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Malgré les critiques, le gouvernement garde son cap économique


À l’occasion de la validation des comptes 2021 et d’une nouvelle retouche sur les comptes 2022, A Here ia Porinetia et le Tavini ont demandé au gouvernement de revoir sa copie économique, notamment en matière de dépenses publiques.
 L’exécutif, de son côté, assume les dépenses de ces derniers mois destinées à « maintenir le pouvoir d’achat ». Mais prévient que ces aides exceptionnelles ne seront pas éternelles.

Des chiffres et des débats ce matin à Tarahoi. L’assemblée, recomposée avec la recréation du groupe A Here Ia Porinetia, étudiait le compte administratif 2021 de la Polynésie, marqué par les difficultés du Covid et par les emprunts massifs à l’État, ainsi qu’un 3e collectif venant retoucher le budget 2022. 13,2 milliards de francs de rallonge au total, avec une priorité : la préservation du pouvoir d’achat, qui représente, sur les 11,4 milliards de francs apporté à la section de fonctionnement, pas moins de 6,3 milliards. Une somme dans laquelle se croise un nouvel approvisionnement de 4 milliards de francs du Fonds de régulation du prix des hydrocarbures (sur l’année entière, ce soutien au prix du carburant et de l’électricité est désormais estimé à 9 milliards), 1,2 milliard de francs d’exonération de taxes à l’importation, l’élargissement de la liste des PPN, notamment pour les îles (600 millions) ou le soutien au prix de la farine (500 millions).

Le Pays, au prix d’un « exercice d’équilibriste » budgétaire, veut donc garder le cap : « On ne peut pas dire qu’on n’aura pas été réactifs pour accompagner le pouvoir d’achat » appuie Yvonnick Raffin. Le ministre des Finances assume les options prises ces derniers mois, dans un contexte « hostile et qui n’est malheureusement pas terminé », mais préfère toutefois prévenir : « Ça n’est jamais assez (…) mais toute chose a ses limites ». Les limites de ces tentatives d’atténuation des effets de l’inflation sont bien sûr budgétaires. Le dernier collectif s’appuye sur la totalité des réserves du Pays – 9 milliards de francs – et a imposé des contorsions exceptionnelles dans chaque ministère. Quant à l’endettement du Pays, objet d’efforts importants entre 2014 et 2019, les deux ans et demi crise l’ont creusé comme jamais : 116 milliards fin 2021, et 35 milliards de plus avec le deuxième prêt garanti par l’État signé en début d’année.

Les aides au pouvoir d’achat, de la « poudre aux yeux » pour A Here ia Porinetia

Du côté de l’opposition, pourtant, on appelle plus que jamais l’exécutif à revoir sa copie. « On a un ministre qui nous indique qu’il finit de vider les réserves pour financer des mesures qui ne servent pas à grand chose », tacle Nuihau Laurey pour A Here ia Porinetia. Pour l’ancien vice-président, le FRPH, le soutien au prix de la farine, et les exonérations en tout genre ne sont que de la « poudre aux yeux » pour masquer un « marasme économique » et un système « à bout de souffle » qui n’a pas empêché de faire de la Polynésie « un des pays les plus chers au monde ». « Au bout du compte, ce sont les Polynésiens qui payent les impôts pour payer ces subventions », continue l’ex-sénateur, pour qui « un changement radical est à mettre en œuvre ». Sans surprise, le nouveau groupe ne compte pas sur Édouard Fritch pour incarner ce changement : « On finit cette mandature avec le budget le plus catastrophique de l’histoire de la Polynésie », et bientôt une « incapacité à rembourser la dette », reprend Nuihau Laurey, « j’espère qu’il ne va pas proposer aux Polynésiens de remettre le couvert pour les cinq prochaines années ».

Pas question, donc, pour le groupe de Nicole Sanquer, de protester contre la hausse du prix des carburants du 1er juillet. Sans l’intervention, contestée, du FRPH, les prix auraient augmenté depuis de longs mois. Plutôt que des aides, A Here ia Porinetia propose des baisses de taxes et des coupes importantes dans les dépenses publiques, qui devraient être au centre de son projet économique pour les territoriales.

Le Tavini remet en cause le soutien au prix des carburants

Les attaques sont plus nuancées du côté du Tavini, où Tony Géros estime qu’il est « difficile » de tenir le gouvernement comme responsable de toutes les péripéties économiques de ces derniers mois. « On a traversé une crise sans précédent et on peut reconnaître que le gouvernement a mis en place un certain nombre de dispositions qui ont encadré les dérives possibles, en termes de dépenses, etc« , explique le chef du groupe bleu ciel. Mais le groupe indépendantiste conteste d’une part le manque d’orthodoxie budgétaire du gouvernement, qui a affecté, avec l’accord de l’État, une partie d’un emprunt d’investissement en fonctionnement pour équilibrer ses comptes 2021. Surtout, il regrette que les perspectives de changement de modèle économique mis sur la table en début de crise aient été oublié par Édouard Fritch. « On reste de ce côté-là un peu sur notre faim », note le maire de Paea. L’élu indépendantiste ne charge pas non plus sur la hausse du prix de l’essence : il aurait préféré voire les milliards du soutien aux hydrocarbures servir à la transition énergétique et au renouvellement du parc automobile plutôt qu’au FRPH. Et suggère, par la voix de Cécile Mercier, que des prix à la pompe plus élevés permettrait des comportements plus vertueux. « Chacun sa responsabilité », confirme Tony Géros pour qui il n’est pas normal que les Polynésiens « qui n’ont pas de voitures » participent, via les impôts, à subventionner les pleins des « plaisanciers du dimanche ». 

« Notre économie a tenu bon »

La majorité, sans surprise, est aussi interpellée sur les résultats des législatives : le Tapura s’est retrouvé « face au Tavini comme une poule face à un couteau » tacle Geffrey Salmon, « il commence juste à comprendre ce qui lui est arrivé, la chute est juste après ». Édouard Fritch, qui ne restera pas longtemps en séance, reste muet, mais d’autres se chargeront de la contre-offensive. En rappelant, comme Yvonnick Raffin, que certains comme A Here ia Porinetia demandaient un « grand emprunt » (et une fermeture des frontières) dès le début de crise. Ou en interpellant, comme Lana Tetuanui, le Tavini pour ses promesses de campagne : « J’attends impatiemment les 100 milliards » promis pour la CPS, lance-t-elle. Le parti rouge t blanc, malgré ses tensions internes, veut se montrer uni et « assumer » ses choix : « Les Polynésiens finiront par comprendre que toutes nos décisions ont été prises pour défendre leur intérêt », assure Luc Faatau pour qui « notre économie a tenu bon » durant la pandémie. « La critique est facile, mais l’art est très difficile, surtout en ce moment, répond quant à lui Yvonnick Raffin. Si vous avez des bonnes idées, je les prends toutes ».

 

 

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