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Le Pays accélère encore sur le remboursement de sa dette

Après les 6 milliards de francs de PGE annulés par son prédécesseur, le ministre des Finances Warren Dexter s’apprête à signer avec l’AFD la restructuration d’une partie de ces Prêts garantis par l’État contractés par le gouvernement précédent pendant le Covid. En remboursant 9 milliards de francs avant 2033 plutôt que d’ici 2046, l’exécutif veut économiser 3,5 milliards de francs d’intérêts. Il s’agit surtout de profiter des années de bons rendements fiscaux pour « dégager des capacités d’emprunt » pour de grands projets… ou de grandes crises.

Lire aussi : Au budget 2025, la dette et la masse salariale réduisent les marges de manœuvres

Rembourser les PGE, et vite. C’est la stratégie du gouvernement de Moetai Brotherson qui s’est mis en tête, depuis son arrivée, de faire baisser la dette de la Polynésie. Il faut dire qu’elle a atteint des sommets : à 156,1 milliards de francs, fin 2022, un record atteint à la faveur de deux prêts garantis par l’État (PGE) contractés auprès de l’AFD pendant la période Covid. 28,6 milliards de francs en 2020 pour tenir le coup de la pandémie, 35,8 milliards en 2022 pour assurer la relance… Profitant de la bonne reprise économique – et de l’inflation, qui a fait grimper les recettes publiques – l’ancien ministre des Finances Tevaiti Pomare avait déjà fait annuler 6 milliards de francs du deuxième PGE. Ça n’avait pas empêché le budget 2025, année du début de remboursement du capital de ce gros crédit, d’afficher une annuité de la dette inédite depuis au moins 20 ans : 17,2 milliards de francs, capital et intérêts compris, à rembourser dans l’année. Soit 5 milliards de francs de plus qu’en 2020.

Pour le gouvernement, se pose dès lors deux objectifs. Plafonner, d’abord, les remboursements annuels à 18 milliards de francs pour ne pas réduire les marges de manœuvre budgétaires, déjà largement entamée par les charges de personnel. Et maitriser le niveau de la dette elle-même, pour ne pas « obérer les capacités du Pays à emprunter » au moment « où il en aura le plus besoin ». C’est suivant ces deux principes qu’ont eu lieu les discussions avec l’AFD et avec l’État sur la restructuration du deuxième PGE, ces derniers mois.

Pas de changement de taux, mais des changements de dates

Le Pays aurait pu rêver d’une révision des taux d’intérêt : situés entre 3,48 % et 4,76% pour le deuxième PGE, ces taux avaient été négociés en fonction du marché de l’époque, et pas dans des conditions « bonifiées » comme c’est souvent le cas de prêts ciblés accordés par l’AFD. Des taux qui sont fixes alors que les taux directeurs ont eu tendance à baisser ces derniers mois. Comme le notait l’exécutif lors de la préparation du dernier budget, tous les prêts contractés sur les marchés depuis la mi-2023 l’ont été a des taux inférieurs à ceux des PGE.

Mais c’est plutôt sur le calendrier de remboursement qu’a porté l’accord avec l’État et l’AFD, que le ministre des Finances Warren Dexter vient d’être autorisé à signer par arrêté du président Moetai Brotherson.
La convention prévoit que la Polynésie rembourse d’ici le 30 septembre 2033 les 9,2 milliards de francs de la deuxième tranche de ce PGE 2. Soit 13 ans plus tôt que ce qui était prévu : les traites devaient s’étaler, comme pour la première tranche, jusqu’à 2046.

Grands projets et risque de récession

Qui dit remboursement plus rapide, dit moins d’intérêts à payer : « On va économiser environ 3,5 milliards de francs au total », précise Warren Dexter, qui assure que cette accélération ne fera pas crever le plafond fixé pour l’annuité de la dette. « Ça ne nous limite pas dans nos projets : on a pu emprunter un peu plus de 4 milliards de francs pour les Jeux du Pacifique », précise le ministre. Quant à l’encours de la dette, qui atteignait fin 2024 147,2 milliards de francs, il retrouvera les 125 milliards d’ici 2033.

Pourquoi faire baisser ce chiffre alors que le taux d’endettement de la Polynésie – qui représente quelques 20% du PIB, là où l’État a passé la barre des 110% – « ne présente pas de risque immédiat pour la collectivité », comme l’écrivait en fin d’année le ministère des Finances ? Pour dégager des capacités d’emprunt pour l’avenir, répond Warren Dexter, qui cite les besoins des « grands projets » – qui restent toujours à préciser -+ ou l’éventualité d’une nouvelle récession. Le ministre des Finances note aussi que cette mesure de « bonne gestion » doit permettre plus de souplesse dans les négociations des emprunts du Pays : « Les bailleurs de fonds ont plus confiance quand ils voient qu’on rembourse en avance », résume-t-il.

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