ACTUS LOCALESSOCIAL

Les agents de la pénitentiaire menacent de « bloquer » Nuutania

Manque d’effectif, sanctions abusive, décisions arbitraires le tout dans des conditions de travail dégradé… À la prison de Nuutania, les agents dénoncent un « véritable mal-être ». Après des années de négociations qui n’ont « menés à rien » selon eux, ce samedi matin ils étaient une trentaine à manifester devant lehaut-commissariat à Papeete. A l’approche du départ du chef d’établissement en avril, ils réclament plus de considération et l’annulation de certaines décisions prises « sans concertation ».

À l’approche du départ de leur chef d’établissement en avril, les agents pénitentiaires de la prison de Nuutania ont exprimé leur mécontentement ce samedi matin .Une trentaine d’entre eux se sont rassemblés devant le monument aux morts – et donc face au Haut-commissariat – pour manifester contre leurs conditions de travail et un climat social « dégradé ». Un rassemblement « sans blocage », mais signe d’un mécontentement qui va en s’empirant. « Nous avons commencé ici, mais s’il faut nous allons nous déplacer devant Nuutania », prévient Matehei Shigedomi Maury qui parle d’une possible manifestation bloquante vendredi.

Sous-effectif et conditions de travail éprouvantes

Parmi les revendications prioritaires, les agents dénoncent un « sous-effectif chronique ». « Certains postes ne sont pas rappelés, et ça rajoute une charge de travail aux personnes présentes. On s’épuise petit à petit », regrette le représentant syndical. D’après lui à l’heure actuellement, seuls 85 % des postes sont pourvus. Et les agents réclament le retour d’au moins 15 agents polynésiens pour combler les postes vacants. Dans la liste des 17 doléances, ils parlent aussi du « réagencement inapproprié du bureau des personnels techniques » qui les prive d’un espace avec des sanitaires, d’une cuisine, d’une salle à manger et d’un bureau alors qu’ils enchainent « parfois 13 heures de service ». « Nos bureaux sont dans un état déplorable. Cela fait près de quatre ans que le directeur est là, et nos conditions de travail n’ont fait qu’empirer », dit-il.

Sanctions arbitraires et climat social dégradé

Les agents dénoncent aussi un climat social tendu, notamment à cause de « sanctions arbitraires ». Le représentant syndical évoque un « usage abusif » de la vidéosurveillance : « Le chef d’établissement regarde les caméras à la recherche de petites erreurs pour pouvoir leur retirer un trentième », explique-t-il. Toujours d’après le représentant syndical, les agents sont particulièrement affectés par ces sanctions qui les pénalisent pour des erreurs mineures, comme le non-port du gilet pare-lames, souvent lié aux conditions de travail difficiles. « On travaille 13 heures par jour, dans un milieu fermé et mal ventilé. On transpire énormément. Parfois, on retire le gilet pour respirer, explique-t-il. On a travaillé toute la journée, et pour une petite erreur, on nous retire une journée de salaire. C’est financièrement et psychologiquement très dur à vivre. »

Ces revendications ne datent pas d’hier. En 2023, les représentants syndicaux de FO-Justice Polynésie avaient déjà dénoncé un « manque de dialogue » avec le directeur de Nuutania, qu’ils accusaient à l’époque de « mépris » et de « décisions arbitraires et incohérentes ». Karl Manutahi, secrétaire territorial du syndicat, avait souligné que « chaque fois, il faut taper sur la table pour lui faire entendre raison », et que les promesses faites par le directeur étaient souvent restées sans suite.

Ils aussi demandé l’amélioration des conditions de travail, le retour d’agents polynésiens en métropole et la rénovation de Nuutania. Des demandes qui n’ont semble t-il pas trouvé de réponse satisfaisante. « Cela fait des années que nous attendons des réponses concrètes », insiste Matehei Shigedomi Maury. À noter que le Haut-commissaire, Eric Spitz, a reçu vendredi les représentants syndicaux: « il s’est montré à l’écoute » et va demander au directeur. Les syndicalistes, eux, jugeront au résultat.

 

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