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« La position d’un militaire et non d’un médecin » : Père Auguste réagit aux propos du Dr Baert

L’association 193 a vivement réagi aux prises de parole du Dr Patrice Baert, ancien médecin militaire qui fut responsable du Centre médical de suivi des travailleurs du CEP, et qui a été auditionné par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les expérimentations nucléaires françaises, dont Radio1 a publié l’interview. Père Auguste, président de l’association 193 s’en explique, et attend de la commission d’enquête qu’elle aboutisse au réexamen de tous les dossiers rejetés par le Civen et à l’élargissement de la liste des maladies radio-induites.

Après la parution sur notre site Internet de l’interview du Dr Patrice Baert, ancien médecin militaire en charge du suivi des travailleurs du CEP de 2015 à 2018, auteur du récent ouvrage Essais nucléaires en Polynésie, une histoire de mensonges et de contre-vérités, l’association 193 a vivement réagi sur ses réseaux sociaux, le traitant de « collabo » et de « pseudo-scientifique ». Le père Auguste, président de 193, estime que le Dr Baert était, et est encore, « un défenseur du dogme des essais propres ».

Que reprochez-vous au Dr Baert ?

On connait bien le docteur Baert depuis qu’il était au centre médical de suivi, on l’a rencontré à plusieurs reprises avec Bruno Barrillot.  Il nous a toujours paru, et on le lui a dit, que sa position était d’abord la position d’un militaire et non pas d’un médecin. Il avait des préjugés et des idées déjà bien conçues de l’innocuité des essais nucléaires français. On avait en face un défenseur du dogme des essais propres.

Aujourd’hui il prend pourtant soin de préciser qu’il a quitté l’armée.

Justement là, il y a un côté très paradoxal, il parle toujours de l’État. Il défend toujours l’État en disant l’État a trop tardé, l’État aurait dû, l’État a mal communiqué. Il critique le seuil de 1 millisievert, alors qu’il a été membre au nom du CEA (Commissariat à l’énergie atomique, ndr) de la commission dite de l’Erom qui a proposé ce seuil, et aujourd’hui il dénonce son caractère non scientifique. Lors de son audition, il a choqué tous ceux et celles qui l’écoutaient parce qu’il est arrivé comme celui qui apportait la bonne nouvelle de la science, allant contre l’avis de tout le monde.

Il affirme qu’aucune étude scientifique sérieuse n’appuie la thèse de conséquences génétiques transgénérationnelles des essais nucléaires. Qu’en pensez-vous ?

Il y a des personnes qui ont été auditionnées, qui demandent à ce que ce sujet soit pris d’une manière plus sérieuse par les scientifiques. Ils sont tous d’accord pour dire que sur les animaux, ils ont remarqué des mutations génétiques dans les lieux qui ont connu une exposition très forte à la radioactivité. On a prouvé que des animaux ont muté génétiquement parlant, sauf chez l’humain. On est en droit de poser la question : est-ce qu’on a vraiment pris la mesure de ce qui peut être une autre bombe, à retardement.

Jean Rostand (biologiste et académicien, fondateur du mouvement contre l’armement atomique, ndr) dénonçait les essais nucléaires en s’appuyant sur le fait que les Polynésiens sont une population qui n’a jamais connu une radioactivité dite « naturelle », contrairement à certaines régions comme la Bretagne. Donc on est en droit de poser la question, est-ce que même la plus petite contamination n’aurait pas pu générer une certaine mutation ?

Qu’attendez-vous de cette commission d’enquête ?

Le plus urgent pour nous, c’est que cette commission supprime (elle n’en a pas le pouvoir, mais elle peut recommander sa suppression, ndr) le seuil d’un millisievert.  Il faut savoir que tous les dossiers des victimes sont rejetés d’une manière automatique et systématique au nom d’un seuil dont tout le monde affirme aujourd’hui que ce n’est qu’un seuil dit de « gestion administrative ». Donc la solution la plus urgente, il faut supprimer ce seuil. Et à partir du moment où il faut supprimer ce seuil, nous demandons à ce que tous les dossiers qui ont été rejetés soient réexaminés.

Et l’élargissement de la liste des maladies radio-induites ?

Tout à fait, comme toutes les associations du monde. Monsieur de Vathaire, lors de son audition, et d’autres médecins, disaient bien qu’ils sont incapables de dire qu’il y aurait une partie dans le corps humain qui ne puisse pas être modifiée ou qui ne pourrait pas être contaminée par la radioactivité. Ils sont incapables à l’heure actuelle de mesurer l’impact réel de la radioactivité. Donc, nous demandons que cette liste de maladies soit complétée, par les cancers déjà indemnisés par d’autres pays avec une histoire du nucléaire.

 

 

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