ACTUS LOCALESÉCONOMIEENVIRONNEMENT Les gaz destructeurs de la couche d’ozone toujours pas régulés au fenua Lucie Rabreaud 2025-09-07 07 Sep 2025 Lucie Rabreaud Partout dans le monde, libérer dans l’atmosphère les gaz présents dans les climatisations ou les réfrigérateurs est interdit. Certains gaz frigorifiques spécifiques comme le R22 et le R410 ne peuvent même plus être utilisés. La raison est simple : ils font partie des responsables de la destruction de la couche d’ozone et participent aussi à l’effet de serre. Mais en Polynésie, pas d’interdiction. Certaines entreprises, comme les franchises ou filiales obligées de répondre à des normes nationales, ou l’État qui a la même contrainte, récupèrent ces gaz ; une autre partie, impossible à estimer, est tout simplement relâchée dans l’atmosphère. Depuis les années 1980, des négociations politiques s’étaient engagées pour lutter contre la formation du fameux trou dans la couche d’ozone. Et au cœur de ce combat : l’interdiction des gaz frigorifiques, responsables du réchauffement climatique et destructeurs de la couche d’ozone. Des protocoles internationaux ont été signés et sont entrés en vigueur progressivement. Libérer ces gaz dans l’atmosphère est devenu interdit, des filières se sont mises en place pour les récupérer et les recycler. Certains, comme le R22, connu sous le nom de fréon, est interdit depuis 2015, et le R410 va l’être progressivement à partir de cette année. Mais en Polynésie française, rien de tout ça ne semble être arrivé aux oreilles des politiques… Un professionnel du froid, qui souhaite rester anonyme, assure qu’on trouve encore du R22. Et pire encore, les gaz frigorifiques utilisés dans les climatisations ou les frigos sont tout bonnement libérés dans l’atmosphère. « En métropole ou à l’étranger, ces pratiques sont strictement interdites. Les contrevenants s’exposent à de lourdes amendes, voire à la saisie de leur matériel », explique-t-il. Ici, aucune réglementation n’oblige à la récupération ou au recyclage de ces gaz. Un recyclage onéreux en Nouvelle-Zélande Et pourtant c’est possible. Les professionnels du froid peuvent récupérer ces gaz mais il faut ensuite trouver la filière de récupération et recyclage. Comptoir frigorifique avait signé un contrat avec une société en Nouvelle-Zélande et s’était équipé de cylindres spécifiques pour récupérer les gaz et les envoyer en traitement. Douze ans qu’elle gérait ce recyclage, mais elle a décidé de se retirer et une autre société va prendre le relais. L’administration lui demande de construire un local spécifique pour stocker ces cylindres, car ce sont des déchets sous pression, mais elle n’a pas le foncier disponible et pas question d’investir alors que cette activité ne rapporte rien. Comptoir frigorifique explique qu’elle ne faisait aucun bénéfice. Il fallait environ une année pour remplir les deux cylindres de 350 à 400 kilos de gaz chacun, puis compter 550 000 francs de fret maritime pour les expédier en Nouvelle-Zélande et 45 dollars du kilo (2 732 F) pour le retraitement, bref, au minimum 2,3 millions de francs. Difficile de convaincre les petites entreprises de participer à la facture et de payer pour la récupération et le recyclage des gaz. Un professionnel reconte qu’un prestataire touristique sur un yacht est venu le voir : « Il avait 8 kilos à déposer. Il fallait compter entre 40 000 et 50 000 Francs. Il est reparti. » Ce n’est pas encore obligatoire et vu le tarif, des sociétés font simplement le choix de ne pas payer. Seules les entreprises, qui se préoccupent de l’environnement et peuvent financièrement se le permettre, les filiales aussi dont les maisons mères se trouvent dans de grands pays, et l’État, qui doivent répondre à des normes environnementales, s’y astreignent sur le territoire. Peu importe la quantité libérée, c’est de toute façon déjà trop pour certains professionnels qui demandent et espèrent que le Pays réglemente. Quelle quantité est relâchée dans l’atmosphère ? Impossible à dire. Chez Enviropol, dont le projet Ekopol prévoit une filière pour récupérer ces gaz, Hugo Fayard a bien essayé d’avoir une idée du gisement en s’appuyant sur les chiffres des importations mais cela reste « difficilement quantifiable ». « On aura deux étapes. La première, ce sera tout le recyclage des fluides (les gaz, ndlr). On aura des machines assez simplifiées pour filtrer les fluides, les déshydrater, enlever les résidus d’huile. Tout ça pour permettre de les réutiliser. Et après, il y en a une deuxième pour tous les fluides qu’on ne peut pas réutiliser, on les traite et on les élimine. On réfléchit à une solution d’export vers des professionnels qui sont capables de les éliminer dans les bonnes conditions. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/EKOPOL-Gaz-frigorifique-deux-etapes.wav Ce sera sûrement la Nouvelle-Zélande où la technologie de la torche à plasma est utilisée pour détruire ces déchets. Enviropol réfléchit d’ailleurs à faire venir cette technologie sur le territoire même si aujourd’hui, le coût reste un obstacle. « Ça reviendrait quand même cher de pouvoir faire venir ces installations ici. Mais on est en train de travailler sur un business plan qui nous permettrait d’essayer d’équilibrer. » Hugo Fayard explique qu’ils devront sûrement se mettre d’accord avec les professionnels du froid pour discuter avec le Pays et l’inciter à réglementer ces déchets.