ACTUS LOCALESÉCONOMIETRANSPORTS L’ambassadeur de France aux Samoa en « facilitateur » des relations avec le fenua Charlie Réné 2025-11-24 24 Nov 2025 Charlie Réné Devenu en janvier dernier le premier ambassadeur français à Apia, Guillaume Lemoine a multiplié les échanges ces derniers jours à Tahiti, avec des acteurs économiques, scientifiques ou culturels polynésiens. Avec le même message : les Samoa sont demandeurs d’un renforcement des liens avec le fenua, et l’ambassade est là pour faire le lien et aider à porter des projets de coopération. Le diplomate se dit aussi prêt à promouvoir et faciliter la concrétisation la Route du Corail, liaison aérienne qui fait l’objet de discussions régionales. Les Samoa ont été au centre, ces derniers jours à Tahiti, de beaucoup de discussions. Et elles ne sont pas portées par un représentant du gouvernement d’Apia, mais par l’ambassadeur de France aux Samoa, qui termine en ce début de semaine un déplacement au fenua. Guillaume Lemoine, en poste en Papouasie Nouvelle-Guinée de 2020 à 2024, a pris son poste en janvier dernier, et il est le tout premier diplomate français à assumer ce rôle. Or, si Paris a décidé de créer une nouvelle ambassade dans ce pays de Polynésie orientale de 216 000 habitants, c’est que cette représentation doit, comme l’écrivait le quai d’Orsay il y a quelques mois, « contribuer à renforcer les liens entre les Samoa et les territoires français » du Pacifique. Et notamment la Polynésie. « L’ambassade est là pour aider » à la coopération fenua-Samoa Guillaume Lemoine a donc fait la tournée des institutions la semaine dernière, rencontré quelques grands acteurs économiques, scientifiques, ou culturels polynésiens. Avec à chaque fois le même message : il y a des liens à tisser avec les Samoa, et l’ambassade est là pour aider. « L’ambassadeur à Apia est avant tout prestataire de service, un facilitateur au service de toutes les initiatives, toutes les dynamiques et opportunités explique-t-il, pour que les acteurs polynésiens intéressés par un développement aux Samoa, puissent s’appuyer sur l’ambassade ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/11/AMBASSADEUR-1.wav Des échanges avec cet archipel situé à 2500 km de Tahiti, il y en a déjà quelques-un. Ou en tout cas, il y en a eu, notamment du côté de l’université de la Polynésie ou de l’Institut Malardé. Mais à Apia, comme l’a constaté Guillaume Lemoine dans ses premiers mois de mission, on est « très demandeur » d’un nouveau souffle dans ces relations. Apia motivée par la « fraternité polynésienne » Les Samoa sont aujourd’hui principalement tournées vers la Nouvelle-Zélande, puissance administrante jusqu’à l’indépendance en 1961 et où réside une diaspora équivalente à la population de l’archipel. Ou vers l’Australie, poids lourd économique dans la région. Le pays est aussi, comme d’autres petits états du Pacifique, très courtisé par la Chine, et en relation constante avec les États-Unis, dont dépendent les Samoa américaine voisine. Quelle place, dans ce contexte, pour une relation avec la France et la Polynésie française ? D’après Guillaume Lemoine, les autorités locales ont vu « d’un très bon œil » l’ouverture de la représentation tricolore à Apia, où sont reçus régulièrement des bateaux de la Marine nationale venus de Papeete ou Nouméa et on où on apprécierait le rôle de « puissance d’équilibre » de la France dans la confrontation régionale entre la Chine et les États-Unis. Mais c’est surtout l’idée d’échanger davantage avec un autre territoire de la même aire culturelle qui motive. « Il y a une proximité, de fraternité polynésienne » qui attire un œil « bienveillant » sur tous les projets de rapprochement avec le fenua, explique le diplomate, citant parmi les domaines de coopération les plus évidents la recherche, en matière de santé des écosystèmes coralliens ou de changements climatiques notamment, mais aussi la culture. La connectivité aérienne, « problématique majeure » Sur ces sujets, mais surtout sur le développement d’échanges économiques, le renforcement des relations bute sur une « problématique majeure » : la connectivité aérienne. « On peut avoir toutes les ambitions que l’on veut, toute la volonté que l’on veut, si c’est compliqué d’y aller, ça va être un frein, évidemment », reprend l’ambassadeur de France à Apia, qui suit avec intérêt les discussions sur la « Route du corail ». Fidji, Tonga, Samoa, Rarotonga, Tahiti… Ce projet de renaissance d’une lignes aérienne « omnibus » entre plusieurs îles du Pacifique, comme celle exploitée dans les années 50 par les hydravions de la Teal (l’ancêtre d’Air New Zealand), est loin d’être neuf. Il était déjà évoqué entre dirigeants de la région il y a une dizaine d’années et a un temps fait l’objet d’une initiative privée, pilotée depuis Papeete et abandonnée en 2023. Mais l’idée a connu un regain d’intérêt ces derniers temps, et a par exemple été sérieusement discutée par Moetai Brotherson avec les dirigeants régionaux lors des 60 ans de la constitution des îles Cook, en août dernier. Des discussions qui concernent, côté Polynésien, avant tout le Pays. Mais Guillaume Lemoine, là aussi, est prêt à aider. « Je ne suis pas en mesure de décider les choses, mais de faciliter, de promouvoir cette idée, qui va passer pas quelques décisions réglementaires que je peux aider à pousser. Parce que je considère que passer par d’autres escales, notamment en Nouvelle-Zélande, ça complexifie les choses, ça surenchérit beaucoup les échanges, et si on consomme sur un projet donné, du budget sur des problématiques de voyage, c’est un peu dommage, c’est autant de moins qu’on aura sur le projet en lui-même ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/11/AMBASSADEUR-2.wav Du côté du Pays, on a déjà expliqué qu’on ne voyait pas seulement l’État comme un facilitateur dans ce projet, mais comme un potentiel financeur. « L’équation économique est soit déficitaire, soit à peine à l’équilibre, expliquait ainsi Moetai Brotherson sur notre plateau, à son retour des Cook en août dernier. Lors du sommet de l’Unoc, le chef de l’État a annoncé son total soutien à la reprise de la Route du Corail. Donc à un moment, si c’est un élément important dans la stratégie Indo Pacifique de l’État, si on choisit le chemin d’une route structurellement déficitaire, l’Etat devra venir en soutien, comme on le fait avec notre DSP domestique ».