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Les frères Colapinto douchent les espoirs tahitiens à Teahupo’o

La solide houle de la passe de Hava’e paraissait taillée pour Kauli Vaast et Mihimana Braye, en cette dernière journée de la Tahiti Pro. Mais le champion olympique en titre, après avoir écarté Jordy Smith, a buté sur un Crosby Colapinto très en forme en quart de finale. Mihimana Braye, lui, s’est hissé, pour la première fois de sa carrière, jusqu’au dernier carré de cette épreuve du CT qu’aucun tane tahitien n’a jamais remporté. Mais malgré un beau combat de fond de tube, Griffin Colapinto lui a barré la route. Comme souvent à la Tahiti Pro, l’arbitrage réservé aux locaux a soulevé des interrogations. Photos de Jérôme Brouillet.

 

La WSL avait su être patiente pour lancer les derniers heats de la Tahiti Pro. Il faut dire qu’après deux premières journées très relevées, tant au niveau du swell que de la compétition, il fallait finir en beauté. D’autant que l’épreuve de Teahupo’o a repris cette année sa place enviable de dernière étape de la saison régulière du Championship Tour. Pour déterminer les dix participants – filles et garçons – des WSL Finals de Fidji, rien de mieux qu’une belle houle de Sud, qui n’a cessé de gonfler, ce mercredi dans la passe de Hava’e. Une houle qui arrivait forcément comme une bonne nouvelle pour les deux derniers Tahitiens en lice, plus habitués que quiconque dans le CT, aux gros rouleaux du PK0.

« J’ai rien compris au jugement »

Kauli Vaast abordait la journée avec une confiance particulière. Et pas seulement du fait de son titre olympique, remporté presqu’un an avant jour pour jour sur ce spot qui l’a vu grandir. Jeudi dernier, le surfeur de 23 ans, qui en est à sa quatrième participation à la Tahiti Pro, toujours en wildcard, avait impressionné pour son premier heat, qui l’avait directement propulsé en huitième de finale et au cours duquel il avait signé un des meilleurs scores de la journée. Sa bonne forme, il l’a confirmé ce mercredi, et pas contre n’importe qui : le Sud-africain Jordy Smith, numéro 2 mondial littéralement paralysé face aux placements impeccables et à l’engagement du Tahitien sur les vagues. 15.43 à 3.33, pas de débat. Kauli Vaast pouvait espérer la même domination contre Crosby Colapinto, moins connu et moins capé que son grand frère Griffin, mais qui a réussit, ces deux dernières saisons, à passer le terrible cut du CT, pour rester à l’année dans l’élite mondiale WSL. Mais le Californien, passé de justesse au tour précédent contre l’Italien Leonardo Fioravanti est visiblement déterminé : en milieu de heat il s’offre un long tube à 8.33, suivi, quelques minutes plus tard d’un 7.77 qui le place en leader de la série, puis d’un 8.30 qui lui assure la victoire.

Kauli Vaast ne s’est pourtant à aucun moment démonté : il signe pas moins de quatre vagues à plus de 7 points, prenant des risques pour impressionner les juges… Qui lui rendent mal, de l’avis de beaucoup de commentateurs, et de son entraineur Jérémy Florès. « J’ai rien compris au jugement, s’agace-t-il dans la foulée du heat sur Instagram. La série à Marco (Mignot, Français du CT éliminé un peu plus tôt, ndr) déjà rien compris, et maintenant la série de Kauli… Choquant ! La prochaine fois faudra qu’il surfe en switch ? ». Des interrogations récurrentes sur le CT, qui ne change rien à l’élimination du champion olympique, toujours en course dans les Challenger series pour gagner sa place dans l’élite.

Mihimana dans le dernier carré

Mihimana Braye, lui, ne fréquente pas les Challenger series cette année, mais la division régionale des QS, où il pointe en deuxième place. Cette étape du CT, c’est donc un grand bond en niveau, mais pas un bond inédit : vainqueur des Trials en 2023, il avait atteint les quarts après avoir éliminé un certain Felipe Toledo. L’année suivante, il se fait sortir en huitième par John John Florence, qui atteindra la finale. Et après avoir, encore une fois, dominé les qualifications locales, le surfeur de 29 ans voulait frappé à un grand coup. Après les repêchages de la semaine dernière, il fait face ce mercredi à un défi de taille : le Brésilien Yago Dora, tout simplement numéro 1 mondial. Pas de quoi impressionner le Tahitien qui, contrairement à ces derniers heats, assure des points dès les premières minutes. Les vagues sont alors très inégales, le champion brésilien enchaîne les petites notes, qui lui suffisent pourtant à aborder les deux dernières minutes en position de vainqueur. Le protégé de Michel Bourez tente une dernière vague, la choisit mal, et tout le monde semble déjà avoir accepté sa défaite… Sauf lui, qui remonte au peak à toute vitesse, et profite d’un abandon de priorité par Yago Dora pour grimper sur une dernière déferlante, qui creuse assez pour l’avaler dans le tube. Il en ressort le poing au ciel : le pensionnaire du QS sort le leader du CT. C’est avec plus d’assurance – et moins de suspens – que le Tahitien domine ensuite en quart de finale l’Américain Cole Houshmand pour atteindre, pour la première fois de sa carrière, la demi-finale d’une épreuve du CT.

S’il gagne, il sera le troisième local, après Manoa Drollet (2008) et Kauli Vaast (2022), à participer au dernier duel de la Tahiti Pro. Face à lui, un autre gros bonnet du tour, Griffin Colapinto qui se bat pour une place dans le top 5 et une finale à Fidji. Des enjeux bien visibles sur le plan d’eau, où l’Américain enchaîne les take off, pas toujours heureux mais où Mihimana Braye réussit plusieurs fois à reprendre le contrôle sur le heat. Comme souvent, ce sont les dernières minutes et l’humeur des juges qui décideront du résultat. Le Tahitien après un très long barrel d’où on a bien cru qu’il ne sortirait pas, pouvait espérer braquer la victoire. L’Américain répond sur la vague suivante, un peu moins impressionnante… Les deux reçoivent un 7.60, provoquant, là encore, des contestations dans les rangs polynésiens. Car Mihima Braye rate la finale pour 6 petits centièmes de points.

Les frères Colapinto ont donc douché, ce mercredi les espoirs tahitiens. Mais les surfeurs locaux, avec la très prometteuse Kelia Gallina, le combatif Teiva Tairoa, et surtout Vahine Fierro, qui méritait, vu son surf la semaine dernière, mieux qu’un quart de finale, ont encore une fois montré qu’ils n’ont rien à envier aux champions du CT dans « leur » passe de Hava’e.

©Jérôme Brouillet

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