ACTUS LOCALESCULTURE Nouvelles salles, nouveaux objets, prêts prolongés, restitutions : le musée fourmille de projets Waldemar de Laage 2025-02-13 13 Fév 2025 Waldemar de Laage Le Musée de Tahiti et des îles poursuit sa transformation : deux ans après sa réouverture, des projets d’extension sont sur la table. À long terme, une nouvelle aile d’exposition est envisagée, pour mettre en valeur des œuvres plus contemporaines, dédiées à une période s’étendant du XIXe siècle à nos jours. Plus rapidement, la salle d’exposition temporaire va aussi être rénovée, une autre sera installé et un café va ouvrir ses portes. L’équipe poursuit aussi son travail d’enrichissement des collections : le British Museum a donné un accord de principe pour prolonger ses prêts de trois ans, ce qui concerne notamment la statue du dieu A’a. Enfin, des partenariats ont été engagés avec des musées néo-zélandais, pouvant mener à terme à des restitutions. Le 4 mars 2023, le Musée de Tahiti et des îles rouvrait ses portes, métamorphosé après quatre ans et demi de travaux. Deux ans plus tard, de nouveaux projets d’agrandissement sont sur la table. Le musée a récemment obtenu le renouvellement d’une subvention État-Pays, pour réaliser une étude de faisabilité visant à construire une extension de la salle d’exposition permanente. « Ce projet avait été mis de côté un petit temps, et il est de nouveau d’actualité », précise la directrice Hinanui Cauchois. Il est destiné à prolonger la chronologie présentée au visiteur, l’exposition étant pour le moment centrée sur une période s’étalant de « la naissance des îles, jusqu’aux années 1840, la transition vers le christianisme et la mise en place de l’administration coloniale ». L’extension prévoit donc d’explorer « la seconde partie du XIXe siècle jusqu’à nos jours, avec toutes les évolutions de la société que l’on connaît, y compris sociétales et artistiques ». En plus des 1400 m2 de la salle actuelle, la nouvelle aile devrait présenter « une configuration différente, sur une surface moins importante mais sur deux niveaux », explique la directrice. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/02/MUSEE-1.wav Les visiteurs pourront y retrouver des objets liés au CEP, à la vie dans les années 1960, « une période charnière » ou encore de l’art contemporain. Une nouvelle salle d’exposition temporaire est également prévue. Les études vont êtres lancées dans les semaines à venir, « il y en a à peu près pour un an », avant que le Pays ne prenne sa décision. À la direction, « on est assez confiants sur le fait que que le projet voie le jour, car il est nécessaire ». Le musée pourrait-il alors connaître une nouvelle période de fermeture ? « Il n’y aura pas besoin de bloquer l’accès, cela demandera surtout un réaménagement pour la circulation », répond Hinanui Cauchois. Nouvelle salle d’exposition temporaire et un café En attendant ce chantier d’ampleur, le musée va connaître d’autres aménagements. Dans les prochaines semaines, l’espace vacant situé en face de la salle d’exposition temporaire va être optimisé, pour accueillir d’autres expositions, « de format léger, qui n’ont pas de contrainte de conservation ou de température », dédiées à des questions sociétales. Dans le même temps, les opérations préalables aux travaux de rénovation de ladite salle d’exposition temporaire vont être lancées. Si les délais sont tenus, elle sera fermée à partir de juillet 2026, pour neuf mois. La construction d’un café est aussi « très attendue », elle doit débuter en avril 2026 et « au premier semestre 2027, on pourra déguster son café en terrasse au musée, c’était une grosse demande des visiteurs, aussi bien locaux qu’internationaux ». Une manière d’apporter un service supplémentaire, alors que l’affluence est au beau fixe. En 2024, 64 200 personnes ont posé leurs yeux sur les collections du musée. Soit 10 000 de plus que l’année précédente, « cela reflète énormément de travail, c’était très intense, même sil ne faut pas oublier que le musée était fermé en janvier et février 2023″. « Un accord de principe » pour conserver la statue du dieu A’a trois ans de plus Pour garder ce rythme de croisière, dopé l’an passé par les Jeux olympiques et l’exposition temporaire sur l’histoire du surf, le musée mise notamment sur le numérique. Une exposition sur ce format est prévue en fin d’année, « pour montrer les acquisitions du musée sur les cinq dernières années, qui sont des objets variés mais qui ne sont pas connus du grand public car ils passent en quarantaine puis en réserve ». Une autre exposition du genre est en préparation, pour rappeler au bon souvenir des visiteurs d’anciennes collections du musées, elles aussi passées en réserve. D’autres objets encore arriveront en fin d’année, quand certains feront le trajet vers Paris, selon le calendrier de rotation mis en place avec le musée du Quai-Branly. « Le casting a déjà été fait, il y a encore quelques ajustements à faire et nous dévoilerons les objets choisis en temps voulu« , note Hinanui Cauchois. Ceux prêtés par le British Museum –parmi lesquels la statue du dieu A’a ou l’emblématique costume de deuilleur – et le musée de Cambridge devraient rester plus longtemps que prévu : ils devaient revenir en Angleterre fin janvier 2026, mais un accord de principe a été obtenu pour prolonger leur prêt jusqu’en 2029, « une excellente nouvelle » qu’il faut encore confirmer sur papier. En revanche, il faudra se presser pour observer le Maro Ura retrouvé en 2019 au Quai-Branly, puisqu’il « va être caché au public » à partir du lundi 17 février, afin de le préserver des effets de la lumière. « Ce sont des fibres qui ont bien vécu et même s’il bénéficie d’une lumière tamisée, c’est un objet qui est très fragile ». Si fragile qu’il va rester en salle, car « trop délicat » pour être manipulé et ramené en réserve. « On le montrera de manière exceptionnelle, pour des évènements ponctuels, par exemple la nuit des musées ». Un travail engagé avec la Nouvelle-Zélande pour des restitutions Le musée de Tahiti et des îles attend aussi le retour d’objets qu’il a lui-même prêté : neufs sont à Houston au Texas, après avoir voyagé en Australie en juin 2024 pour l’exposition Gauguin. Dans le sens inverse, des biens vont prochainement partir en Chine, vers le musée des cultures austronésiennes de Pingtan, avec qui un partenariat a été signé. « Ils sont peu pourvus en objets polynésiens, donc l’idée serait de leur en prêter pour mieux faire connaitre nos cultures, ce qui serait une très belle vitrine pour nous », dans un pays ou les musées connaissent un véritable boom. « Ce sont des espaces tout neufs, avec des effets technologiques magnifiques, donc on aura à gagner, ils sont très forts pour ces choses-là », s’enthousiasme l’archéologue de formation. Enfin, des projets de restitutions sont en cours : d’autres partenariats ont récemment été conclus avec les musées d’Auckland et de Wellington, lesquels intègrent « la possibilité de demande, de notre part, de restitutions d’objets de la Polynésie ». Hinanui Cauchois prévient qu’il « n’est pas question de demander du jour au lendemain de tout ramener, mais il faut savoir que la Nouvelle-Zélande est ouverte à la possibilité de restituer des objets ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/02/MUSEE-2.wav Parmi les trésors conservés à Aotearoa, « il y a quelques objets symboliques qui font défaut ici, qui nous intéressent beaucoup ».