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« Maman, c’est le diable à la maison »

Un couple était entendu ce mardi au palais de justice de Papeete pour des violences habituelles sur leurs enfants âgés de douze et treize ans. Un dossier qui tombe à point nommé alors que la Cour de cassation a définitivement fermement écarté, ce 14 janvier, tout « droit de correction physique d’un parent sur ses enfants. La procureure de la République, Solène Belaouar, a de son côté placé parmi les priorités pénales de l’année, la lutte contre les violences intrafamiliales, en particulier celles commises au préjudice des femmes et des enfants.

Les faits ont été révélés à la suite d’un signalement de l’école des deux enfants âgés de 12 et 13 ans. Un matin de novembre 2025, l’ainé se présente à l’infirmerie avec une plaie au doigt qui saigne abondamment. Interrogé par la soignante, l’enfant explique : « Maman m’a jeté une boite de conserve vide parce qu’elle était en colère. » L’infirmière, surprise que la plaie n’ait pas été soignée, en fait part au principal du collège, qui convoque la mère. À sa grande surprise, c’est la tante des enfants qui se présente et celle-ci laisse entendre à demi-mots que les deux frères sont livrés à eux-mêmes, que les week-ends les parents partent s’alcooliser laissant les deux enfants avec elle. De plus, une enseignante fera part de la tristesse de l’un des deux, précisant qu’en cours « il se pique souvent le bras avec un compas. »

Devant le juge, le couple n’en mène pas large et semble ne pas comprendre ce qu’il fait là. Ils ont été élevés à l’ancienne, à la dure, et ne voit pas le mal d’élever leurs enfants comme cela. Le juge énumère : « coups de balai niau, gifles, coups de poings », le père, 64 ans, l’interrompt : « le balai, oui, mais pas les coups de poings. Ils n’écoutent pas alors je tape. » Le magistrat poursuit s’adressant à la mère, 38 ans, « votre enfant dit de vous que vous êtes le diable à la maison. Pourquoi vous les tapez ? » « Parce que je fais tout à la maison et qu’ils mettent le bordel » explique-t-elle au bord des larmes. Le juge poursuit la liste des griefs qui leurs sont reprochés. « Votre enfant dit que vous les avez menacés de les mettre dehors de la maison, que vous, madame les tapez plus souvent que votre mari et que vous vouliez les frapper avec un couteau et un cendrier ». « Ce sont des mensonges » assure-t-elle.

« Vous leur avez fait du chantage en disant que vous alliez vous pendre »

« Ils ne veulent plus retourner chez vous parce que vous êtes trop méchants. Ce sont les mots de vos enfants. Pourquoi ils ne veulent plus retourner chez vous ? C’est rare chez les enfants » constate le juge. « On n’a pas fait tout cela, ils ont menti aux gendarmes » intervient le père, aussitôt remis en place par le magistrat, « ils ont dit la même chose aux médecins ». La mère soupire, « l’ainé est tellement dur », le juge la tance : »vous lui avez dit qu’il n’était plus votre enfant, que si vous alliez en prison c’était leur faute et en plus vous leur avez fait du chantage en disant que vous alliez vous pendre… » Il marque un temps comme abasourdi parce qu’il vient de lire. « C’est dur pour les enfants d’entendre une maman parler comme cela. » « Ils aiment bien nous provoquer » se justifie-t-elle.

« La maison doit être un sanctuaire, un endroit sacré »

À noter que si les enfants ont été vus par un médecin qui n’a pas relevé de carence dans leur croissance, ni de lésions cutanées, ils ont fait l’objet d’une expertise psychologique qui a révélé les signes « d’une grande anxiété, d’une tristesse et d’une peur des représailles. »  Une enquête sociale devait être diligentée, mais faute d’enquêteur, celle-ci n’a pu être menée. Depuis les enfants vivent chez leur tante, à une cinquantaine de mètres du domicile familial. « La maison doit être un sanctuaire, un endroit sacré » attaque en préambule la procureure qui poursuit : « Nous ne sommes pas là dans un dossier de correction parentale, on est au-dessus. Il y a de la perversité, de la méchanceté, du chantage au suicide, on culpabilise les enfants… Ce n’est pas de la violence banale. » L’accusation l’assure, « on a deux enfants qui veulent partir de chez eux, c’est un rejet extraordinaire ! » et demande pour le couple, « une peine avec un sursis probatoire de deux ans avec obligation d’avoir un suivi au niveau de l’alcool, un suivi psychiatrique et psychologique et le retrait de l’autorité parentale. »

« Il devrait y avoir une école pour parents »

Pour la défense, « rien ne justifie que l’on frappe un enfant, il n’y a aucune excuse » pour autant, elle explique que la mère est dépassée par la situation, qu’elle n’arrive pas à gérer et qu’il « devrait y avoir une école pour parents. » Elle assure que ce ne sont pas « des mauvaises personnes, ils les ont éduqués à l’ancienne. » Après en avoir délibéré, le tribunal a condamné la mère de famille à une peine de deux ans de prison avec un sursis probatoire de trois ans avec obligation de soins et interdiction de rentrer en contact avec les enfants, quant au père, il a écopé d’une peine de un an avec sursis probatoire de trois ans avec les mêmes obligations.

Des débats qui font échos à une décision retentissante rendue par la Cour de cassation, ce 14 janvier. La juridiction suprême a cassé la relaxe, prononcée en 2024 à Metz, d’un père de famille qui avait violenté ses deux fils mineurs au nom d’un « droit de correction » parental. La décision avait indigné les associations de protection de l’enfance. La Cour de cassation a profité de l’affaire pour réaffirmer qu’il n’existait aucun « droit de correction physique d’un parent sur ses enfants ».

Quelques jours plus tard, ce vendredi 23 janvier, à l’occasion d’une audience solennelle de rentrée du tribunal d’instance de Papeete, la procureure de la République, Solène Belaouar, a de nouveau placé parmi les priorités pénales la lutte contre les violences intrafamiliales. En particulier celles commises au préjudice des femmes et des enfants.

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