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Manif contre manif sur le Caillou avant les débats sur Bougival à l’Assemblée

Alors que le projet de loi constitutionnel est examiné par les élus à l’Assemblée nationale mercredi, l’association Un Cœur, une voix organisait une manifestation mardi devant le haut-commissariat, à Nouméa, appelant une nouvelle fois à l’ouverture du corps électoral. Un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme doit être déposé. L’autre bord politique a aussi réagi : le mouvement de libération appelle à un rassemblement pacifique, mercredi, à Koné, cette fois pour exiger le rejet du texte par les députés et redire son opposition à l’ouverture du corps électoral. Les précisions de notre partenaire Les Nouvelles Calédoniennes.

L’association Un Cœur, une voix organisait une manifestation mardi devant le haut-commissariat, à Nouméa, appelant une nouvelle fois à l’ouverture du corps électoral. « Cela fait 21 ans que je vis ici. Voter, pour moi, c’est avoir le droit de participer à mon pays« , considère Cathy, qui, comme 2 500 autres personnes selon les autorités et 3 000 selon les organisateurs, a participé, mardi, à la mobilisation. Cette entrepreneure, adhérente de l’association, ne comprend tout simplement pas pourquoi elle ne peut pas participer aux élections provinciales. « C’est une question de principe. En Métropole, on donne le droit de vote à des étrangers, et nous, Français en France, on n’a pas le droit de voter. Même les natifs sont exclus. C’est quelque chose que je n’arrive pas à entendre. Je demande simplement les mêmes droits. »

« Un déni de démocratie »

C’est aussi ce à quoi aspire Rose, qui témoigne publiquement de sa situation au micro. Calédonienne d’origine wallisienne, Rose « représente une communauté exclue« . « J’ai fait mes études, je travaille, je paie des impôts, mon enfant est né ici. » Pour le docteur Giraud, qui lui succède, « c’est un déni de démocratie« , insiste le médecin ayant exercé à Koumac, Apogoti, et maintenant Katiramona. Il représente également les nombreux élus qui ont fait le déplacement, ce mardi, lui qui est désormais conseiller municipal sur la liste de Cynthia Jan à la mairie de Dumbéa.

Le mouvement Les Loyalistes avait d’ailleurs annoncé son soutien au rassemblement dans un communiqué. Marie-Laure Ukeiwé s’est également exprimée, sur cette cause « qui lui tient à cœur« . « J’ai de la famille, des collègues qui travaillent pour tous les Calédoniens et qui n’ont pas le droit de vote. Vous avez tous le droit de voter ici, c’est chez vous« , s’est-elle exclamée, les larmes aux yeux.

Raphaël Romano, président d’Un Cœur, une voix, harangue la foule avec un message simple. « Il n’y aura pas d’élections provinciales avec un corps électoral gelé. » Il s’agit, pour l’adjoint à la maire de Dumbéa, de « respecter les Calédoniens« , d’une question de « justice et d’équité« . Le gel du corps électoral en 2007 est « une honte« , estime-t-il, une « insulte à Tjibaou et Lafleur qui ont signé un accord avec un corps électoral glissant« . « Que des députés qui ont été élus acceptent cela, c’est antidémocratique. »

C’est justement à l’État et à l’Assemblée nationale, qui doit examiner, à partir de mercredi, le projet de loi constitutionnel, que s’adresse ce message. L’adoption du texte est mal engagée, la commission des Lois du Parlement l’ayant rejeté, et de nombreux amendements ayant été déposés.

« Laisser les Calédoniens choisir »

Le président de l’association réclame aujourd’hui « de laisser les Calédoniens choisir, si les parlementaires ne se mettent pas d’accord« . « On ne leur imposera rien, assure-t-il. Le gel du corps électoral, c’est une infâme injustice qui ne peut plus durer pour les natifs, pour certains qui vivent ici depuis 35 ans. » L’association multiplie les recours en justice depuis sa création en 2017. En septembre dernier, c’est le Conseil constitutionnel qui s’est prononcé, jugeant que le gel du corps électoral pour le scrutin provincial ne contrevenait pas à la Constitution.

« On avait besoin de cette décision pour aller devant la Cour européenne des droits de l’Homme, il fallait qu’on épuise toutes les voies de recours nationales. » C’est donc désormais vers cette juridiction que se tourne la structure, qui a jusqu’au 4 avril pour déposer un nouveau recours, comme elle l’annonçait déjà en janvier.

Outre l’ouverture du corps électoral aux résidents, l’association lutte également pour une modification de la clé de répartition, ainsi que la représentativité au Congrès. « On ne peut plus accepter que la province Sud bénéficie de 50 % de la clé de répartition, alors que 75 % de la population y réside, il faut revenir à quelque chose de juste. »

Le FLNKS veut mobiliser contre Bougival et le dégel du corps électoral

Une mobilisation succède à une autre. Après le camp loyaliste, au tour des indépendantistes du FLNKS de mettre la pression sur les parlementaires français. Le mouvement de libération organise un rassemblement pacifique, mercredi à Koné, en marge de l’examen du projet de réforme constitutionnelle à l’Assemblée nationale, pour exiger le rejet du texte par les députés et redire son opposition à l’ouverture du corps électoral.

Le rassemblement, prévu devant le siège de la province Nord, vise à rappeler que l’accord de Bougival « n’est pas la suite logique de l’accord de Nouméa » aux yeux du FLNKS, et que le dégel du corps électoral qu’il prévoit est une ligne rouge contre lequel « le peuple s’est massivement levé » en 2024.

Le Front compte, d’autre part, rappeler que le gel du corps électoral a été jugé conforme par le Conseil constitutionnel, dans une décision rendue en septembre 2025, et qu’aucune modification n’est envisageable « sans un accord consensuel« , ce que ne seraient pas Bougival et son complément signé en janvier, intitulé Oudinot-Élysée.

 

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