ACTUS LOCALESCULTURE Les cannibales s’invitent au Salon du livre Caroline Perdrix 2025-10-16 16 Oct 2025 Caroline Perdrix Daniel Pardon publie Mers du Sud, les derniers cannibales, un recueil de 40 cas d’anthropophagie dans le Pacifique de 1772 à 2013, dont quatre en Polynésie. Cannibalisme de « nécessité », de rituel ou de vengeance, les récits dénichés dans les archives des bibliothèques en disent aussi long sur les Océaniens des temps anciens que sur ceux qui les ont « découverts » après les premiers contacts. Ceux qui se souviennent de Daniel Pardon comme l’auteur de beaux livres sur les graines, les fruits et les fleurs de Polynésie, ou des trois tomes sur Les Aventuriers du Pacifique, seront peut-être surpris de son dernier opus. L’ancien rédacteur en chef de La Dépêche de Tahiti puis des magazines du même groupe, correspondant de l’agence Reuters, publie juste à temps pour le Salon du livre Mers du Sud, les derniers cannibales. Quarante chapitres issus de ses recherches dans les bibliothèques de France, de Nouvelle-Zélande, de Hawaii ou de San Francisco, dans lesquelles il a pioché des récits de témoins et de survivants. Quatre sont situés en Polynésie : un à Tahiti, un autre aux Tuamotu, et deux aux Marquises. Portés par la verve du journaliste, à la croisée de l’Histoire et du fait divers, ces exemples de cannibalisme sont précédés d’un avant-propos qui prend soin de replacer dans leur contexte des récits originels, dont certains mettent la véracité en doute. Ils soulignent que leurs auteurs pouvaient s’efforcer de maintenir l’intérêt des métropoles, et le financement de leurs missions, par des faits « embellis » voire totalement inventés. Pour Daniel Pardon aucun doute, les cas d’anthropophagie étaient « très répandus en Océanie quand les premiers Européens sont arrivés », et le cannibalisme leur a servi de prétexte pour tuer de nombreux natifs, considérés comme des animaux puisqu’ils se mangeaient entre eux. Aux Marquises, « un cannibalisme d’humiliation et de vengeance » Le cannibalisme que les Européens ont découvert dans le Pacifique – et auquel certains se sont adonnés – était souvent « de nécessité », dans des contextes de famine ou de naufrages. Aux Marquises, « c’était un cannibalisme que je qualifierais d’humiliation et de vengeance », sur fond de conflits tribaux, estime Daniel Pardon. « L’idée, c’était de montrer aux autres, vous n’êtes rien, on vous a battus. » Par la suite, partout dans le Pacifique, l’opposition des missionnaires à ces pratiques, dont étaient souvent victimes les plus faibles, a servi l’évangélisation, dit l’auteur. « Ça a eu beaucoup de succès, notamment auprès des femmes et par extension des enfants, les femmes ont beaucoup contribué aux succès des missions. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/10/DANIEL-PARDON-01-CANINIBALES.wav Mers du Sud, les derniers cannibales, de Daniel Pardon (2025), éditions ‘Api Tahiti, 275 pages.