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La colonisation est aussi « un crime contre l’océan »

La Polynésie française a mis en avant son domaine maritime pour plaider sa cause devant le Comité spécial pour la décolonisation (C24) à New York. Elle a également demandé à accueillir le séminaire régional du C24 en 2027. La France est venue redire que les Nations Unies n’ont aucun rôle à jouer dans les relations entre Papeete et Paris. Par ailleurs, Mareva Kitalong-Lechat était porteuse d’une recommandation de la commission spéciale de l’assemblée de la Polynésie sur les « éléments de langage » qu’elle souhaiterait voir intégrés dans le projet de résolution qui sera soumis en fin d’année à l’assemblée générale des Nations-Unies.

Ce lundi au siège des Nations Unies à New York, le Comité spécial pour la décolonisation a ouvert sa session de juin avec, à l’ordre du jour, les déclarations de la Polynésie française et de l’ambassadeur de France. Ce comité, également appelé C24, prépare la résolution qui doit être adoptée par la 4e Commission, puis par l’assemblée générale à la fin de l’année.

La déléguée aux affaires internationales, européennes et du Pacifique, Mareva Kitalong-Lechat, a pris la parole en s’appuyant sur l’actualité de la conférence onusienne sur l’océan à Nice, rappelant que la ZEE polynésienne représentait 40% de l’espace maritime français. « Nous devons garantir notre souveraineté sur nos ressources stratégiques maritimes. La décolonisation concerne non seulement la terre mais aussi l’océan, a-t-elle déclaré. La colonisation nucléaire n’a pas seulement été un crime contre l’humanité, mais aussi un crime contre l’océan. » Et elle a de nouveau posé la question publiquement : pourquoi la France refuse-t-elle de transmettre les informations demandées par le C24, et d’accepter l’envoi d’une mission des Nations Unies en Polynésie française ?

Mareva Kitalong-Lechat a aussi formalisé la demande de la Polynésie française d’accueillir le séminaire régional du C24 en 2027 (celui de 2026, après le Timor-Leste cette année, se tiendra dans les Caraïbes). Une demande que la Nouvelle-Calédonie avait faite en son temps, et qui n’avait pas reçu l’assentiment français. Quelques minutes auparavant, le représentant de Fidji qui est membre du C24 avait soutenu cette demande.

Aucun changement de ligne pour la France

Le représentant permanent de la France auprès des Nations Unies, Jérôme Bonnafont, a ensuite pris la parole pour rappeler « la large autonomie ancrée dans la Constitution » de la Polynésie française, « produit d’un dialogue constant entre l’État et le territoire », ainsi que les transferts financiers de l’État qui représentent « 30% du PIB » de la Polynésie. La France, dit-il, encourage le président du Pays à jouer un rôle diplomatique « dans la région et au-delà. » « Nous croyons à un avenir dans lequel la Polynésie française prospère et s’épanouit, au respect de son identité, de ses traditions, et de sa propre volonté », a-t-il conclu.

Il a également répété que la présence de la France depuis 2023 aux réunions du C24 et de la 4e Commission ne signifie toutefois « aucun changement de ligne » pour la France, et « qu’il n’existe aucun processus entre l’État français et le territoire qui donne un rôle aux Nations Unies. »

 

Les éléments de langage recommandés par la « commission spéciale » de l’APF

Mareva Kitalong-Lechat est également porteuse d’une « recommandation » de la commission spéciale sur la décolonisation de l’assemblée de la Polynésie, qui détaille les éléments de langage qu’elle souhaiterait voir apparaître dans le projet de résolution finale, à commencer par la mention de sa création en octobre 2023. Elle demande aussi que soit mentionné le dernier rapport du Comité des droits de l’Homme de l’ONU, publié en novembre dernier, qui rappelle que la France, en tant qu’État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, doit « coopérer pleinement avec le Comité spécial de la décolonisation » pour « faciliter et accélérer le droit à l’autodétermination » ; et que les options d’autodétermination doivent respecter « l’intégrité territoriale  » et « l’unité de la Polynésie française ». La commission de l’APF souhaite aussi voir mentionnée la résolution adoptée le 12 décembre dernier appelant la France à engager un dialogue de décolonisation.

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