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Pierre Perret: "La société est plus décadente qu'il y a 30 ans"

Castelsarrasin (France) (AFP) – Après 60 ans de carrière, Pierre Perret donne mercredi pour la première fois un récital dans sa ville natale de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne). « Révolté » par une société « de plus en plus décadente », l’artiste engagé appelle à la vigilance.

A 81 ans, sur les bords du canal latéral, où il pêchait jadis avec son père, l’auteur de « Lily », « Mon p’tit Loup » ou encore d' »Estelle » juge impératif de réagir, à un an du scrutin présidentiel. 

« La société est plus décadente qu’il y a 30 ans. Il faut être vigilant », a déclaré à l’AFP Pierre Perret, le parrain du festival « Alors chante » à Castelsarrasin.

Le Castelsarrasinois d’origine prépare un nouvel album, dont la date de sortie n’est pas encore prévue. « Dans six mois, un an, je ne sais pas. J’en suis à la moitié de l’écriture », précise-t-il. 

Au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis, l’auteur-compositeur-interprète, aux quelque 490 chansons, avait publié sur son site internet un texte intitulé « ma France à moi », lu par plus d’un million de personnes. 

C’est cette version chantée d’une France humaniste qu’il va interpréter dans son nouvel opus, avec en outre « une nouvelle version de Lily », où il dénonçait la xénophobie (1977), sous le titre les « émigrés ».

Au cours de sa carrière, Perret a souvent été prémonitoire dans un répertoire sur le racisme, l’écologie ou les banlieues. Lui, comme le lui a fait remarquer son accordéoniste Gillou, reconnaît tout au plus qu’il est un « artiste qui sent un peu mieux les choses, dix ans » auparavant. 

– ‘La bête s’est réveillée’ –

A cet égard, il estime crucial de réagir, à un an de la présidentielle. « Aujourd’hui, la bête s’est réveillée. Ça fout la trouille », assure celui qui avait déjà signé un réquisitoire contre l’extrême droite et l’intégrisme religieux dans son album « La bête est revenue » (1998).

Pierre Perret dénonce aussi « une société dans laquelle on n’a plus le droit de dire » et qui « est de plus en plus surveillée ». « C’est de pire en pire. On se rapproche de l’ère de George Orwell. La fiction est dépassée », fait-il valoir.

S’il refuse de se mêler de politique, l’octogénaire se montre critique vis-à-vis du gouvernement actuel car « il faut s’accrocher aux branches pour se faire une place ». « C’est paradoxal dans ce pays où tout le monde est au +chomdu+ de voir tant de métiers où il n’y a personne. »

Dans sa ville natale, M. Perret admet un brin de nostalgie. « Mon premier poisson, je l’ai pris à six ans », se souvient celui qui aurait tant aimé revenir avant dans cette ville qu’il a quittée à 14 ans. 

« Par faute de l’ancien maire, ce fut impossible. Il n’aimait pas ce que je faisais. J’ai chanté à Montauban, à Moissac… mais jamais à Castelsarrasin », regrette-t-il, quelques minutes avant de découvrir son buste commandé par le maire actuel (DVG) Jean-Philippe Besiers, et qui sera exposé à la mairie. 

Avant d’aller à la salle de spectacle où il devait se produire, le chanteur déplore que sa ville ne soit plus comme il « l’avait laissée »: les petits commerçants, son école, le café du Pont de ses parents… ont disparu. En revanche, le pont en fer qu’il traversait pour aller à ses cours de musique est toujours là. 

Et de se remémorer avec les copains les courses de canards. « On leur attachait les ailes et on les lâchait. Il fallait les rattraper. Moi je n’y suis jamais parvenu », sourit-il. 

Pierre Perret donne un récital dans sa ville natale de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), le 4 mai 2016. © AFP

© AFP REMY GABALDA
Pierre Perret donne un récital dans sa ville natale de Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), le 4 mai 2016

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