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« Les agressions et l’ambiance générale vont tuer la plaisance », alerte Arnaud Jordan

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Les conflits entre plaisanciers et habitants se multiplient sur les lagons. Le week-end dernier, une vidéo montrant des jeunes en train de piller et saccager des voiliers à Raiatea a beaucoup fait réagir, mettant à nouveau en lumière des tensions qui ont également été débattues à l’Assemblée la semaine dernière. Du côté de l’Association des voiliers en Polynésie, on s’inquiète d’un « contexte hostile » qui commence à effrayer les voyageurs internationaux et risque de « tuer la plaisance », qui représente pourtant une importante « manne économique » pour le territoire. Arnaud Jordan, président de l’association, parle d’un sentiment d’insécurité croissant, dénonce l’immobilisme des autorités, et au passage les dérives du dispositif Escales, qui permet de réserver à l’avance un emplacement dans une zone de mouillage.

Radio 1 : Avez-vous l’impression, au niveau de l’Association des voiliers en Polynésie, que l’atmosphère se dégrade et que les tensions vont en grandissant vis-à-vis des voiliers ?

Arnaud Jordan : Depuis le Covid, j’ai l’impression que la place des voiliers, dans l’imaginaire des gens, est de moins en moins bonne, ce qui impacte le tourisme de plaisance. Mais il ne faut pas oublier que c’est un tourisme haut de gamme qui rapporte entre 4 et 5 milliards par an en Polynésie. Est-ce qu’on veut se passer de ça ? On stigmatise les voiliers pour la pollution alors que leur impact est beaucoup moins important que l’avion. Les voiliers mouillent dans des zones qui sont réglementées maintenant. On peut parler de cette réglementation et de l’attitude des édiles ou de l’administration qui est particulièrement hostile aux voiliers. Cela se ressent jusque dans la population qui pense qu’elle peut faire justice elle-même.

« Les autorités ne font pas grand-chose pour régler le problème »

Les messages véhiculés par les autorités, comme ce qu’on peut lire sur les réseaux sociaux, contribuent à attiser le problème selon vous ?

Je pense que les autorités ne font pas grand-chose pour régler le problème. Le système Escales proposé par la DPAM ne va pas fonctionner parce qu’il ne tient pas compte de la météo ni des besoins des gens. On va se retrouver avec des petits chefs dans toutes les îles qui vont régler comme ils veulent la plaisance et la présence des voiliers, alors qu’on est dans un contexte totalement hostile, où on n’a plus le droit de mouiller plus de 48 heures dans la plupart des endroits, en tout cas dans les îles Sous-le-Vent. On va se retrouver avec une plaisance qui ne fait que bouger. Ça ne changera pas grand-chose, il y aura toujours autant de voiliers.

Donc quelles seraient les solutions ?

On pourrait envisager un « cruising permit », c’est-à-dire faire payer un tarif à l’entrée des voiliers. Cela pourrait restreindre leur nombre. Et si on veut gagner de l’argent au niveau du Pays, ça peut être une manne à ne pas négliger pour permettre d’augmenter les infrastructures, car c’est ce qui manque. Quand on a ouvert grand la porte à la plaisance, on s’est dit qu’on allait faire des infrastructures. On les attend toujours.

« La Polynésie était jusque-là une destination accueillante, ça commence à être de moins en moins le cas »

Le manque d’infrastructures et de places dans les marinas, c’est un problème qui est soulevé depuis longtemps. Vous n’avez pas reçu de solution satisfaisante à ce sujet ?

Il y a eu des réponses par-ci par-là, trois places pour des bateaux de moins de 20 mètres, mais on est complètement décalé par rapport aux besoins. Si on ne fait rien au niveau des entrées des voiliers, on se retrouve avec beaucoup de bateaux car personne n’a envie de quitter des eaux qui sont merveilleuses pour la plaisance. Il y a vraiment une manne économique à en tirer mais les agressions et l’ambiance générale vont doucement tuer la plaisance. Les internationaux sont très sensibles au fait que la Polynésie était jusque-là une destination calme et accueillante, et que ça commence à être de moins en moins le cas.

 « On a un peu peur de se retrouver la nuit entourés de bateaux hostiles avec des intentions malveillantes »

L’image de la destination se dégrade-t-elle au niveau international ?

