ACTUS LOCALESSANTÉ Une première en cardiologie au CHPF Caroline Perdrix 2025-04-23 23 Avr 2025 Caroline Perdrix ©CP/Radio1 Paul-Émile Favre et Grégoire Blanc, cardiologues interventionnels au CHPF, ont réalisé la semaine dernière l’implantation d’une valve aortique sur un patient en Polynésie, en dehors des deux missions annuelles. Ils espèrent ainsi aider les patients les plus graves ou les plus âgés, pour qui l’attente ou l’évacuation sanitaire ne sont pas envisageables. Une première polynésienne en cardiologie : un patient de 83 ans a bénéficié d’une « TAVI » – (Transcatheter Aortic Valve Implantation) ou implantation de valve aortique par voie percutanée – pratiquée par le Dr Paul-Émile Favre et le Dr Grégoire Blanc, cardiologues interventionnels originaires respectivement de Bordeaux et de Toulouse. Jusqu’ici, les patients éligibles à cette technique devaient soit attendre l’une des deux missions annuelles, en mai et en décembre, soit partir en métropole pour un séjour de plus d’un mois. Il s’agit de patients victimes de rétrécissement aortique, âgés de 75 ans et plus. « C’est dégénératif, lié à l’âge. La valve anti-retour qui permet le passage du sang vers les organes et qui évite son retour dans le ventricule finit par se calcifier, se rigidifier et empêcher l’expulsion du sang. » ©P.E. Favre/LinkedIn Une intervention rapide et relativement légère « C’est une opération qui dure de 30 minutes à une heure, explique le Dr Favre. C’est une technique moderne, endovasculaire (via l’intérieur d’un vaisseau sanguin, ndr) : on passe par l’artère fémorale au niveau du pli de l’aine, puis on monte une sorte de guide et une valve qui est comprimée puis gonflée à l’aide d’un ballon, en suivant par rayons X. » Un grand progrès par rapport à l’alternative chirurgicale lourde, « qui nécessite une circulation extracorporelle, une grosse anesthésie et de la réanimation. » Ce qui permet aussi de raccourcir le séjour à l’hôpital à environ trois jours, précise le Dr Blanc. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/TAVI-01-DR-BLANC.wav « Jusqu’à maintenant, il n’y avait pas l’expertise locale et nous, on est ici pour six mois, un an, voire un peu plus, dit le Dr Favre. Et dans ces intervalles, il y a des patients qui ne peuvent pas forcément attendre et qu’on souhaite prendre en charge, nous, rapidement, ici. On a acquis cette expertise en métropole et on veut justement le proposer à la population locale. » Les missions annuelles permettent d’opérer une vingtaine de patients, mais les deux cardiologues ont déjà recensé 5 cas urgents, et soulignent aussi que les cardiologues de ville, qui recourent à l’évasan pour leurs patients, pourraient les orienter vers le CHPF. « S’ils vont en France ils ont une grosse semaine d’hospitalisation et trois semaines de rééducation, c’est quand même un coût qui n’est pas négligeable pour la CPS. Et souvent la famille peut difficilement voyager avec eux, explique le Dr Blanc. On a des patients qui refusent d’être évasanés, parce qu’ils se disent qu’ils risquent de mourir là-bas. » « Le gros avantage, ce sont des patients qui arrivent la veille dans le service, qui ont le geste le lendemain, et qui restent en surveillance deux à trois jours. Sans complications, ils sortent au bout de deux-trois jours, et c’est vrai que pour des patients qui ont 80, 85, voire 90 ans, c’est plus qu’une aubaine parce qu’ils ne perdent pas leurs capacités physiques, ils rentrent au domicile le plus rapidement possible », complète le Dr Blanc. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/TAVI-02-DR-BLANC.wav Le TAVI n’est pas sans risque, précisent les médecins : « dans la littérature, on estime que le risque c’est à peu près 1% de décès », un risque qui augmente évidemment avec l’âge. « Mais c’est quand même une technique qui est devenue une référence mondiale. » En métropole, ce type d’opération est réservé aux centres hospitaliers qui ont un service de chirurgie cardiaque, et le CHPF n’avait pas de médecin certifié pour faire cette intervention. « Et donc, c’est vrai que là, on a eu l’autorisation de la CPS parce que ce patient était urgent, l’autorisation du chef de service, de la pharmacie qu’on remercie parce qu’il a fallu s’organiser avec les laboratoires et les pharmaciens pour pouvoir tout mettre en œuvre en temps et en heure. Et ça c’est très bien passé. » Le Dr Favre et le Dr Blanc espèrent donc que cette première intervention « hors missions » puisse être suivie d’autres, et « que les futurs médecins qui viendront ici seront formés à la technique. C’est bien aussi d’exposer tout le monde à ces techniques, que ce soit le personnel infirmier ou les anesthésistes ». ©P.E. Favre/LinkedIn