AFPINTERNATIONAL Mur à Calais: la mairie interdit les travaux, la préfecture passe outre AFP 2016-10-03 03 Oct 2016 AFP Lille (AFP) – La maire de Calais, Natacha Bouchart (LR), a annoncé lundi avoir pris un « arrêté interruptif » des travaux du mur « anti-intrusions » de migrants sur la rocade portuaire de sa ville, dont la construction a démarré le 20 septembre, l’Etat réaffirmant aussitôt qu’il passerait outre. Cet arrêté, qui met en demeure la société en charge des travaux de les « interrompre », n’est pas suspensif, mais Mme Bouchart avait dit le 23 septembre vouloir se battre « avec les armes juridiques en (sa) possession ». « Dès ce soir, la préfecture du Pas-de-Calais prendra un arrêté suspendant l’arrêté municipal interruptif de travaux afin de permettre la poursuite des travaux du mur végétalisé », a d’ailleurs immédiatement répliqué auprès de l’AFP la préfecture, qui défend la pertinence de ce dispositif. La préfecture argue que « dans un contexte international de crise migratoire durable », la sécurisation de la zone doit être « pérennisée pour les prochaines années », au-delà du démantèlement, « afin de diminuer l’attractivité du Calaisis pour les passeurs ». Sur le terrain, les travaux en sont encore aux fondations, a constaté lundi un correspondant de l’AFP. Mme Bouchart estime que l’édification de ce mur végétalisé de 4 m de hauteur et 1 km de long, prolongeant les grillages déjà installés sur la rocade près du port, n’a « plus lieu d’être » depuis l’annonce le 2 septembre par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve du prochain démantèlement de la « Jungle ». Cette opération d’envergure -entre 7.000 et 10.000 migrants y vivent selon les comptages- doit intervenir avant le début de l’hiver. Financé par la Grande-Bretagne (2,7 millions d’euros), ce mur vise à protéger la rocade des assauts répétés de migrants, qui tentent de monter à bord des camions en partance pour l’Angleterre. Dans son communiqué, la maire de Calais, qui était à l’origine favorable à la construction de ce mur, explique avoir pris cet arrêté « en l’absence de réponse satisfaisante de la part de l’État » et de la société chargée de la construction. L’arrêté « est en cours d’affichage sur le site concerné », précise-t-elle. Mme Bouchart, soutien de Nicolas Sarkozy dans la primaire de la droite, avait écrit à François Hollande, à la suite de sa visite à Calais le 26 septembre, pour lui réclamer de nouveau l’interruption des travaux, trois jours après avoir menacé de prendre un tel arrêté. Elle fonde sa demande sur des « entraves au code d’urbanisme et de l’environnement », évoquant notamment le fait que le secteur concerné est « classé en zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager, devenu site classé remarquable ». La préfecture a réfuté ces arguments. L’annonce de la maire de Calais a en revanche fait bondir Jean-Marc Puissesseau, le patron du port de Calais, organisme qui a en charge la responsabilité du projet. « Je ferai tout pour que nous arrêtions d’avoir un port qui n’est pas sécurisé et qui va perdre cette année neuf millions d’euros de chiffre d’affaires à cause de l’effet migratoire », a-t-il dit à l’AFP. « Si on prend des décisions contre le port, qu’on le dise! Pour l’instant le mur continue », a assuré M. Puissesseau qui a réclamé depuis plusieurs mois la construction de cet ouvrage pour protéger la circulation menant au premier port français en trafic passager. © AFP/Archives PHILIPPE HUGUENDes ouvriers s’activent sur le chantier du mur de Calais, le 20 septembre 2016