ACTUS LOCALESENVIRONNEMENT Face à la polémique, la mairie de Papeete temporise sur l’abattage des Marumaru Charlie Réné 2026-01-25 25 Jan 2026 Charlie Réné Les élagueurs missionnés par la mairie de Papeete devaient procéder ce dimanche matin à l’abattage de cinq marumaru rue des Poilus tahitiens. Une opération « sans concertation » dénoncée sur les réseaux sociaux, dans une pétition et par les riverains dont quelques-uns s’étaient rassemblés ce matin. Des militants de Mama Natura s’étaient même attachés à un des troncs en protestation. Mais les discussions avec les professionnels, qui ont montré le système racinaire très fragilisé du premier arbre concerné, se sont révélées constructives : une réunion va être organisée mercredi et les cinq arbres centenaires, en attendant, ont été élagués mais pas abattus. Un « patrimoine à défendre », ce dimanche matin rue des Poilus tahitiens, à Papeete. Plusieurs opposants à l’abattage de cinq marumaru centenaires le long de cette voie fréquentée s’étaient rassemblés en début de matinée, alors que les entreprises d’élagages missionnées par la mairie installaient leur matériel, sous la surveillance des muto’i. Pas question de laisser débuter le chantier sans discussion : deux militants de l’association Mama Natura se sont même symboliquement attachés à l’un des troncs. La mobilisation n’était pas une surprise : depuis plusieurs jours, la polémique enfle sur les réseaux sociaux autour de cet « abattage abusif », aussi dénoncé dans une pétition en ligne qui a recueilli un peu plus de 250 signatures. Une pétition qui regrette que le décès d’un jeune militaire polynésien, écrasé par un marumaru tombé sur son véhicule en 2024 devant la clinique Paofai, « serve à justifier des décisions généralisées, prises en contradiction avec les avis techniques » ou à « effacer la valeur inestimable de l’ensemble de notre patrimoine arboré ». Les signataires dénoncent « des choix médiocres, à courte vue, qui sacrifient le vivant » et, en l’occurrence des arbres »sains ». Comme l’avait écrit Tahiti Infos en décembre, un rapport commandé par le Pays en 2023 – après une première chute de marumaru dans la capitale, et qui avait abouti à l’abattage en urgence de plusieurs arbres le long des routes territoriales – décrit les arbres de la rue des Poilus tahitiens comme “physiologiquement satisfaisants”, “structurellement conservables”. La mairie de Papeete, elle, estime tout de même qu’ils doivent être abattus pour « enlever tout danger », ou de mise en jeu de sa responsabilité. « Il ne s’agit pas de déforestation, il s’agit de prévention » Parmi les opposants à l’abattage, ce dimanche matin, Mareva, dont la maison familiale est collée au premier marumaru concerné, et qui rappelle que ces grands arbres, en dehors de leur valeur patrimoniale et esthétique, ont une utilité certaines, en matière d’ombre, de chaleur ou de limitation des vis à vis. Regrettant surtout que cette opération n’ait fait l’objet d’aucune information, ni de débat dans le quartier, elle avait garé sa voiture sous l’arbre la veille au soir, pour bloquer le chantier. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/01/MARUMARU-Mareva.wav Pourtant, Mareva a fini par retirer son véhicule, comme les militants de Mama Natura ont fini par se détacher du tronc. Le résultat d’une discussion avec les responsables de la mairie – qui ont notamment rappelé que l’arbre qui avait causé un décès en 2024 à Paofai avait lui aussi été jugé « conservable » par le rapport – et les professionnels de l’élagage présents. L’un d’eux, Tevanui Holguin, s’était distingué sur les réseaux sociaux ce samedi, en expliquant à son tour la décision « ni simple, ni confortable, ni prise de gaieté de cœur » de la mairie, qui semble aller en contradiction d’un rapport de l’ONG réalisé par « des experts extérieurs qui ne vivent pas au quotidien les réalités climatiques, urbaines et racinaires de Tahiti ». « Je comprends l’émotion, l’attachement au patrimoine arboré, et je le partage. Mais la sécurité n’est pas négociable, écrit l’élagueur. Il ne s’agit pas de déforestation. Il s’agit de prévention, de responsabilité et de respect de la vie humaine ». Discussions constructives… et à poursuivre Un discours répété sur le site ce matin, et complété par des « preuves visuelles » : les premiers coups de tronçonneuses à la base du tronc laissent apparaitre un système racinaire usé, des « fondations » vidées de leur bois. « Tu vois, il n’y a plus rien qui retient (…) c’est la preuve qu’il y a danger », explique un autre professionnel devant des riverains en milieu de matinée. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/01/MARUMARU-2-elagueur.wav Les discussions ont au final été constructives : certains riverains sont repartis avec beaucoup plus de nuances – ou un changement d’avis – sur l’opération de la mairie, qui a de son côté reconnu un manque de communication. Une réunion d’échange sur les données ayant abouti à la décision d’abattage a été programmée à mercredi soir, et, en attendant, les cinq arbres ont été seulement élagués. L’abattage est toutefois, toujours au programme. Mareva semble s’y résigner, au moins pour le marumaru qui fait face à sa maison, mais espère que chaque décision fera l’objet de discussions. Et surtout que des plans de replantation seront bien lancés : « On a une centaine d’arbres centenaires à Papeete, et chacun de ces arbres mérite une discussion. Il faut dire à la population pourquoi on doit le faire hélas, et qu’on nous dise qu’est ce qui va être replanté où ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/01/MARUMARU-3-Mareva-replanter.wav