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La Fédération anti-ice craint d’être « lâchée » par le Pays

Kathy Gaudot, présidente de la Fédération, et Charles Renvoyé, ancien addict devenu un militant anti-ice très populaire sur les réseaux sociaux. ©FCLDT


La Fédération citoyenne de lutte contre les drogues et la toxicomanie dénonce un revirement du Pays sur la subvention de 100 millions de francs qu’elle espère toucher depuis des mois. Le gouvernement, qui assure toujours vouloir soutenir le collectif de Kathy Gaudot et Charles Renvoyé dans le cadre de son plan anti-ice, a demandé une clarification du programme d’actions, et la fixation de priorités. Mais les militants y voient plutôt les conséquences du départ de Nahema Temarii, avec qui ce soutien avait été discuté, des « mésententes » entre les Sports et la Santé, ou encore du « copinage » entre l’administration et les « professionnels » du conseil ou de la communication. 

Réunion sous tension, ce lundi soir au ministère de la Jeunesse et des Sports. Le nouveau responsable du portefeuille, Kainuu Temauri, avait invité, pour une première rencontre depuis qu’il a remplacé Nahema Temarii, la Fédération citoyenne de lutte contre les drogues et la toxicomanie (FCLDT). Une jeune structure, créée formellement en début d’année par des militants anti-ice, dans la foulée de la grande marche contre la violence et les trafics de septembre 2024. Cette naissance, très saluée sur les réseaux sociaux, entre autres grâce à la figure de proue de la fédération Charles Renvoyé, ancien addict devenu un militant anti-ice, arrivait alors à point nommé pour le gouvernement, qui cherchait des relais de terrain pour son grand plan d’action anti-drogue.

Un plan bientôt alimenté, lors du premier collectif budgétaire de 2025, par 250 millions de francs de crédits du Pays. Et la Fédération, en contact permanent avec le gouvernement, qui l’a régulièrement mise en avant dans les médias, s’attendait à bénéficier d’une bonne partie de ces fonds. Qu’importe si les plusieurs militants ont quitté le navire ou ont pris leur distance ces derniers mois, une demande de subvention est bien transmise au ministère de la Jeunesse et des Sports, aussi en charge de la prévention de la délinquance, alors qu’il est encore dirigé par Nahema Temarii. Avec un gros chiffre : 104 millions de francs pour la seule année 2025. De quoi faire de la jeune structure une des associations les mieux dotées du Pays.

Les annonces gouvernementales ? « Du pipeau, du blabla »

Aucun engagement – formel du moins – n’a depuis été pris par le Pays. Mais la FCLDT attend avec impatience la signature d’une convention de financement. « Et donc le déblocage de nos fonds », comme le pointe sa présidente Kathy Gaudot. Les militants ne sont pendant ce temps pas restés inactifs : campagne permanente sur les réseaux sociaux, actions de sensibilisation dans diverses communes et structures, dont des écoles, participations à de multiples tables-ronde et rencontres avec les forces de l’ordre, la justice, ou des élus, soutien de terrain aux familles touchées par l’ice, ou dialogue avec les tavana jusqu’au dernier Congrès des maires à Papeete… « Depuis 6 mois, on travaille sur le terrain, on est prêts, insiste la responsable. Aujourd’hui, on réclame beaucoup plus de moyens pour pouvoir intervenir à grande échelle ». Sauf qu’avec le remaniement du gouvernement fin juillet, c’est l’appui principal de la FCLDT qui a quitté l’exécutif, accompagnée d’une foule de départs et d’arrivées au sein du ministère de la Jeunesse et des Sports. Les déclarations de Moetai Brotherson ces derniers jours, sur Polynésie la 1ere puis sur Radio1, où il a rappelé que plusieurs ministères devaient porter le plan anti-ice et qu’aucune somme ne serait versés sans « garanties » et « garde-fous », n’ont fait que les renforcer les doutes. Aussi, c’est dans une ambiance combative – si ce n’est déjà tendue – que sont arrivés au ministère Kathy Gaudot, Charles Renvoyé et quelques autres responsables de la structure ce lundi soir.

