ACTUS LOCALESCULTURE « Moment de communion » entre le Jamel Comedy Club et To’ata Charlie Réné 2025-04-27 27 Avr 2025 Charlie Réné ©MX photography / Radio1 / SA Productions Jamel Debbouze a passé une soirée « très particulière », ce samedi à To’ata, et il n’est pas le seul. Le fondateur du Comedy club était venu présenter quatre de ses protégés, des humoristes aguerris et très applaudis, mais il a surtout occupé la scène pour profiter d’un public « de rieurs », qui lui a « toujours beaucoup donné ». Pour lui faire honneur, le « boss » du stand-up « avait taffé » : références locales à la mitraillette, punchline en reo et vannes caustiques sur les politiques. Bien aidé, en entrée, par un Christopher Prenat des grands soirs, le Jamel Comedy Club a « bluffé » son monde et promis de revenir, dans un final musical et inédit. Jamel, qui confie des envies de one-man show, pourrait être de retour en premier. Retrouver Jamel Debbouze, « c’est comme retrouver un bon copain que t’as pas vu depuis longtemps ». Maria, la quarantaine, et qui était déjà là « il y a au moins 20 ans » – en 2004, précisément – pour le premier passage de l’humoriste à Tahiti, n’est pas la seule à avoir eu ce sentiment, ce samedi soir. « Il n’a pas changé, il a toujours le sourire, et il sait toujours le donner », résume Aurélien, qui voyait Jamel « pour la première fois sur scène », mais connait sa filmographie ou ses passages télés sur le bout des doigts. Ce samedi, c’est tout To’ata qui a eu le plaisir des retrouvailles avec l’artiste international qui a le plus souvent rempli la grande arène polynésienne. Et Jamel Debbouze n’était pas venu seul. C’est en tant que fondateur, « sélectionneur », et maître de cérémonie de son Comedy Club, qui a rarement voyagé aussi loin de son QG des grands boulevards parisiens, qu’il a salué une enceinte presque pleine malgré le temps menaçant de ces derniers jours. ©MX photography / Radio1 / SA Productions « On est obligé de filer autant que le public donne, c’est un échange de bons procédés » Le pionnier du stand-up français, qui n’avait plus tourné avec sa troupe de protégé depuis une décennie, a prouvé dès son entrée en scène qu’il était là pour l’occuper. Nash, Antek, Basile et Ilyes Mela, qu’il a introduit tour à tour, entre ses propres « bits » et ses nombreuses « punchlines », expliquent avoir rarement vu leur « parrain » passer autant de temps au micro dans un show du Comedy club. Et ça n’est pas seulement parce que Redouane Harjane, lui aussi prévu au programme, a dû annuler sa venue en dernière minute. Jamel était bien décidé à profiter à fond du public tahitien qui l’a, en quatre passages à Papeete, « toujours fait un accueil de dingue » et lui a « toujours beaucoup donné ». « C’était très particulier ce soir, explique le quasi-cinquantenaire après le spectacle. Déjà, faire autant de kilomètres ça nous arrive pas souvent, et voir l’engouement du public, la chaleur toujours aussi intense à chaque fois qu’on vient, on peut pas rester de marbre. On est obligé de filer autant qu’il donne, c’est un échange de bons procédés. C’est toujours un moment de communion quand je viens ici, c’est pas pour faire plaisir que je dis ça. Les Tahitiens c’est un peuple de rieurs, et ça c’est très motivant ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/JAMEL-cetait-particulier.wav Les quelques gouttes tombées sur Papeete au milieu de la soirée n’ont jamais réussi à rafraichir l’ambiance, préchauffée à thermostat 10 par des artistes locaux invités, eux aussi, par SA Productions. Les danseurs de l’école All-in-One ont d’abord donné le ton d’un spectacle tout en rythme et en énergie, bientôt rejoints sur scène par un Christopher Prenat des grands soirs. Du chocolat de Dubaï-sur-Pacifique à La Fontaine version Kaina, en passant par les difficultés de traduction du Tahitien ou le marketing digital-pyramidal, le « performer », expatrié chez les cousins Kiwi quand il n’est pas sur les planches à Tahiti, a rappelé à ceux qui l’auraient oublié qu’il avait toujours le stand-up dans sa large palette de talents. Et qu’il savait mettre dans le mille quand il s’agit de pasticher la société polynésienne et donner des cours de langue accélérés. Double dose de local, et, déjà, une ovation de la foule. La soirée ne faisait que commencer. ©MX photography / Radio1 « Il avait révisé de dingue ! » Sur scène, chaque société du Comedy club travaille son style, moque son parcours, étale ses histoires. Mais le stand-up, « c’est