ACTUS LOCALESÉCONOMIE Moux, EDT et Siu… Même trio de lauréats pour la deuxième cuvée de fermes solaires Charlie Réné 2026-01-27 27 Jan 2026 Charlie Réné Un peu plus d’un an après le raccordement des premières grandes centrales photovoltaïques du fenua, le Pays va autoriser la construction de quatre fermes supplémentaires. Fini la Presqu’île : le groupe Moux installera des panneaux à Mahina, la famille Siu, cette fois alliée à Sunzil, doit construire une grande ferme solaire à Papara, comme la filiale d’EDT Ito Nui, qui fera aussi fleurir des panneaux sur les parkings, toits et façades du siège du groupe de Puurai, à Faa’a. Des projets pour la plupart doublés de développement agricole. Au programme : maraîchage, élevage de moutons et même de chèvres. On prend les mêmes et on recommence, dans le photovoltaïque. En 2021, le Pays avait lancé un appel à projets pour la construction et l’exploitation des premières grandes fermes solaires du fenua. Après une procédure disputée, trois porteurs de projets locaux avaient été retenus : ManaSolar, filiale renouvelable du groupe Moux, qui a ouvert sa centrale fin 2024 à Mataeia, la famille Siu et ses alliés, qui ont inauguré Mahana O’hiupe à Taravao, et Ito Nui, filiale d’EDT-Engie, qui a ouvert dans la foulée deux plus petites fermes, Fare Meri et Fare Gouwe dans la même zone de la Presqu’île. Mais avant même le raccordement de ces centrales, qui devraient faire bondir la part de renouvelable dans le mix énergétique de Tahiti à environ 50% en 2025 – le cap était déjà tracé : une « deuxième tranche » d’appel à projets devait être lancée. Après un faux départ fin 2023 – les professionnels étaient en désaccord sur les besoins du système électrique – et des études complémentaires, cette nouvelle procédure avait fini par être remise sur les rails en mars 2025. Les projets présentés par les candidats sont étudiés depuis le mois d’août, le jury s’est réuni en fin d’année dernière, et les résultats ont été officialisés à la mi-janvier : un projet pour le groupe Moux, un autre dans lequel est engagé la famille Siu, et deux, de plus petites dimension, pour Ito Nui et EDT. Soit la même configuration que pour la première fournée. Mutualisation des frais Un hasard ? Pas tant que ça. D’abord parce que les candidatures ont été beaucoup moins nombreuses pour cette deuxième cuvée. Certains acteurs locaux écartés en 2021, notamment le groupe de Mario Nouveau, ont préféré de ne pas se relancer, et plusieurs concurrents internationaux, comme Akuo, qui a mis fin à ses activités en Polynésie, n’ont cette fois pas été attirés. Il ne faisait en revanche aucun doute que les constructeurs des premières grandes fermes seraient de nouveau dans la course, avec quelques cartes en plus dans les mains. Non seulement ces groupes, en exploitation depuis quelques mois au moment de l’appel à projets, ont une connaissance plus fine du marché et de ses équilibres économiques, mais ils avaient aussi tout à gagner à augmenter leur puissance installée. Construire de nouvelles fermes permet de mieux rentabiliser certaines études menées pour les premiers projets, et le personnel spécialisé qui a été embauché… Elles permettent surtout de mutualiser des frais techniques, de direction ou de maintenance. Et ainsi proposer un tarif plus attractif. Les règles du jeu n’étaient toutefois pas exactement les mêmes pour ce deuxième appel à candidature. La procédure visait d’abord spécifiquement la zone Nord de Tahiti, entre Papara et Papenoo. Une façon d’éviter que les infrastructures de transports électriques du Sud, qui drainent une bonne partie de la production renouvelable, n’atteignent la saturation. Autre changement : une plus grande importance accordée dans la notation à la « coactivité », à savoir la double utilisation du foncier, rare à Tahiti, et particulièrement en zone nord. Enfin le cahier des charges prévoyait de nouveau l’équipement en batterie de chaque projet, mais avec une option de non-renouvellement au bout de 10 ans, potentiellement pour basculer, à