ACTUS LOCALES

L’avenir de la centrale électrique Vairaatoa en suspens

Voilà trois mois que la deuxième centrale thermique du pays, située au cœur de Papeete face à la gare maritime, est à l’arrêt. La faute à une « dégradation structurelle » du bâtiment, fragilisé par plus de 60 ans d’exploitation, et qui pose de sérieux risques de sécurité. Plutôt que de dépenser des centaines de millions pour le remettre en état, EDT a proposé au Pays d’accélérer le développement du nouveau site de production des hauteurs de la Papenoo longtemps discuté mais jamais validé, et d’installer en transition des petits groupes conteneurisés à la Punaruu. Des projets qui font actuellement l’objet d’un chiffrage précis. En attendant, le système électrique tahitien, privé de sa centrale de secours, reste vulnérable.

Voilà déjà de longues semaines que la centrale, située face à la gare maritime de Papeete, n’a pas fait entendre le vrombissement sourd de sa turbine à combustion (TAC), ou même soufflé un panache de fumée. Dans la rue chef Vairaatoa toute la rangée de places de stationnement qui borde la grande bâtisse sans fenêtre a été condamnée par des bardages métalliques. Dans le voisinage, les commerçants ont cherché des explications : « on nous a dit que ça pouvait s’effondrer », explique l’un d’eux. Fragile, la deuxième centrale thermique du pays ? Oui, et ça n’est pas une surprise. D’abord parce qu’elle a été installée dès 1961. Certes elle a connu depuis plusieurs cycles de rénovation. Mais il y a quatre ans à peine, des travaux de renforcement s’étaient déjà révélés nécessaires après un constat de « désordres structurels » sur une aile du site. Le chantier avait été mené, en même temps que celui du démantèlement progressif du site. Car depuis 2022, le Pays demande à EDT-Engie, qui exploite la centrale, de se préparer à son abandon, pour des raisons de sécurité urbaine, de lutte contre les nuisances dans le quartier. En 2023, cette perspective avait d’ailleurs été réaffirmée par le gouvernement : Vairaatoa, sera remplacé, à terme, par un nouveau site de production thermique hors de la zone urbaine, probablement sur les hauteurs de la Papenoo.

Deux des salles des machines ont depuis été fermées, le site a en partie été désamianté, mais malgré ces travaux la turbine avait été laissée en fonction. C’est qu’elle a un intérêt stratégique : en cas de panne de la Punaruu ou de défaillance du réseau de transport, c’est elle qui doit donner un minimum de courant à Papeete et ses environs. De façon moins cruciale, elle permet aussi, depuis la fin 2024 et l’inauguration des premières grandes centrales photovoltaïques du Pays, de mieux « lisser » les brusques apports d’énergie solaire sur le réseau. Et donc de mieux valoriser le renouvelable dans le mix énergétique tahitien.

« Accélération de la dégradation structurelle du bâtiment »

Au mois de novembre, pourtant, à l’angle Est de la centrale, côté rue du chef Vairaatoa et rue Albert Leboucher, ont été constatés des murs et surplombs fragilisés. Par le temps, mais aussi probablement par les vibrations de la turbine, particulièrement sollicitée l’année passée. Les inquiétudes ont été assez fortes pour que la « TAC » soit mise en sommeil et donc en sécurité : depuis maintenant trois mois, la centrale ne produit plus d’électricité.

Et elle pourrait bien ne plus jamais en produire. Car l’étude commandée en fin d’année dernière par EDT auprès d’un cabinet spécialisé confirme une « accélération de la dégradation structurelle du bâtiment ». La remise en état coûterait des centaines de millions, et impliquerait au passage un « rétrofit », lui aussi coûteux, de la turbine. Le concessionnaire d’électricité, dont le contrat s’arrête en 2030 s’est bien sûr tourné vers le Pays… Avec une recommandation : fermer définitivement la centrale du centre-ville et accélérer le développement du « site 3 » de Papenoo, qui, malgré des années de discussions et un terrain identifié sur le domaine de Tahiti nui Telecom, n’a jamais reçu de feu vert définitif des autorités.

Des petits groupes à Punaruu en attendant la nouvelle centrale de Papenoo

Le Pays, pas entièrement convaincu, a depuis commandé une contre-expertise, qui malgré des différences de chiffrages assez nettes, a confirmé qu’une remise en état de la centrale Vairaatoa serait très coûteuse. Les discussions, dans lesquelles est aussi investie la Tep, se sont accélérées la semaine dernière, autour d’une proposition de « transition » formulée par le concessionnaire. En attendant le site 3, ses trois générateurs de 6MW et ses batteries de grande capacité, des petits groupes de 1,2MW, là aussi accompagnés de batteries, pourraient être installés à la Punaruu, derrière la centrale Martin et le « générateur virtuel » Putu Uira. Des générateurs qui présentent de multiples avantages : commandés « conteneurisés », ils peuvent être rapidement disponibles, nécessitent peu de travaux d’installation, et pourraient donc être opérationnels avant la fin de l’année… « Souples » dans leur utilisation, ils permettront, de s’assurer de la solidité d’un système électrique qui, s’il fonctionne sans problème sans Vairaatoa, est aujourd’hui beaucoup plus vulnérable en cas de pannes en série. Et de se donner du temps pour construire le futur site de la côte est, qui ne sera quoiqu’il arrive pas prêt avant trois ans.

Si EDT pousse à une décision rapide, la Direction polynésienne de l’Énergie veut être sûre de ces plans, qui se chiffrent « quelle que soit l’option à plusieurs centaines de millions de francs ». Elle a ainsi demandé à la Tep, qui s’oppose à EDT sur la question du dimensionnement des batteries, de rendre un avis officiel sur le sujet. Et a surtout ordonné une étude précise du surcoût que va représenter le site relais de la Punaruu. EDT se veut rassurant, expliquant que les futurs « petits groupes » peuvent être intégrés, sans être déplacés, au projet de « site 3 » en remplacement d’un des générateurs de 6 MW. Ou pourront servir, de par leur mobilité, dans d’autres situations d’urgence, dans les îles notamment. Si rien n’est acté, les discussions sont clairement orientées vers une fermeture définitive du site de Vairaatoa et la vente de sa turbine, qui a encore beaucoup de potentiel après une remise à neuf. Pour la première fois depuis 65 ans, Papeete pourrait alors ne plus avoir de centrale électrique.

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Jt Vert 17/02/2026

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