Oui, mais tout comme l’état du monde en général, donc ce n’est pas forcément encore grave. Mais si ça continue comme ça, ce sera calamiteux. On a des jeunes qui se permettent de monter sur des bateaux et de sauter sur les trampolines en disant « on est chez nous », mais non, ils sont aussi dans le domaine public, et ça se partage avec des règles que la plupart des plaisanciers suivent. Il n’est pas question de faire justice soi-même. S’il y a un problème, on va voir les gendarmes et ça se résout comme ça. Là, on a un peu peur de se retrouver la nuit entourés de bateaux hostiles avec des intentions malveillantes. Ce n’est pas possible à vivre. Pour la plupart des plaisanciers, leur bateau, c’est tout ce qu’ils ont, c’est leur maison, c’est le voyage de leur vie, ils veulent que ça se passe dans des conditions correctes, avec leurs enfants éventuellement. C’est très difficile à vivre quand on se retrouve avec des gens qui pillent et qui volent impunément.

Ce sentiment d’insécurité, c’est quelque chose qui vous a été partagé ces derniers temps ?

Il y a quelques jours à Taha’a, par exemple, un Américain, très respectueux des lois, s’est présenté dans une zone de mouillage réglementée. Il était dans les clous mais on lui a dit qu’il fallait partir. Il n’a pas compris car c’est une ZMR sur Internet. On lui a répondu : ‘Ça, c’est la loi de Tahiti. Nous, à Taha’a, on n’y croit pas. Donc tu dégages.’ Gentiment la première fois, puis le lendemain matin, les forces de l’ordre arrivent et lui intiment l’ordre de partir, alors qu’il y avait 30 nœuds de vent. Donc il est parti mais il a tapé un rocher un peu plus loin. C’est le souci d’Escales, de demander aux gens de partir à une certaine heure après leur réservation, ce qui est totalement impossible quand on fait de la voile. On part quand le temps est correct et que l’équipage et le bateau sont capables d’affronter la météo qui se présente. La décision de partir ne peut pas être transférée du capitaine à l’administration. Ça ne peut pas fonctionner, ou alors on va aux devants de gros ennuis. Pour le moment, Escales n’est pas obligatoire, mais les gens sont incités à s’y inscrire. La plupart des internationaux, qui sont très respectueux des lois et des usages, testent ce principe. Mais il n’y a pas un marin qui serait d’accord pour quitter un mouillage si cela le met en danger.

Quant aux voiliers abandonnés, « la solution est entre les mains de la DPAM »

Dans les récents événements, notamment à Raiatea, le problème soulevé était aussi celui des voiliers abandonnés ou laissés trop longtemps à un même endroit. Est-ce que c’est quelque chose sur lequel vous avez le pouvoir d’agir ?

La solution est entre les mains de l’administration, de la DPAM en particulier. On voit dans les vallées des épaves de voitures et, de la même manière, il y a une proportion de bateaux hors d’usage qui sont abandonnés pour des raisons diverses et variées, parfois parce que les propriétaires sont âgés et plus en état de naviguer. Dans ces cas-là, il faut se débarrasser de l’épave et ça coûte un certain prix, qui doit être supporté d’abord par le propriétaire. Et si on ne le trouve pas, il faut faire une déchéance de propriété et régler le problème administrativement. Mais comme on n’a pas de filière de déconstruction de bateaux opérationnelle, ça coûte très cher. Je comprends que la DPAM n’ait pas toujours les moyens de déconstruire proprement ces bateaux. Mais il y a eu d’autres solutions, comme celle proposée par Marcel Laforge à Raiatea, qui consistait à emmener les épaves à terre pour les transformer en des habitats différents, des cabanes.

Il s’agit de l’homme qui a été pris à partie il y a trois semaines alors qu’il déplaçait trois épaves à Uturaerae ?

Oui. À l’origine, il avait reçu des subventions d’État pour son projet, que le gouvernement Barnier a supprimées au dernier moment. Il avait aussi reçu la promesse d’un terrain à Raiatea pour pouvoir déconstruire et transporter les bateaux. Tout ça n’a finalement jamais existé et il se retrouve à la tête d’une association qui possède des bateaux abandonnés, mais dont il ne sait que faire, puisqu’il n’a ni subvention ni lieu.

On est au fait du nombre d’épaves dont il faut se débarrasser. Avant, on allait entre Moorea et Tahiti pour les couler après les avoir nettoyées. Peut-être que c’est une solution qu’on peut remettre au goût du jour parce que c’est un moyen comme un autre de s’en débarrasser. Sinon, on les découpe en morceaux pour les enfouir dans les centres d’enfouissement techniques dans les vallées. Ce n’est pas très différent.

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Jt Vert 19/05/2026

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