ACTUS LOCALESPOLITIQUE Le Tavini unanime crée sa commission d’enquête sur les « enjeux de la Polynésie et de sa ZEE » Caroline Perdrix 2025-07-03 03 Juil 2025 Caroline Perdrix La création d’une « commission d ’enquête chargée de recueillir tous les éléments d’information relatifs aux enjeux géostratégiques, environnementaux, économiques et financiers de la Polynésie française et de sa zone économique exclusive » a finalement été adoptée par les seules voix du Tavini. L’opposition, qui avait envisagé d’y participer, dénonce l’instrumentalisation de l’assemblée à visée idéologique et posera sans doute un recours contre cette délibération, qui contrevient selon elle au règlement intérieur. Lire aussi : Assemblée : la création de la commission d’enquête à 25 millions reportée Lire aussi : Une commission d’enquête à l’assemblée pour préparer le procès contre l’État Lors de la séance du 13 juin dernier, face aux incertitudes – possibilité de recours de l’opposition, désaccords internes -, le président de l’assemblée avait préféré retirer le texte et repousser son examen. L’opposition autonomiste dénonçait l’utilisation de deniers publics (25 millions de budget, du jamais vu) à des fins partisanes. Le Tavini ne cache pas l’intérêt de cette évaluation de « l’équation globale de la relation France-Polynésie » pour obliger la France au dialogue de décolonisation, voire pour la poursuivre en justice. La simple proposition de sa création, comme la création de la commission de décolonisation de l’assemblée en 2023, permet de faire valoir des « progrès » devant les instances de l’ONU… et de ragaillardir les troupes au fenua. Depuis le 13 juin, des rencontres organisées par Antony Géros n’ont pas permis de trouver un terrain d’entente avec les autonomistes, et de les convaincre d’intégrer la commission d’enquête comme l’exige le règlement intérieur de l’APF. Les autonomistes qui avaient pourtant exprimé leur intérêt dans les résultats que cette commission pourrait produire. Mais pour eux, le fondement de cette création n’est pas celui prévu dans le règlement intérieur : elle ne peut avoir pour objet que des « faits avérés » ou la « gestion des deniers publics. » C’est le format « mission d’information » (2 millions de budget maximum), qui serait le plus adapté à leurs yeux. « Un fouillis qui ne répond qu’à un objectif idéologique » pour Ahip A Here Ia Porinetia avait proposé d’en créer deux, l’une sur les flux financiers entre la France et la Polynésie, l’autre sur les métaux rares et la biodiversité océanique, explique Nicole Sanquer, « au lieu d’avoir un fouillis qui ne répond qu’à un objectif idéologique et indépendantiste. Mais financé à hauteur de 25 millions par des deniers publics. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/COMMISSION-ENQUETE-01-SANQUER.wav « On voit bien qu’on nous berne », dit le Tapura « 25 millions, ce n’est pas acceptable par rapport à notre population », a déclaré Tepuaraurii Teriitahi du Tapura, qui affirme que le montant nécessaire à la réalisation de cette enquête a varié à plusieurs reprises : il aurait été question de 100 millions, puis de 25, et même d’un montant final de seulement deux ou trois millions : « On voit bien qu’on nous berne ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/COMMISSION-ENQUETE-02-TEPUARAURII.wav Le Tapura dénonce lui aussi un projet « au service d’une idéologie ». « Ils savent ce qu’ils cherchent, ils savent ce qu’ils veulent entendre, et ils ne sont pas du tout dans une posture d’accueillir de façon objective les résultats qui pourraient sortir de cette commission d’enquête. (…) L’assemblée de la Polynésie française n’est pas faite pour soutenir financièrement les lubies du Tavini Huiraatira. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/COMMISSION-ENQUETE-03-TEPUARAURII.wav Quatre élues Tapura désignées d’office La commission sera présidée par Antony Géros, avec Oscar Temaru pour vice-président, et ses autres membres seront Maurea Maamaatuaiahutapu, Tevaipaea Hoiore, Allen Salmon, Rachelle Flores, Teremuura Kohumoetini-Rurua, Odette Homai et Steve Chailloux. Et puisque le règlement intérieur de l’APF l’impose, quatre membres du Tapura – Lana Tetuanui, Tepuaraurii Teriitahi, Teura Iriti et Pascale Haiti-Flosse – ont été désignés d’office. Et sont passibles d’une amende de 25 000 francs chaque fois qu’elles ne se présenteront pas en réunion. Sans surprise, le Tapura qui avait dit ne pas vouloir intégrer cette commission pense déposer un recours : « On est pris en otage, on a quasiment un couteau sous la gorge, là. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/COMMISSION-ENQUETE-04-RECOURS.wav « C’est assez malvenu de leur part » répond Antony Géros, alors que le Tapura avait envisagé, en cas d’entente, d’y renoncer. Quant aux montants évoqués pour doter cette commission, le président de l’assemblée explique que pour se conformer aux règles des marchés publics, « nous avons fait une pré-prospection pour avoir une idée des coûts, et ça va de 25 à 100 millions, c’est tout. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/COMMISSION-ENQUETE-05-GEROS.wav « On nous a menti, on nous fait tourner en bourrique » « On nous accuse de faire de la politique, s’est emporté Steve Chailloux, bien sûr ! On est un groupe politique, dans une assemblée politique, par un moyen politique. On nous accuse pour 25 millions, sans s’affoler de ces millions qui ont été détournés par le passé. On nous a menti, on nous fait tourner en bourrique (…) ». « On est quand même un peuple, et un peuple avec des droits humains », s’est énervé Antony Géros.« Nous, la majorité, on veut savoir, donc on va faire la commission d’enquête. Et si demain vous êtes aux manettes, a-t-il lancé à l’opposition, ne venez pas me dire que vous n’allez pas ouvrir ce rapport et chercher ce qui vous intéresse. » « Aujourd’hui, ce qui est important, c’est que pour la première fois, concluait-il en marge de la séance, on va pouvoir avoir des éléments d’information sur ce que d’aucuns disent aujourd’hui sur les richesses dont dispose la Polynésie. Avec cet outil on va commencer à avoir des bribes d’information, je dis bien des bribes. » Antony Géros, veut réunir cette nouvelle commission « dans les jours qui viennent » et entamer le travail, car un recours devant le tribunal administratif ne serait pas suspensif. La commission d’enquête dispose d’une période de six mois, renouvelable une fois, pour rendre son rapport.