaise voie »

La commission n’a pas mis au jour de nouveaux éléments scientifiques qui pourraient lever les doutes sur la corrélation entre essais et cancers. Mais ce n’est pas son objet, rappelle Mereana Reid-Arbelot. Une récente tribune du Dr Baert qui déclarait à Radio1 vouloir « recentrer le débat sur la science » et du chercheur François-Marie Bréon dans Le Point dénonce la méthode de la loi Morin et du seuil de 1 millisievert dont un des « effets pervers » est d’avoir « généré le sentiment que les essais ont effectivement conduit à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de cancers supplémentaires, alors que les études scientifiques conduisent toutes à des estimations très largement inférieures. » Le discours de la députée se veut mesuré : « Quand on oppose la science à l’humain, je pense qu’on est sur la mauvaise voie. Mais quand la science vous parle d’incertitude aussi, il faut avoir le courage de l’admettre. Quand la science ne sait pas, elle le dit, d’ailleurs. Donc à un moment donné il faut savoir dire aussi que la science, elle n’aura pas de réponse. En tout cas, pour l’instant, elle n’en aura pas. Mais nous, législateurs, on a des gens qui continuent de souffrir, qui continuent à se poser des questions. C’est ce que j’ai dit au monsieur qui a écrit la tribune, parce que s’il juge qu’une commission d’enquête sérieuse, ce n’est qu’une commission d’enquête scientifique, il se trompe. »

De manière générale, la députée estime aujourd’hui que « quand on coupe les gens de leur histoire, forcément, on ne peut pas leur en vouloir d’inventer. » La « Grande muette » et le Commissariat à l’énergie atomique, par leur manque de transparence, ont renforcé la défiance des populations, dit-elle, même si elle trouve que les responsables du CEA, « lors de leur audition, ont démontré quand même pas mal d’ouverture et d’envie de communiquer. »

La proposition de loi qu’elle envisage va-t-elle se débarrasser du seuil d’un millisievert ? « Je ne peux pas le dire comme ça, répond Mereana Reid-Arbelot. Défaire une loi, il faut aussi être très prudent. »

« Réconcilier les mémoires »

La députée ne veut pas voir les Polynésiens s’affronter entre eux sur l’ère du CEP : « L’un des objectifs de la commission, c’est aussi de réconcilier les mémoires. (…) Cette commission d’enquête, c’est aussi un moyen de remettre un peu les pendules à l’heure, d’arrêter de dire que nos anciens ont vendu le pays. Je pense qu’à un moment donné, ils n’ont pas eu le choix. »

 

Article précedent

"Halte à la prise de risque" : 20 000 jeunes formés à la sécurité routière en 20 ans

Article suivant

Une première en cardiologie au CHPF

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Mereana Reid-Arbelot veut une loi d’indemnisation « plus large que la loi Morin »