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Le personnel d’Air Tahiti « pas complètement rassuré » par Moetai Brotherson


Après avoir exprimé son « indignation » dans une lettre ouverte, l’intersyndicale d’Air Tahiti a été reçue samedi à la présidence. Après une longue entrevue en petit comité, Moetai Brotherson a assuré devant une centaine de salariés qu’il n’avait « aucun intérêt » à ce que la compagnie historique « se porte mal ». Le président a aussi affirmé que la prolongation de la DSP était prête à être signée, et s’est porté garant d’une « équité » sur le marché malgré le soutien de ces derniers mois à Air Moana et la double casquette de Lionel Guérin. Les syndicalistes saluent l’écoute, mais estiment qu’Air Tahiti est déjà défavorisée dans les faits, ils regrettent de ne pas avoir eu tous les éclaircissements sur la stratégie aérienne de l’exécutif
… Et ont interpellé le président sur les conséquences d’un éventuel plan social dans leur compagnie.

Lire aussi : Les syndicats d’Air Tahiti « indignés » par la politique aérienne du Pays

Ils étaient une centaine, pour beaucoup habillés aux couleurs rouges de leur compagnie à se rassembler devant la présidence samedi matin. Les six syndicats signataires d’une lettre ouverte à Moetai Brotherson la semaine dernière, avaient rapidement obtenu une proposition de rencontre du chef du gouvernement pour évoquer leurs grands sujets d’inquiétude : le soutien de la collectivité à Air Moana, d’abord, les incertitudes sur la DSP des îles, ou encore la double casquette de Lionel Guérin à la tête de ATN et Natireva.

Les syndicats ne « veulent pas attendre » un plan social

Mais pas question de limiter le rendez-vous aux seuls délégués : même si toutes les organisations représentatives n’avaient pas paraphé la missive – environ la moitié des syndicats, pesant pour plus de « 900 salariés », étaient signataires -, il s’agissait de montrer que l’incompréhension – si ce n’est « l’indignation » – face à la politique aérienne du Pays « était partagée par tout le monde » à Air Tahiti. Avant d’entamer l’entretien, la délégation a donc rappelé l’enjeu devant le collectif de salarié réuni en haut de l’avenue Pouvanaa. « On ne veut pas attendre l’année prochaine et se retrouver en comité d’entreprise avec une liste de personnel dont il faut se séparer. On veut pas en arriver là, c’est pour ça qu’on se réveille aujourd’hui, explique Emmanuel Faaterehia, porte-parole de cette intersyndicale. On ne voulait pas intervenir depuis le début pour laisser notre direction négocier avec le Pays. Mais on ne peut plus rester sans rien faire, il n’y a rien qui bouge ».

Après deux heures d’échange entre la délégation et le président du Pays, Moetai Brotherson est venu s’exprimer directement devant les salariés présents. Un discours dans lequel le président a reconnu le rôle primordial de la compagnie domestique historique du fenua, du point de vue économique, sanitaire ou social, a expliqué que l’accompagnement du développement d’un nouvel acteur interîles était une nécessité pour s’assurer qu’une concurrence « équitable » s’installerait au long terme sur le marché… Et assuré que ni lui ni son gouvernement n’avaient une « dent » contre Air Tahiti, comme l’ont pourtant senti nombre d’employé d’Air Tahiti ces derniers mois. Rappelant que le Pays et ses satellites étaient actionnaires à près de 30% de Air Tahiti (13,66% pour la collectivité, 13,35% pour OCI, filiale de la Socredo, et 1,41% pour ATN, qui a toutefois vocation à vendre ses parts dans les prochains mois, au nom de la neutralité avec Air Moana), Moetai Brotherson a assuré qu’il n’avait « absolument aucun intérêt » à ce que la compagnie se porte mal.

« Au moins ils peuvent plus dire qu’ils ne savent pas »

Un discours qui, d’après Emmanuel Faaterehia, n’a « pas complètement rassuré » le personnel. Car dans le détail, l’intersyndicale n’a pas obtenu les avancées ou les éclaircissements qu’elle demandait. D’abord sur la double casquette de Lionel Guérin, président du premier concurrent d’Air Tahiti et Directeur général d’un des plus importants partenaires commerciaux. Les « cloisons étanches » instaurées au sein d’ATN, qui n’avaient déjà pas convaincu les actionnaires privés du conseil d’administration de la compagnie internationale, ne rassurent pas plus le personnel. « Le gouvernement se porte garant de l’équité », note le porte-parole, mais « on lui a porté connaissance de plusieurs éléments qui montrent que cette double casquette vient déjà pénaliser Air Tahiti sur le marché international ». Des éléments notamment observés lors des rencontres organisées le mois dernier par Tahiti Tourisme avec les tour-opérateurs internationaux, et dans lesquelles, selon les syndicats, régnait une « confusion » autour du rôle de Lionel Guérin. « Au moins ils peuvent plus dire qu’ils ne savent pas », ajoute Emmanuel Faaterehia.

