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Pourquoi l’épidémie est plus rapide en Polynésie que partout ailleurs ?


Les derniers chiffres du Covid-19 confirme que le virus circule plus rapidement au fenua qu’en métropole ou que dans toutes les autres collectivités d’Outre-mer. Un constat qui interroge les spécialistes de la cellule Covid. Seule certitude : les gestes barrières et les mesures sanitaires peuvent avoir un impact pour éviter le pire.

Mais pourquoi tant de cas ? La question peut être posée à la vue des derniers chiffres de l’épidémie de Covid en Polynésie. Les 338 cas positifs confirmés ces dernières 24 heures font grimper le nombre de cas dépistés à 9 287 depuis le mois de mars. Ce total n’inclut en principe que les personnes symptomatiques, qui ont obtenu un certificat médical pour se faire tester. Les asymptomatiques – nombreux, mais dont la proportion est difficile à estimer – ne sont pas pris en compte. Ni les personnes symptomatiques non testées – quand plusieurs membres d’un même foyer présentent les mêmes symptômes, tous ne sont pas forcément dépistés.  Bref, le nombre de Polynésiens contaminés par le Covid pourrait dépasser de « deux à trois fois » le décompte officiel, et donc représenter jusqu’à 10% de la population du pays, comme l’explique le Dr Henri-Pierre Mallet, épidémiologiste de la cellule Covid du Pays.

Des chiffres d’autant plus impressionnants, que la majeure partie de ces contaminations sont récentes : le fenua ne comptait aucun cas en juillet, moins de 2 000 début octobre, et le total a plus que doublé dans les quinze derniers jours. Meilleur témoin de cette dynamique, le taux d’incidence de l’épidémie – indicateur retenu au niveau international – qui continue de s’envoler. 989 cas pour 100 000 habitants la semaine passée aux îles du Vent : c’est deux fois le taux de la métropole… Et cinq fois celui de la Martinique, deuxième collectivité d’Outre-mer la plus touchée, très loin derrière le fenua, mais qui a pourtant été reconfinée depuis déjà quelques jours. Certes, l’incidence est moins forte hors de Tahiti et Moorea (150 dans les autres archipels). Mais le Covid est déjà signalé « en circulation » à Raiatea, Huahine, ou Bora, quand des clusters sont identifiés à Hiva Oa et Tubuai et des cas isolés sont observés dans une dizaines d’autres îles. « Inquiétant », jugent les médecins de la cellule Covid, même si le nombre d’hospitalisations, plutôt stable ces derniers jours, reste le principal indicateur : « Il faut suivre ce qui se passe dans les îles et adapter les mesures ».

Le « mode de vie » et le respect des consignes sanitaires

Il convient de réagir, donc, mais aussi de s’interroger : pourquoi la Polynésie connait-elle une « première vague » – celle de mars, avec une soixantaine de cas, n’en a pas vraiment été une – si violente ? « C’est une bonne question, à laquelle nous n’avons pas de réponse », répond le Dr Mallet. Le climat, un temps envisagé comme un facteur de ralentissement de l’épidémie ne semble pas jouer. Les mesures de protection sanitaires adoptées en Polynésie ne sont pas moins sévères qu’ailleurs, si ce n’est la Nouvelle-Calédonie. La Réunion, les Antilles ou la Guyane, ont, elles aussi, rouvert leurs vols avec la métropole après le premier confinement, avec un protocole de test moins rigoureux, et le Covid-19 n’y fait en ce moment pas autant de dégâts. Quels facteurs reste-t-il sur la table ? Le mode de vie – le logement, les habitudes familiales et sociales – et le respect « efficace » des consignes sanitaire, explique l’épidémiologiste. « Ca ne veut pas dire que les gens ne veulent pas le faire, mais n’arrivent pas à le faire correctement, estime le Dr Mallet. Parfois on les applique très bien pendant 8 heures, et deux heures le soir, on oublie tout ». Il rappelle au passage que d’autres virus, par le passé, ont connu une propagation fulgurante au fenua. « Pour le chikungunya ou le zika on a aussi eu des épidémies brutales, mais aussi plus courtes que dans les autres pays », note-t-il.