Les militants espéraient tout de même obtenir une date de signature rapide pour la convention de financement… Mais ils ont fini par claquer la porte, estimant être « lâchés » par le gouvernement. À la sortie, la colère est palpable, notamment chez Charles Renvoyé, qui dénonce à la sortie du ministère, et dans un live facebook très suivi, les nouveaux délais, nouvelles questions, et les complications imposéss par les autorités. « En attendant, on fait quoi des 30 000 consommateurs ? Ce sont eux-mêmes qui ont donné ce chiffre. Pendant que vous êtes en train de régler vos comptes, nos îles sont en train de pleurer la vie de leurs enfants, à cause de quoi ? A cause de cette merde d’ice, s’énerve-t-il. Tout ce qui a été dit par le président, c’est que du pipeau, du blabla ! ».

Pas d’abandon, mais des demandes de précisions et de hiérarchisation

Le gouvernement a-t-il fait demi-tour dans son soutien à la fédération ? Non, assurent divers responsables côté Pays qui expliquent que la réunion devait au contraire être l’occasion de « réitérer le soutien » à l’action de la FCLDT… Mais aussi de rappeler qu’en matière d’utilisation de l’argent public, les procédures sont complexes. La fédération, qui parle de tournées de prévention dans les îles, d’achat de plusieurs véhicules « d’intervention », ou de participation à des congrès internationaux a donc été invitée à mieux définir certaines actions, à les chiffrer de façon plus rigoureuse pour rentrer dans le cadre légal. Surtout il a été demandé à la structure « citoyenne » de fixer des priorités. Difficile d’imaginer, en effet, que les 104 millions seront consommés dans les quatre derniers mois de l’année. La subvention 2025 devrait donc bien être revue à la baisse.

Un discours qui a donc fait sortir de ses gonds les militants qui voient plutôt dans ce revirement le résultat de mésentente et de copinages. Les ministère de la Jeunesse et de la Santé ne partageraient pas, d’après eux, la même vision du dossier et certains responsables préfèrent orienter ses fonds vers des professionnels de la communication qu’ils « connaissent et fréquentent ».  « On s’est rendu compte que nous, bénévole, on est en train de faire le travail de professionnels que le ministère plébiscitent. Mais on voit le résultat aujourd’hui : 30 000 consommateurs ! », pointe Kathy Gaudot ce mardi matin.

La présidente de la Fédération rejette l’argument du manque de clarté des actions de sa fédération – « ils sont au courant de ce que l’on veut faire depuis au moins 4 mois » avec ces 104 millions -, explique qu’un travail a été fait pour « organiser administrativement » la structure pour, justement, entrer dans les règles publiques. Et s’agace de l’accusation, formulée d’après elle par des responsables de l’administration, d’un chantage à la subvention grâce à une certaine popularité sur les réseaux sociaux. « Ils disent qu’on les prend en otage, mais c’est eux qui prennent en otage la population par leur inaction ! » réagit-elle.

Le nouveau ministre pas dans le viseur

Comme les autres militants, Kathy Gaudot ne vise pas le nouveau ministre Kainuu Temauri, mais certains membres de son équipe. Et dénonce surtout – jusqu’à appeler à sa démission – le délégué interministériel à la lutte contre les violences et les addictions, Rauarii de Longeaux, qui participait lui aussi à la réunion de lundi soir et qui, d’après la responsable « téléguide » l’action du pays dans ce dossier. « C’est lui et son équipe qui nous ont déroulé le tapis rouge, du jour au lendemain ils nous ont lâchés, et maintenant il met en place toute une stratégie sans la fédération, mais avec nos idées. Et il va dans les services – parce que c’est arrivé jusqu’à nos oreilles – pour colporter des ragots et affaiblir la fédération ». Des « ragots » qui sont aussi alimentés par les départs de plusieurs membres importants lors de la fédération, et des retour de terrain mitigés sur certaines interventions de sensibilisation.

Dès lundi soir, le gouvernement, ministères comme présidence, cherchait à contacter la FCLDT pour calmer le jeu et reprendre la discussion. Avec le même message : aucun projet n’est retoqué, il s’agit de travailler « en bonne entente », mais aussi « dans les règles » administratives. La Fédération citoyenne de lutte contre les drogues et la toxicomanie, elle, dénonce « ceux qui parlent tout le temps de réflexion, mais qui ne passent pas à l’action ».

 

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