Le soutien à Air Moana a aussi été longuement évoqué dans l’entretien. « On est pas contre la concurrence, mais on demande une égalité de traitement », assurent les syndicats. Le gouvernement a répondu que des discussions étaient en cours avec Air Tahiti sur la défiscalisation d’avions et d’autres dispositifs d’accompagnement. Tout en précisant, d’après Emmanuel Faaterehia, que les recours administratifs déposés par la compagnie d’aider pas à avancer sur ce sujet. Des recours qu’Air Tahiti avait justement déposés après plusieurs refus et demandes de soutien sans réponse du Pays.

« Aujourd’hui, le gouvernement ne voit personne d’autres pour reprendre la DSP »

Mais c’est bien sûr l’avenir de la DSP des îles qui était au cœur du rendez-vous. Une délégation de service public pour le désenclavement de 32 îles dont la desserte n’est pas jugée rentable, mise en place en 2021, et qui arrive à échéance fin juin. Au grand dam des habitants et professionnels du tourisme de ces îles, aucun nouvel appel d’offres n’a été lancé par le gouvernement qui dit attendre les résultats d’une étude sur l’évolution du schéma directeur des transports interinsulaires. Une prolongation d’un an est bien évoquée depuis plusieurs mois, mais rien n’est signé. « Aujourd’hui, le gouvernement ne voit personne d’autres pour reprendre la DSP. Est-ce que c’est pour nous rassurer et apaiser les tensions je ne sais pas », explique Emmanuel Faaterehia. Chez Air Tahiti, on craint depuis longtemps que la période de prolongation n’ait pour seul objet de laisser le temps à Air Moana, ou à d’autres concurrents comme Air Tetiaroa, dont les petits avions pourraient profiter d’une réorganisation par « hub », de monter en puissance pour prendre une partie du marché. « Il nous dit que c’est de la fiction, reprend le porte-parole. La prolongation, pour eux, c’est parce qu’il y a des îles qui sont DSP et qui veulent en sortir, et d’autres qui n’y sont pas et qui veulent y rentrer, comme Maupiti. C’est pour cette raison qu’ils ont demandé à revoir le schéma aérien, et qu’ils n’ont pas encore fait l’appel d’offre, soit-disant ».

Là aussi, le discours n’a pas vraiment convaincu l’intersyndicale qui veut échanger avec sa direction sur le sujet. Car Moetai Brotherson a assuré que les négociations étaient terminées pour cette prolongation, et qu’il n’attendait que la signature du directeur de Air Tahiti Edouard Wong Fat pour l’acter. Le directeur général, qui avait déjà mené des pourparlers sur ce sujet en fin d’année dernière, avait de nouveau rencontré le président du Pays après un Salon du tourisme mouvementé pour avancer sur ce dossier. Mais ces dernières semaines, le discours de la direction d’Air Tahiti n’a pas changé : oui à une prolongation, mais à condition que le gouvernement apporte certaines garanties d’équité dans son traitement des compagnies interîles. Rien n’indique aujourd’hui que ces garanties ont été apportées. L’intersyndicale évoque une option transitoire : l’application d’une disposition de la DSP qui permet au délégataire de poursuivre la vente des billets vers les îles concernées au delà de la date limite, après une prise de responsabilité écrite par le Pays. Une possibilité qui reste elle aussi à acter.

« Donc on est obligé d’attendre », reprend Emmanuel Faaterehia qui se dit satisfait de « l’écoute » du président du Pays. « On voulait aussi qu’il se rende compte que s’il y a un plan social à Air Tahiti, il sera aussi responsable, précise le porte-parole de l’intersyndicale. S’il y a une dizaine d’îles qui sont données en DSP à Air Moana, ils devront reprendre les contrats de travail du personnel concerné, mais il y a rien dans les textes qui précise les conditions de reprise. Ils partiront sans leur acquis, il n’y aucune garantie aujourd’hui ».

 

 

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