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La Nouvelle-Calédonie sans président et sous la menace d’une mise sous tutelle de l’État

Élu à la mi-février, le 17e gouvernement de Nouvelle-Calédonie n’arrive pas, malgré la majorité indépendantiste, à s’accorder sur un président. Le blocage, s’il durait, pourrait aboutir à une mise sous tutelle de la collectivité par l’État.

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Nouveau round, nouvel échec. Les membres du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie se sont réunis ce mardi pour tenter une deuxième fois d’élire un président de l’exécutif. La démission en bloc des membres indépendantistes de l’exécutif, début février, avait engendré une nouvelle élection au Congrès, l’assemblée territoriale du Caillou. Un scrutin qui, grâce à l’alliance du parti communautaire wallisien l’Éveil Océanien avec l’UC-FLNKS, avait abouti à l’élection d’un exécutif à majorité indépendantiste (6 membres sur 11). Une première depuis l’accord de Nouméa, et même depuis le début des années 80 dans un pays où les partisans du maintien dans la France ont toujours gagné les élections territoriales ou provinciales.

Mais les résultats surprenants de l’élection et les dissensions entre les différents partis pro-Kanaky aboutissent aujourd’hui à une situation de blocage. La liste UC-FLNKS rejoint par le groupe Éveil Océanien a en effet choisi Samuel Hnepeune pour mener sa liste gouvernementale. Le Parti travailliste, émanation politique du syndicat USTKE et allié du groupe, a refusé de voter pour ce nouveau venu en politique, jusqu’alors PDG d’Air Calédonie et président du Medef-NC. Résultats : l’UC-FLNKS, qui pouvait espérer 4 membres du gouvernement, n’en dispose que de trois… Toute comme l’UNI, l’autre force du FLNKS, très ancrée à gauche, et donc réticente à voir un « patron », même Kanak, prendre les rênes du gouvernement, même indépendantiste. Des équilibres retrouvés mardi, lors de l’élection du président : 3 voix pour Samuel Hnepeune, 3 voix pour le chef de file de l’Uni, Raphaël Mapou… Et 4 voix pour le président loyaliste sortant, Thierry Santa, qui n’a pas fait le plein du côté loyaliste.

Une paralysie institutionnelle régulière sur le Caillou

Mais sans majorité (6 voix), pas de président, pourtant nécessaire à la relance de la machine institutionnelle. Du côté de l’UC, on se veut rassurant. Sur NC la 1ere, le président du Congrès Roch Wamytan a reconnu un manque de préparation de cette élection, et assuré qu’une solution consensuelle serait trouvée rapidement. « On prend le temps de la discussion pour essayer de trouver les meilleurs équilibres possibles » a complété au micro de Caledonia Gilbert Tyuienon, ex-vice-président indépendantiste.

Ces blocages institutionnels ne sont pas inédits sur le Caillou, loin de là. En 2017, il avait fallu attendre trois mois pour que soit élu Philippe Germain, le candidat de Calédonie Ensemble, en guerre ouverte avec une frange plus dure de la famille loyaliste. En 2019, les majorités s’inversent mais les querelles restent :  l’exécutif avait dû s’y reprendre à deux fois avant d’élire Thierry Santa, de l’Avenir en confiance. Cette fois, ce sont les mésententes côté indépendantiste qui bloquent la machine. Et c’est au tour des loyalistes de pointer du doigt. « Tout ça pour ça ! a réagi Isabelle Champmoreau, élue Avenir en confiance et seule femme de l’exécutif. Avoir fait chuter le gouvernement dans la précipitation […], casser l’équilibre institutionnel qui est fragile dans cette dernière ligne droite de l’accord de Nouméa, et tout ça au détriment de la vie quotidienne des Calédoniens ».

Sans budget, une mise sous tutelle le 31 mars

Il est vrai que cette période d’impuissance de l’exécutif arrive au plus mal. La Calédonie, dont les frontières sont fermées depuis bientôt un an, n’est pas aussi touchée par l’effondrement du tourisme que la Polynésie, mais son isolement pèse tout de même sur certains secteurs de son économie. Et sans gouvernement, plusieurs dossiers sont bloqués, dont celui du chômage partiel spécial Covid, qui profite à plus de 2 000 salariés dans le tourisme ou les transports, et qui est arrivé à échéance le 28 février. Plusieurs groupes (AEC et UC-FLNKS) s’activent au Congrès pour proposer une prolongation. Le Pays doit en outre gérer les déboires de son secteur nickel, moteur économique du Caillou enrayé par plusieurs crises sociales ces derniers mois. L’usine de Goro, un des trois complexes métallurgiques du Pays, est à l’arrêt faute d’accord politique sur un repreneur, et la SLN a été touchée ces derniers mois par une série de blocages qui pèsent sur sa rentabilité.

Surtout, la Nouvelle-Calédonie n’a toujours pas voté sont budget 2021. Un document qui doit être transmis par le gouvernement au Congrès et voté avant le 31 mars. Faute de quoi la loi organique prévoit une reprise en main de l’État sur la gestion financière du pays. Une « mise sous tutelle » redoutée par tous les élus, et qui constituerait un échec particulièrement cinglant pour les indépendantistes, à un peu plus d’un an du troisième et dernier référendum de sortie de l’accord de Nouméa. L’UC et l’UNI se veulent rassurant sur le calendrier. Les loyalistes sont beaucoup plus sceptiques. Aucune date n’a pour le moment été annoncée par le Haussariat pour une nouvelle tentative d’élection du président.

 

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1 Commentaire

  1. 3 mars 2021 à 5h47 — Répondre

    Ils ne s’entendent pas entre indépendantistes, alors ça présage un beau foutoir dans l’optique d’une indépendance à l’issue du référendum de 2022.

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