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6 à 8 ans de prison pour les 14 marins équatoriens trafiquants de cocaïne

Les quatorze marins du Raymi, thonier espagnol sur lequel plus de 524 kilos de cocaïne avaient été saisis au large des Australes le 23 décembre 2024, étaient jugés ce mardi au tribunal de Papeete. Le capitaine a été condamné à 8 ans de prison, son second à 7 ans et chacun des hommes d’équipage à 6 ans ; tous sont interdits de territoire français pendant 10 ans. Leur avocats ont indiqué leur intention de faire appel.

Quatorze prévenus, autant de gendarmes et six avocats, la salle d’audience était comble ce mardi pour le procès des marins équatoriens embarqués sur un navire de pêche battant pavillon espagnol, le Raymi, avec à son bord 11 ballots de cocaïne d’environ 50 kilos chacun. Les hommes, âgés de 36 à 65 ans, ont été interpellés à 1 500 km de Tahiti, dans les eaux internationales à l’ouest des îles Australes. Ils ont eu le malheur de croiser sur leur route le Bougainville, un bâtiment de la Marine française qui effectuait depuis le début du mois de décembre 2024, une mission de reconnaissance et de surveillance. Après avoir repéré le navire de pêche, deux embarcations rapides du Bougainville sont mises à l’eau afin de vérifier l’identité et la nationalité du navire.

À bord du Bougainville, le commandant tente de rentrer en contact avec le Raymi, mais celui-ci se déroute. Les ordres émis par radio de mettre en panne le navire restent sans effet. Le Raymi ne s’arrête pas et accélère la cadence. À bord des deux embarcations de la Marine nationale, les commandos voient sur le pont du Raymi des hommes s’agiter et jeter des ballots à la mer. Après des tirs de sommation, les commandos ont l’autorisation de leur hiérarchie d’intervenir à bord. L’arrestation des membres d’équipage se passe sans problèmes,  aucune arme n’est trouvée et les onze ballots de cocaïne jetés à la mer sont repéchés. L’interpellation s’étant faite dans les eaux internationales, il a fallu attendre le feu vert des autorités espagnoles pour que la justice française puisse exercer ses compétences. Le 28 décembre les deux navires regagnent Papeete et les marins équatoriens sont placés en garde à vue.

Pas de poissons, mais une pêche miraculeuse de onze ballots de cocaïne

D’après l’enquête, le Raymi serait parti de Guayaquil en Équateur et son dernier point GPS connu avant que celui-ci ne tombe en panne serait quelque part au large de l’Australie. Pour autant il n’y a aucune explication sur le fait que la cocaïne n’ait pas été débarquée là-bas et que le navire revienne avec toujours la cargaison à bord. Enfin si, il y en a une qui vaut ce qu’elle vaut, vu qu’elle a été avancée par les hommes du Raymi qui nient toute implication dans un trafic de stupéfiants : c’est lors de leur campagne de pêche qu’ils ont ramené par hasard onze ballots de cocaïne dans leurs filets. Pourtant, la cale ne contenait aucun poisson. Leur explication : ils ont bien pêché du poisson mais comme la chambre froide ne fonctionnait plus, ils ont dû le rejeter à la mer. Une chambre froide qui, après vérification à Papeete, fonctionnait parfaitement. D’ailleurs, aucune trace à bord de matériel de pêche. Si l’un des marins équatoriens a reconnu les faits lors de sa garde à vue, expliquant qu’on lui avait promis 20 000 dollars US (deux millions de Fcfp) pour convoyer la drogue, transbordée à partir d’un zodiac en pleine mer peu de temps après le départ du Raymi de Guayaquil, il s’est vite rétracté devant le juge d’instruction, expliquant avoir subi des pressions de la part des gendarmes.

Ce mardi devant les magistrats, tous ont tenu le même discours : ils étaient à bord du bateau pour une campagne de pêche et en aucun cas pour faire du trafic. Toutefois ils se sont montrés évasifs sur la durée prévue de cette campagne, 2 mois ou 4 mois et aussi sur ce qu’ils allaient toucher comme rémunération. La plupart ont été recrutés par le capitaine du Raymi qui a embauché aussi une partie de sa famille, frère et cousins. Dans l’ensemble les auditions ont été brèves, les prévenus n’ayant rien à dire. La juge s’est attachée à ce qu’ils racontent leur vie, des vies simples avec des salaire bas, pour démontrer qu’ils auraient pu être tenté de gagner l’équivalent de plusieurs mois de salaire en un seul coup. De fait, tous, quand ils ne pêchent pas, font des petits boulots et ont des revenus allant de 40 000 Fcfp à 70 000 Fcfp par mois. Un profil commun à toutes les mules et convoyeurs, des « petites gens » qui sont prêts à risquer la prison pour faire bouillir la marmite quelques temps. À noter qu’aucun n’a eu affaire avec la justice équatorienne.

« Le trafic s’est accru en Équateur que l’on appelle désormais le nouveau Mexique »

Pour la procureure, cette histoire ne tient pas debout. Elle avance que depuis quelques années, « le trafic s’est accru en Équateur que l’on appelle désormais le nouveau Mexique, il y a une cartellisation du pays. » Elle relève que le port de Guayaquil « est le point de départ du trafic de stupéfiants dans le Pacifique, mais aussi vers l’Europe. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2010 on estimait à 42 tonnes les stupéfiants embarqués en Équateur et en 2023, à 220 tonnes. Elle l’assure, « il existe bien un trafic international entre l’Équateur et la zone océanienne. » Elle explique les nouvelles méthodes employées par les convoyeurs qui « désormais jettent les ballots de cocaïne en mer avec des balises de façon que le destinataire les récupère, et, justement on a retrouvé une des ces balises à bord du Raymi. »  Comme la juge, elle estime que les hommes ont été tentés par l’argent : « un salaire moyen de 50 000 Fcfp alors que si l’on en croit le marin qui s’est rétracté on lui avait promis deux millions Fcfp, c’est la poule aux œufs d’or. » Constatant les incohérences dans ce dossier elle demande aux magistrats de rentrer en voie de condamnation pour l’intégralité de l’équipage. Le capitaine a été condamné à 8 ans de prison, son second à 7 ans et ses hommes d’équipage à 6 ans de prison, soit un an de moins que ce que demandait la procureure ; tous sont interdits de territoire français pour une durée de 10 ans. Leur avocat a indiqué leur intention de faire appel.

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