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Evasan, formation… Le Cese parisien fait le point sur les urgences de la santé polynésienne

Invitée à s’exprimer en plénière du Conseil économique et social parisien dans le cadre d’un travail sur la santé dans les outre-mer, Maiana Bambridge a décrit un modèle polynésien qui a « atteint ses limites et doit évoluer« . Dans un contexte où l’obésité et les maladies chroniques gagnent du terrain, la présidente du Cesec a interpellé sur le recours grandissant et toujours plus coûteux aux évacuations sanitaires qui ont pesé plus de 6 milliards de francs dans les comptes de la CPS en 2024. Un éclairage qui intervient alors que le gouvernement tente depuis des mois d’obtenir de l’État une contribution plus forte au système de santé, au titre des évacuations urgentes, ou encore des molécules onéreuses.

Ce mardi, Maiana Bambridge est intervenue en séance plénière du Cese (Conseil économique, social et environnemental) à Paris, dans le cadre des travaux sur le thème : « Comment assurer l’égalité des soins dans les Outre-mer ? » La présidente du Cesec polynésien a ainsi listé les urgences et les défis de la santé publique en Polynésie, devant les conseillers nationaux, mais aussi des parlementaires ou encore le conseiller outre-mer d’Emmanuel Macron, justement rencontré, quelques heures plus tôt par Cédric Mercadal et Moetai Brotherson.

Et c’est justement sur un des points centraux des négociations entre le Pays et l’État sur le financement de la santé qu’a insisté Maiana Bambridge durant son exposé. Du fait de ses contraintes géographiques, humaines et matérielles, la Polynésie a un recours massif aux évacuations sanitaires : 39 000 evasan interîles en 2024, soit une moyenne de 110 par jour, précise la responsable, ancienne directrice de cabinet du ministre de la Santé Jacques Raynal et depuis longtemps engagée dans des associations dans le secteur du social et de la santé. D’après la direction de la CPS, le coût global engendré par ces évacuations vers Tahiti était de 2,4 milliards de francs en 2024, un chiffre pas encore calculé, mais en augmentation pour 2025. S’ajoutent les 3,85 milliards de francs des évacuations internationales, vers la métropole, ou, dans une moindre mesure vers la Nouvelle-Zélande. Pour un total de 860 patients atteints de pathologies lourdes ou qui nécessitent des examens ou opérations spécifiques qui ne sont pas réalisées au fenua. « Ces chiffres ne traduisent ni un dysfonctionnement, ni un renoncement à notre autonomie », insiste Maiana Bambridge devant le Cese. Ils illustrent une réalité structurelle : l’insularité et l’éloignement ont un coût humain, social et financier. Ils montrent aussi que notre modèle atteint aujourd’hui ses limites et doit évoluer. »

Un discours qui a de quoi faire écho aux négociations menées depuis de longs mois autour de la nouvelle convention santé État-Pays. La dernière convention, prorogée par deux fois depuis 2023, a pris fin au 1er janvier de cette année. La suivante doit être signée « très rapidement », d’après Moetai Brotherson, qui a une fois de plus abordé le sujet à Paris aux côtés de son ministre de la Santé. Contrairement à ce qu’espérait l’exécutif, elle n’intégrera pas une prise en charge des molécules onéreuses et des évacuations sanitaires d’urgence. Mais les deux sujets doivent être évoqués dans le préambule du document et faire l’objet d’une négociation spécifique avec l’État dans les mois à venir.

Prévention, formation, pérennisation des postes

Devant le Cese, Maiana Bambridge a aussi parlé de la transformation du « profil sanitaire » de la Polynésie française, où les maladies chroniques se sont imposées comme un enjeu majeur. Les chiffres sont connus : plus de 60% de la population adulte est en surpoids, dont 40% en situation d’obésité, et les affections de longue durée comme le diabète, les maladies cardiovasculaires et l’hypertension touchent un Polynésien sur six. Pour y répondre, le Cesec a toujours mis en avant les mêmes outils : « Le système de santé polynésien ne pourra rester soutenable sans un basculement résolu vers la prévention. Prévenir en Polynésie, ce n’est pas transposer des modèles extérieurs, c’est agir sur l’alimentation, la fiscalité comportementale (un ensemble d’impôts et de taxes dont la finalité est d’influencer les comportements des consommateurs), l’école, l’agriculture locale, en tenant compte des réalités culturelles et sociales du pays. »

En conclusion, la présidente du Cesec a également fait état de fortes tensions sur le système de soin, citant l’hôpital « de dernier recours » situé à Tahiti régulièrement saturé et des fermetures temporaires de structures de proximité dans les îles par manque de soignants, qui entraînent l’augmentation des évacuations sanitaires. Elle identifie ainsi le besoin de « sécuriser les parcours de soins » et de « mieux utiliser les ressources disponibles » mais aussi de former des professionnels de santé polynésiens, pour entraîner la fidélisation de professionnels de santé, en particulier dans les archipels isolés.

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