ACTUS LOCALESENVIRONNEMENT Cent jours dans le ciel pour mieux connaître la « mégafaune » de nos eaux Maia Galot 2026-01-28 28 Jan 2026 Maia Galot Le hublot-bulle, poste de l’observateur naturaliste sur la mission Remmoa 2. À l’occasion de la journée Te Mana o Te Moana Nui a Hiva, l’équipe de « Recensement des Mammifères marins et autre Mégafaune pélagique par Observation Aérienne » (Remmoa) a fait le point sur sa deuxième mission au fenua. Lors de son premier passage en 2011, ces observations aériennes avaient permis d’établir la riche diversité d’espèces des eaux polynésiennes, notamment aux Marquises. On l’annonçait mi-janvier, un nouveau recensement des grandes espèces marines va avoir lieu 15 ans après le premier opus. Baptisé Remmoa 2, ce « Recensement des Mammifères marins et autre Mégafaune pélagique par Observation Aérienne » a été officiellement lancé ce mercredi à l’occasion de la deuxième édition de la journée Te Mana o Te Moana Nui a Hiva, portée par l’Ifrecor, l’association Te mana o te moana, l’État et le Pays. « Mieux comprendre pour mieux protéger » L’objectif de ces observations aériennes est de mieux connaître, et donc de mieux protéger les mammifères marins de Polynésie. Connaît-on toutes les espèces qui fréquentent nos eaux ? Où et en quelle densité sont-elles observées ? Les chercheurs devraient être en mesure de répondre à l’issue des 100 jours d’observation prévus cette année. La mission scientifique permettra surtout d’identifiant les zones de résilience et de vulnérabilité pour ces espèces, les pressions multiples qu’elles subissent, notamment celles des activité humaine comme la pêche, les aménagements du territoire ou encore les polluants et déchets flottants. « C’est très important pour voir ce qu’il se passe de pouvoir avoir un suivi dans les données scientifiques, complète Jérome Spitz, chercheur au CNRS et directeur de l’observatoire Pelagis. C’est l’objectif de revenir 15 ans après en Polynésie pour ces grands recensement de la megafaune marine dans les eaux du large, afin de constater ou de voir des changements et de pouvoir ensuite essayer de les comprendre et de prédire la trajectoire de ces populations dans les eaux de la Polynésie. On s’attend à des changements car on sait que dans les eaux côtières on a observé des changements dans les populations de ces grandes espèces donc on espère des données positives, comme une augmentation des tortues, dans d’autres cas on pourra aussi avoir des changements de répartition ou d’abondance sur certaines espèces. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/01/REMMOA-1.wav 15 espèces et groupe d’espèces observés en 2011 Ce temps de parole était aussi l’occasion pour les équipes de l’observatoire Pelagis, en charge du projet, de revenir sur les résultats obtenus en 2011 dans le cadre du premier projet Remmoa. Lors de 110 jours de mission, cumulant 550 heures, de quoi couvrir environ un tiers de la Zone Economique Exclusive, les chercheurs ont pu identifier 15 espèces et groupes d’espèces distincts. Une diversité forte comparée à d’autres zones maritimes ultramarines survolées entre 2008 et 2015, et une densité qui s’est révélée croissante du Sud au Nord de la Polynésie. « On a une grosse augmentation quand on part des Australes et qu’on va vers les Marquises, un gradient qui est assez fort, on va jusqu’à multiplier par six, dix, les quantités d’animaux entre le Sud de la Polynésie et le Nord, c’est apparu clairement sur les données de mammifères marins« , explique Sophie Laran, ingénieure de recherche à l’observatoire Pelagis (La Rochelle Université – CNRS). https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/01/REMMOA-2.wav Ces observations ont aussi pu permettre d’observer des espèces dont la présence sur le territoire n’était pas connue, apportant un élément de connaissance majeure pour les entités de protection des espaces marins. Mission de recensement Remmoa Un protocole bien établi sur un programme de plus de trois mois Pour mener à bien sa mission, Remmoa 2 se servira d’avions à ailes hautes BN2, équipés d’hublots-bulle de part et d’autres de l’appareil, permettant à des observateurs formés de scruter la mer dans des zones identifiées (200m à 500m). Les sept pilotes recrutés sur la mission suivront des plans de vols définis, en forme de zig-zags, lesquels permettent de couvrir plus de terrain, par tranche de 5 heures, soit l’autonomie de ces modèles d’avion. Le tout pendant 100 jours de saison chaude, période choisie car étant la moins ventée de l’année, ce qui augmente le nombre de journées où la mer est d’huile et donc facilite l’observation. Les équipes, composées de 12 observateurs naturalistes dont 8 recrutés localement dans des associations engagées, ne voleront que lorsque les conditions d’observation sont propices, et devraient donc au final cumuler 200 h d’observation pour couvrir une zone de 850 000 kilomètres carrés, soit un cinquième de la ZEE. Sur les journées où l’observation ne sera pas possible, Remmoa 2 ira à la rencontre des scolaires et des populations, pour présenter sa mission et ses résultats. Un blog de campagne, où il sera possible de suivre l’équipe et la progression de Remmoa 2, sera aussi mis à disposition du grand public. L’avion BN2 de Air Tetiaroa utilisé sur la mission Remmoa 2.