ACTUS LOCALESPOLITIQUE Gaston Flosse raconté par son avocat Caroline Perdrix 2025-03-24 24 Mar 2025 Caroline Perdrix Me François Quinquis, avocat de Gaston Flosse depuis une trentaine d’années, publie chez ‘Ura Éditions « Gaston Flosse, chroniques d’un destin hors du commun ». Il y retrace la vie, les réussites et les échecs, et les déboires judiciaires de l’homme qui a dominé la vie politique polynésienne depuis la conquête, il y a 60 ans, de la mairie de Pirae. Le livre sera disponible en librairie dès mercredi. C’est sans doute le premier livre écrit sur la vie et la carrière de Gaston Flosse qui ne soit pas à charge. Gaston Flosse, chroniques d’un destin hors du commun, écrit avec l’accord de l’intéressé par le célèbre avocat François Quinquis et publié par ‘Ura Éditions, sort en librairie mercredi. Le livre, dont l’objectif est de « faire reconnaitre sa contribution à la collectivité », s’ouvre sur la jeunesse et l’entrée en politique, puis retrace l’ascension de Gaston Flosse des années 60 à 2004 et, brièvement, les 20 dernières années. Gaston Flosse, doté de « faconde, prestance et force de conviction », est « un naturel absolument exceptionnel. C’est ce qui fait qu’il est aussi à l’aise chez le Tetuanui des îles que dans les beaux hôtels particuliers parisiens. » « Pour être homme politique, il faut toujours être un petit peu mégalo» François Quinquis admet que son client est doté « d’un tempérament quelque peu mégalomaniaque ». Un trait qui s’est illustré à la présidence, dans laquelle 4,5 milliards ont été investis et dont la décoration est « à mon sens un petit peu tape-à-l’œil. » dit-il. Mais « Je crois que pour être homme politique, de toute façon, il faut toujours être un petit peu mégalo. Donc sur ce point, il n’y a pas de particularité », dit l’avocat. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/QUINQUIS-01-FLOSSE-MEGALO.wav C’est à la capacité de persuasion de Gaston Flosse que la Polynésie doit son évolution statutaire, rappelle le livre, d’autant que les modifications obtenues l’ont été, dit François Quinquis, « malgré toutes les réticences » du gouvernement central qui « pensait qu’il y avait un risque de tache d’huile dans l’outre-mer français de l’époque ». Quant à l’idée d’État associé à la France sur laquelle Gaston Flosse avait basé la réincarnation du Tahoeraa en Amuitahiraa, François Quinquis rappelle que l’ancien président l’avait émise dès 1985. Toutefois, et c’est l’une des rares critiques de l’auteur, le discours a glissé plus récemment de « Pays associé » à « État associé » avec les responsabilités économiques et financières exclusives que cela suppose. Gaston Flosse justifiait ce tournant souverainiste « par la dérive judiciaire dont lui et sa compagne, Pascale Haiti, ont été victimes ». Une « confusion des genres », une « posture regrettable » qui avait attiré les sympathisants du Front national mais inquiété ses propres soutiens, écrit l’avocat. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/QUINQUIS-02-PAYS-ASSOCIE.wav Autre critique, celle du « 7-7-7 », le pacte passé avec Oscar Temaru en 2007 : « C’est une étrange décision, dont je n’ai jamais compris parfaitement le mécanisme, en tout cas pas le ressort. En tout cas, force est de constater que ça n’a pas duré très longtemps et que ce n’était pas forcément une décision pertinente ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/QUINQUIS-03-ALLIANCE-TEMARU.wav Le chapitre suivant, titré « Le Bâtisseur », énumère les hauts faits de Gaston Flosse sur le plan institutionnel – statut, PSG, fiscalité – et sur le plan matériel : aménagement, CHPF, Air Tahiti Nui, orientation de l’économie vers le tourisme, la perle et la pêche. L’occasion aussi d’évoquer les regrets de Gaston Flosse : les échecs de la perliculture, plombée par la multiplication des concessions, ceux de la pêche hauturière, ou le retard pris dans la modernisation des hôpitaux périphériques. À plusieurs reprises, le biographe de Gaston Flosse dénonce sans les nommer les entrepreneurs locaux dont le lobbying a réduit la portée des réformes. C’est notamment le cas de la TDL, qui devait disparaître avec l’introduction de la TVA. Des affaires judiciaires « non fondées voire menées en dépit du bon sens » Le dernier chapitre, outre quelques coups de griffes aux médias, est consacré aux démêlés judiciaires de Gaston Flosse, que son avocat attribue sans surprise à l’acharnement judiciaire et aux rivalités politiques, « un tourbillon de poursuites pénales qui n’ont, pour l’essentiel, éclaté que lorsque Gaston Flosse a perdu le pouvoir, ce qui ne peut résulter d’un hasard du calendrier ! » écrit François Quinquis qui dément l’idée que l’ancien président ait pu bénéficier, avant 2004, de protections. Il s’attache à retracer, parfois de façon très technique, les affaires impliquant son client, « souvent non fondées voire menées en dépit du bon sens », et à souligner les relaxes et non-lieux dont Gaston Flosse a finalement bénéficié, malgré l’envie de certains magistrats de « se faire plaisir » aux dépens du Vieux Lion. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/03/QUINQUIS-04-MAGISTRATS.wav Le plus grand regret de Gaston Flosse est sans aucun doute, dit son avocat, l’affaire JPK dans laquelle aucune des pistes suivies n’a abouti à des conclusions probantes, mais qui empoisonne la vie de nombreuses familles, à commencer par celle de Jean-Pascal Couraud. Mais certaines des autres affaires ont aussi permis de faire évoluer le droit, se félicite François Quinquis. Notamment le code électoral dont l’article 7 prévoyait l’automaticité d’inéligibilité de 5 ou 10 ans en cas d’atteinte à la probité, et qui a été abrogé suite à la réponse du Conseil constitutionnel à une QPC qu’il avait posée. « C’était une grande innovation dont les autres hommes politiques français ont bien évidemment profité », dit François Quinquis, qui constate aussi que « ce contre quoi nous nous sommes battus pendant des années, l’exécution provisoire en matière d’inéligibilité, revient vraiment à la mode. » François Quinquis sera en dédicace à la librairie Odyssey le samedi 29 mars de 9 heures à midi