du sur-mesure », expliquent-ils : chacun parvient, dans l’arène à ciel ouvert comme dans les clubs parisiens, à interpeller le public et à lui répondre pour faire vivre leur « set ». Basile, entre une scène familiale et une virée par « Noirland », prend ainsi le temps comprendre le parcours d’un spectateur « Chinois-Allemand » – « beaucoup d’autorité dans la même personne », note-t-il. Ilyes Mela s’étonne que les Arabes qu’il croise à Tahiti soient « tous dans l’armée », et appelle au passage au boycott du magasin de prêt-à-porter qui l’a viré. Nash, très applaudie pour son troisième passage à Tahiti, cherche des soutiens – et en trouve beaucoup – dans ses crises du quotidien, et s’extasie sur ses cheveux qui « sentent le soleil » – « et un peu le fafaru ». Antek finit de faire chavirer Toata en s’étonnant de l’ambiance des églises locales, en rigolant sur sa vocation de prêtre avortée ou sur son métissage « Nord et Pas de Calais ». Entre spectateurs, le débat est serré à la sortie pour choisir la plus belle découverte de la soirée. Mais sans surprise, au jeu du petit préféré, c’est Jamel qui l’emporte haut la main. Il faut dire que l’humoriste a dégainé un impressionnant lexique tahitien et s’est joué, tout au long du spectacle, sur l’actualité ou les mœurs locaux. L’affaire du mariage, et la gestion du Covid – « interdire la Hinano aux Tahitiens, c’est comme interdire le couscous aux Arabes ou le beaujolais aux français » -, l’inflation, l’élection du Tavini, Kauli Vaast aux JO, les mouches pisseuses, Moruroa ou Vaitavatava… Le fondateur du Comedy Club mitraille les références, interpelle ou calme la foule en reo, enchaine les vannes en solo ou en duo… À la sortie, un mot revient : « on a été bluffé ». « Il avait révisé de dingue ! », s’exclame des « fans » : https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/MICROTROTT-il-avait-revise.wav ©MX photography / Radio1 Moetai Brotherson : « J’ai surtout retenu qu’il fallait que baisse le prix du Chesdale » Jamel Debbouze l’avoue, il a « un peu taffé ». « Mais ça se fait assez naturellement, précise-t-il. Je suis très curieux, je parle aux gens, je visite, je regarde et je m’imprègne… C’est la seule manière de faire quelque chose de circonstance et de rentrer en communion vraiment. Si on vient et qu’on joue juste notre partition, c’est moins agréable, on a besoin de rentrer en connivence. Et j’ai l’impression que ça a bien marché ce soir ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/JAMEL-jai-un-peu-taffe.wav Et s’il y a un spectateur sur lequel « ça a bien marché », c’est Moetai Brotherson, pourtant le seul, dans l’arène, qui s’est assis ce samedi soir en sachant qu’il allait être pris pour cible. L’élection post-Covid, la « jupe » à l’Élysée, les prix qui ne baissent pas, ou le jeûne qui ne prend pas… Tout est sujet à rigolade. Sans rancune aucune : « On sait que c’est Jamel, et que c’est fait avec cet humour inimitable… J’ai vraiment apprécié, et il avait vraiment un travail de précision. J’ai retenu surtout qu’il faut que je baisse le prix du Chesdale ». L’élu, pendant et après le spectacle, aura l’occasion d’échanger avec la star de la soirée qui s’excuse : « M. Le président, si j’avais su que vous étiez là, j’aurais été plus lâche ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/04/MOETAI.wav ©MX photography / Radio1 / SA Productions « Dès que j’ai un spectacle, je fonce pour revenir vous voir » La soirée est restée exceptionnelle jusqu’au bout : après une première standing ovation, les quatre jeunes sociétaires du Comedy Club, ont annoncé à Jamel, sur scène et en chanson, qu’ils restaient à Tahiti pour la vie. Il aura encore fallu quelques vannes – et une promesse de nouvelle visite en Polynésie – pour les convaincre d’entonner un « nana » musical, en chœur avec le public. Carton plein, donc, côté artistes, côté spectateurs… Et bien sûr côté organisateurs. « C’est un réel succès parce que je crois qu’il y a vraiment quelque chose entre le public tahitien et Jamel, résume Sonia Aline. C’est le boss, quoi ». Un boss qui promet de revenir, et pourquoi pas en solo, puisque cette tournée avec le Comedy Club, comme il le confiait à son arrivée, a « réveillé des choses en lui », et notamment l’envie d’écrire un nouveau one-man show. La patronne de SA Productions est « bien sûr » preneuse. Et Jamel Debbouze, lui, est prometteur : « Dès que j’ai un spectacle, je fonce pour revenir vous voir ». ©MX photography / Radio1 / SA Productions