terme, vers un stockage d’énergie centralisé sur le réseau. Côté financier, le mécanisme reste le même : les porteurs de projets engrangent tous les coûts de construction, d’exploitation et de maintenance, et reçoivent en contrepartie un engagement de rachat de l’électricité produite pendant la durée de vie du projet – soit 25 ans. Le tarif de revente, fixé à l’avance, constituait bien sûr un critère déterminant du concours, avec un maximum fixé à 20 francs par kWh – bien de deçà du tarif de production par énergie fossile à la centrale de Punaru’u. Le tarif des projets retenu n’a pas été publié, mais la moyenne des projets est dessous de celle de la première tranche, malgré un accès au foncier plus difficile dans la zone Nord. Papara, Faa’a et Mahina Comme pour l’appel à projets de 2021, trois lauréats ont donc été retenus, mais pour quatre projets. Ito Nui construira deux fermes solaires différentes de petite dimension. D’abord à Puurai, sur le site du siège d’EDT, dont les parkings, toits et même les pare-soleil en façade seront équipés d’une installation d’une puissance de 1MW crête (la puissance en condition optimale). Ensuite à Papara, pour un projet de 5 MWc qui doit aussi accueillir un élevage de chèvre, destiné à produire de la viande et du lait, pourquoi pas pour une utilisation fromagère. Comme à Taravao, la filiale renouvelable d’EDT va raccorder ses projets directement sur son réseau de distribution, sans passer par la Tep. C’est aussi à Papara que sera installé le projet porté par la famille Siu. Entre autres, puisqu’après s’être alliée à la famille Lausan, à Vincent Law et au couple Bailey pour Mahana O’hiupe, elle a monté un nouvel attelage avec Sunzil, responsable de l’exploitation sur la ferme de Taravao, mais qui n’était alors pas engagé dans le montage financier. Ce deuxième projet de 6MWc, baptisé Mahana o papeiti, prévoit de faire une place à la culture maraîchère, après les ombrières à bovins de la Presqu’île. Un autre projet, de 12MWc celui-ci, avait été mis sur la table pour le même site, mais n’a pas été retenu. Enfin, le groupe Moux a trouvé un site du côté de Mahina, sur un plateau situé en amont de la Charcuterie de la Pacifique. Ce « Pacific Enr » est le plus important des trois projets, avec 7MW à pleine puissance, ce qui reste en dessous des 10,7 de Mataeia. Côté coactivité, après avoir choisi une solution mixte lors du premier projet (serres, ombrières, maraichage et élevage), c’est l’élevage, et plus spécifiquement l’élevage de moutons qui a été choisi pour valoriser au mieux ce terrain de 8 hectares. Au moins 56% de renouvelable en 2028 Autant de projets qui devront passer par un phase d’étude, de construction, et qui n’entreront pas en opération avant 2028. Ils devraient alors représenter un gain de 6% de renouvelable dans le mix énergétique tahitien qui devrait déjà atteindre – ou frôler, les chiffres sont à l’étude – les 50% sur l’année 2025, pas particulièrement fameuse du côté de l’hydroélectricité. Difficile, dans les conditions actuelles, de voir ce chiffre augmenter encore, ou d’imaginer lancer une troisième tranche de fermes solaires dans la foulée. Malgré leurs batteries, les centrales photovoltaïques ne produisent pas en continue, loin de là, et des découplages sont déjà ponctuellement nécessaires aujourd’hui, quand la production solaire et hydroélectrique fonctionnent à pleine puissance pendant une période de faible consommation. Pour augmenter la pénétration du renouvelable, il faut donc trouver de nouvelles solutions. C’est l’objet d’une étude lancée par le Pays avec l’Ademe et qui doit rendre ses résultats dans les semaines à venir. Elle permettra notamment de faire le point sur les possibilités de stockage centralisée de l’électricité. Une réflexion couplée avec celle du renouvellement des concessions de la Tep et d’EDT – objet d’une autre étude en cours – et avec celle du « site 3 », un nouveau moyen de production fossile en projet depuis des années à Papenoo, et qui doit remplacer la centrale Chef Vairaatoa.