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À la BP, une première journée de grève sans avancée et un appel aux autorités

Agences fermées, centres d’appels sans réponse, personnel largement mobilisé… La grève a débuté ce mardi à la Banque de Polynésie, paralysée par ce mouvement déclenché en intersyndicale. Et pourtant, la reprise des négociations, qui n’avaient guère avancé pendant la période de préavis, ne se fera que ce mercredi, toujours sur les mêmes points : renégociation de l’intéressement, amélioration des conditions de travail et surtout suspension de la réorganisation, synonyme de perte d’autonomie et de postes pour la BP… Un point sur lequel les salariés appellent le Pays et son président Moetai Brotherson à intervenir. 

Des banderoles installées bien en vue de la rue, des barnums aux couleurs du CE, et une bonne centaine de salariés venus avec leur chaise ou leur peue. À la BP, on a beau pas avoir fait la grève depuis une vingtaine d’années, on sait tenir un piquet. Celui de l’Intersyndicale (Otahi, A tia i mua, CSIP, CSTP-FO, O oe to oe rima) a passé son premier jour sur le parvis du siège de la Banque de Polynésie, où il se trouvera toujours ce mercredi.

Le grand site qui jouxte la cathédrale n’est pas le seul concerné par ce mouvement : toutes les agences sont restées fermées ce mardi, l’Intersyndicale revendiquant une mobilisation de trois quarts des salariés. Toutefois, en cette fin de mois, les services « même grévistes » en charge des virements se sont efforcés de traiter « au mieux le versement des salaires des entreprises clientes », comme le précise le collectif ,qui multiplie les excuses auprès des clients. « On a toujours essayé de préserver notre outil de travail, on a essayé d’être résilient alors que les conditions de travail ne sont pas optimales, que les choses se sont dégradées, on a continué à travailler, explique Moea Faatau, une représentante du personnel affiliée à A tia i mua. Mais cette réorganisation, ça a été la goutte d’eau de trop : là ça a fait boum ».

17 postes en danger

Une goutte d’eau qui a commencé à tomber en 2022, quand la direction met sur la table un projet de rapprochement des filiales Société générale de Polynésie et de Calédonie. Les instances du personnel sont alors méfiantes, mais ne condamnent pas tout de suite un projet « qui doit permettre de mutualiser certains moyens pour éviter d’avoir des coupes trop importantes ». Sauf que la dynamique, lancée à propos des seuls services informatiques, s’étend désormais à « plusieurs directions » : « C’est tout le pouvoir décisionnel qui est transmis à Nouméa pour la plupart des services et des hubs du Pacifique », explique Moea Parrino, autre représentante du personnel, adhérente de Otahi, qui assure que ce « transfert » du leadership régional vers le Caillou s’est étrangement « accéléré » depuis les émeutes calédoniennes de mai 2024.

Et c’est l’emploi local qui en fait les frais : 17 postes doivent être supprimés au fenua dans les 18 prochains mois d’après l’Intersyndicale. Avec des conséquences pour les clients : « quand on a un référent qui est à 5000 kilomètres, quand on fait appel à des prestataires extérieurs qui a pas la connaissance de nos outils et de notre fonctionnement, ça a un impact », insiste la syndicaliste. Pour les plus de 260 salariés, qui se sont depuis exprimés contre ce projet en CHST et en CE, l’incompréhension s’est transformée en colère, et s’est mêlée à des frustrations plus anciennes. Notamment à propos des salaires, en deça de ceux de Nouméa et qui n’ont « jamais rattrappé l’inflation du Covid », et de l’intéressement, plus faible à la BP que dans les autres banques de la place. « Nous avions accepté de gagner moins que les autres établissements parce que nous avions des accords verbaux, de nos anciens dirigeants qui ne sont plus là aujourd’hui, des engagements forts qui venaient compenser, explique Moea Faatau, en référence à des promesses de primes exceptionnelles de résultat. Ça fait trois ans qu’on a rien eu, alors que les chiffres sont là ».

Appel au président du Pays

Pour les sydncalistes, le turn over des directeurs – classique dans un groupe qui compte 120 000 collaborateurs et 26 millions de clients dans une soixantaine de pays – n’aide pas. Et si la responsabilité de la situation n’est pas entièrement attribuée à André Alves Da Silva, qui a remplacé Édouard Wong Fat fin 2023, l’Intersyndicale estime que le directeur général actuel n’a pas brillé par son esprit de concertation. « C’est un salarié de la Société générale. Il vient diriger une filiale en Polynésie, il arrive avec une check-list, estime Moea Parrino. Mais il n’a pas cherché l’adhésion des collaborateurs pour ces projets… Lui, il a l’air convaincu, c’est bien, mais l’important c’est que ses collègues le soient aussi. Là on l’est pas ».

La direction, qui ne s’est pas encore exprimée publiquement sur ce mouvement, n’aurait, d’après l’Intersyndicale, pas fait de « vraies propositions », lors des trois rencontres organisées pendant la période de préavis, que ce soit sur la réorganisation, le pouvoir d’achat ou les conditions de travail. « Lundi, à la dernière réunion, on a rappelé qu’on maintenait nos revendications », rappellent les porte-paroles du mouvement, qui regrettaient, dans l’après-midi, une absence de réponse de la direction. Une invitation a finalement été lancée pour le premier round de pourparlers depuis le début de la grève, ce mercredi à 10 heures. En attendant, « les salariés en appellent au pays et son Président concernant l’avenir des emplois polynesiens ».

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