La spécificité de la Polynésie ne s’arrête pas là. Avec 30 morts pour 9 000 cas, le fenua est dans la fourchette basse de la mortalité dûe au Covid dans les statistiques mondiales. Le résultat d’une meilleure protection des matahiapo, comme l’avait suggéré, il y quelques semaines, Jacques Raynal ? Une souche différente ? Ces questions, tous les spécialistes se les posent. Mais pour Adélaïde Tamaku, comparaison n’est pas raison. « Ce qu’il faut retenir comme message, c’est que les gestes sont simples pour éviter la propagation », explique l’infirmière à la brigade de prévention de la plateforme Covid. Distanciation, port du masque, lavage de main… « Ça ne coûte pas grand-chose« , insiste la professionnelle.

C’est le respect de ces consignes qui donnera le ton des prochaines semaines. La saturation hospitalière est bien sûr toujours « un risque réel » d’ici la fin de l’année, mais beaucoup s’interrogent aussi sur le plus long terme. L’épidémie pourrait-elle durer plusieurs mois ? La brutalité de cette première vague n’entame en rien cette possibilité. Rappelant la nature très contagieuse et très peu contrôlable de ce coronavirus, le Dr Mallet entrevoit une épidémie « sur le temps long ». « On peut imaginer que le nombre de cas va diminuer d’ici quelques semaines, mais il y aura de nouvelles vagues, explique-t-il. Ce qu’on peut espérer c’est un niveau d’immunité un peu plus important ». Et donc des vagues de plus en plus faibles dans le courant 2021, en attendant, peut-être, un vaccin.

À noter que le Pays travaille avec des scientifiques extérieurs, via les institutions nationales ou l’OMS, pour affiner ses modèles de prévision de l’épidémie. Ceux dont disposent aujourd’hui les autorités ne permettent pas de dire si la saturation de l’hôpital, et donc l’augmentation potentiellement importante du nombre de décès, sera évitée. « C’est une base de travail, pas un outil pour rassurer ou inquiéter », insiste Henri-Pierre Mallet. Ces modèles montrent surtout que la propagation du Covid peut suivre des trajectoires très différentes en fonction des mesures sanitaires mises en oeuvre. Dix jours après sa mise en place, il serait encore « trop tôt » pour observer les effets, bénéfiques ou non, du couvre-feu.

 

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4 Commentaires

  1. 5 novembre 2020 à 7h26 — Répondre

    989 cas pour 100.000 habitants soit 0,98 %, au niveau décès 0,33 % sur 9000 cas. Bon, il faut certainement faire beaucoup plus attention aux gestes barrières, mais évitons la panique qui fragilise les plus âgés ayant des pathologies qui les mettent en danger. Responsabilité de tous !

  2. Microstring
    5 novembre 2020 à 7h53 — Répondre

    Autrement dit ce spécialiste ne conclut rien. Ca ne nous avance pas beaucoup

  3. Baudenon
    5 novembre 2020 à 13h30 — Répondre

    Que font les cae embauché pour les mesures de prévention anti Covid ? Et pourquoi empêchez vous les reconversions dans les projets agricoles et aquacoles ?

  4. Claude Alix
    7 novembre 2020 à 7h04 — Répondre

    Je m’interroge sur la commercialisation et le port de masques de « sport » qui connait un succès grandissant sur le territoire.
    Ces masques sont un danger public et source évidente de propagation de la covid 19.
    Le principe de la valve est justement de faciliter, de libérer totalement l’expiration ce qui n’offre donc aucune protection sanitaire.
    Cette « mise en danger de la vie d’autrui » va t elle perdurer juste en exploitant le laxisme des autorités et, ou l’absence de normes?
    Qu’une chaine de magasins de la place se fasse du profit aux dépends de la santé de tous n’est pas très moral et cela mériterait une clarification au niveau juridique sachant qu’ils sont utilisés à un tout autre usage que le sport .
    Les porter est il sanctionnable d’une amende et si oui, il serrait bon de le faire savoir…
    Bon courage à tous et que chacun se pose les bonnes questions pour gérer sa santé plutôt que faire aveuglement confiance aux mesures prises par des pseudo experts, nos politiques qui s’apparentent plus à des imposteurs ou à des apprentis sorciers.
    Prenez soin de vous.

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