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Les acconiers face à la concurrence internationale, mais le Pays « attentif » au social

Alors que les conventions des trois sociétés d’acconage du port autonome arrivent à terme l’année prochaine, les dockers sont de plus en plus inquiets sur les conséquences sociales de la transition. Invité de Radio 1 ce mardi, Jordy Chan a expliqué le refus du Pays de restreindre la procédure aux sociétés de manutention déjà installées localement. Impossible juridiquement, et pas souhaitable économiquement, dit-il : la mise en concurrence, y compris face à des acteurs internationaux, permet de sélectionner les prestataires les plus performants pour la collectivité. Le ministre des Grands Travaux assure tout de même que la reprise du personnel sera un « élément déterminant de la sélection » des opérateurs.

C’est un sujet qui a déjà été soulevé à plusieurs reprises dans les discussions entre les grandes centrales syndicales et le gouvernement – notamment à l’occasion du dernier 1er mai – et qui continue de faire monter en pression les dockers de Papeete. En novembre 2027, les conventions qui permettent aux entreprises Cowan, Sat-Nui et Cotada, de charger et décharger, chacun avec ses grues, ses machines et son personnel, les quelques 980 000 tonnes de marchandises qui transitent chaque année par le terminal de commerce international. Des conventions qui doivent donc être remises en jeu par appel d’offres, comme l’avait annoncé de longue date le Pays, malgré les demandes de prolongations de certains acteurs. « Le cahier des charges a été rédigé, il a été approuvé en conseil des ministres le 12 juin dernier et on compte lancer l’appel d’offres dans les prochaines semaines » a confirmé ce mardi Jordy Chan sur le plateau de l’Invité de la rédaction.

Trois acteurs, mais « un peu plus d’ordre dans le terminal »

Si cette procédure inquiète, c’est que le Pays et le Port autonome ont quelques envies de changement dans le fonctionnement de la manutention portuaire. Les dockers n’ont pas oublié le rapport de l’autorité de la concurrence de 2019 qui pointait un « coût élevé de l’acconage, qui bénéficie à la fois de tarifs réglementés et de la présence d’un oligopole protégé ». « Dans beaucoup de ports de cette taille, on trouve un seul acconier, qui – après mise en concurrence pour la délégation de service public – gère le terminal dans son ensemble », précisaient les magistrats financiers, relevant que les équipements des trois sociétés sont aujourd’hui « rarement actifs en même temps » et que le « surdimensionnement » des installations avait une incidence sur les prix payés par les transporteurs et au final par les consommateurs. Des préconisations contestées par les professionnels et par les syndicats, pour qui la diminution du nombre d’opérateurs se fera forcément au détriment des salariés.


Le Pays a fini par opter pour un renouvellement, par appel d’offres, des trois conventions. Mais le ministre des Grands Travaux – et ancien directeur adjoint du Port autonome – le précise : « Dans ce renouvellement, on va également modifier le cahier des charges en question. Ça va nous permettre d’avoir plus de possibilités de contrôler et de réguler l’activité des acconiers, puisque ce qu’on constate souvent, c’est malheureusement qu’il y a pas mal de coactivité, parfois des conflits entre les différentes entreprises et du coup, ce qu’on souhaite, c’est mettre un peu plus d’ordre dans le terminal ».

« La reprise du personnel sera vraiment un élément déterminant de la sélection »

Mais ce qui anime le plus les débats au terminal de commerce – ou certains syndicats se disent déjà prêts à se mobiliser, voire à « bloquer le port » s’ils n’obtenaient pas matière à être rassurés – c’est l’ouverture de cet appel d’offres à l’international. Les dockers craignent l’arrivée d’un gros acteur international, prêt à « casser les prix » – et donc, à terme, la masse salariale – pour prendre le marché. « On ne peut pas restreindre l’appel à candidature en question, c’est la loi », réagit Jordy Chan qui précise avoir reçu à plusieurs reprises les représentants du secteur. « On les a rencontrés et ce qu’on leur a dit, c’est que la reprise du personnel sera vraiment un élément déterminant de la sélection, reprend le ministre des Grands Travaux. Après, pour ce qui concerne l’appel d’offres, le principe d’une mise en concurrence, c’est de pouvoir sélectionner le mieux-disant et le plus performant sur sa proposition. C’est un principe qui permet d’assurer un meilleur bénéfice pour la collectivité, de manière générale. Il faut le savoir, si on ne met pas en concurrence, le risque est de se retrouver avec des prestataires qui malheureusement ne font pas bien leur travail ».

Le processus d’appel d’offres va-t-il favoriser l’expérience locale ou internationale ? « Les deux sont valorisables », précise le membre du gouvernement. « Les entreprises actuelles connaissent l’environnement, elles connaissent bien le terminal, elles connaissent leurs coûts d’exploitation par cœur et également les revenus qu’ils engendrent. Ça c’est valorisable. L’expérience internationale également puisque ça permet d’apporter des pratiques qui ne sont pas forcément celles qui sont en vigueur aujourd’hui sur le terminal et qui pourraient améliorer l’efficience et l’efficacité des entreprises ».

Un cadre clair, donc, mais pas celui qu’ont demandé les syndicats, qui continuent de revendiquer avec force une procédure restreinte. Jordy Chan le précise : les trois lauréats qui seront choisis d’ici 2027 « peuvent très bien être les trois opérateurs existants ». Dont l’activité serait alors prolongée pour « 10 à 15 ans ».

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