ACTUS LOCALESPOLITIQUE Reo, nucléaire et IA… Ronny Teriipaia veut ancrer l’école dans son fenua Charlie Réné 2025-08-04 04 Août 2025 Charlie Réné ©CP/Radio1 À l’approche du retour des élèves en classe, le ministre de l’Éducation a diffusé sa traditionnelle lettre de rentrée. Il y met l’accent, outre la lutte contre l’absentéisme et la vigilance sur les « situations d’urgence », sur l’ancrage des enseignements dans leur époque – par exemple formant à la compréhension de l’intelligence artificielle – mais surtout dans leur fenua. Des évaluations des niveaux de reo Tahiti seront menés en SG, CE2 et CM2, les établissements sont appelés à se « mobiliser » autour du calendrier culturel, et une grande expo et un concours scolaire seront dédiés au nucléaire cette année. C’est un exercice obligatoire pour les ministres de l’Éducation, et il est généralement très attendu par les professionnels du secteur. Alors que les nouveaux enseignants du fenua ont été accueillis à la présidence ce matin, et à quelques jours de la réouverture des établissements scolaires – les équipes les retrouveront le lundi 11 août, les écoliers de primaire et maternelle le 12 et les collégiens et lycéens le mercredi 13 – Ronny Teriipaia a diffusé sa lettre de rentrée. Une lettre de douze pages, signée vendredi 1er août, qui donne le cap des mois à venir. Le ministre et ancien enseignant, qui aborde sa troisième rentrée de la mandature, y martèle, sans surprise, sa confiance dans les équipes pédagogiques et encadrantes, dans la DGEE, dans le dialogue avec les syndicats… Et même dans les élèves « qui nous rappellent par leur énergie leurs aspirations et leurs défis, le sens de notre mission ». Mais il fixe surtout les priorités qui doivent porter, pour l’année 2025-2026 sa « vision holistique de l’éducation » : « une éducation qui relie les savoirs, les cultures, les générations et les milieux ». « Culture de la vigilance » sur le décrochage et les « situations à risque » Si Ronny Teriipaia avait beaucoup insisté l’année dernière sur le harcèlement scolaire – et sa « task force » spécialisée –, c’est le bien être à l’école et l’absentéisme qui sont au cœur des préoccupations cette année. Le ministre annonce la finalisation d’un nouveau programme « Bien-être, bien apprendre » pour le primaire, encourage la mise en place d’Enquêtes locales de climat scolaire, jusqu’au lycée, pour diagnostiquer puis « agir activement » pour mieux accueillir les élèves. Il interpelle sur une « fragilité persistante du lien à l’école », avec un absentéisme qui touche 11,8% des élèves dans le primaire, 11,5% au collège et 17,2% dans les lycées professionnels. Pour lutter contre ces « désengagements progressifs », souvent causés par un « mal être ou un décrochage latent », il insiste sur l’implication des familles, la mise en place d’indicateurs et de procédures de réaction rapide… Des procédures qui devraient être revue dès la rentrée, et qui seront actualisées par « un plan stratégique en faveur de la persévérance scolaire » traitant à la fois de l’absentéisme et de décrochage. L’accent est mis sur la « culture de la vigilance », notamment autour des « situations à risque », en lien avec les partenaires comme les services sociaux, les forces de l’ordre ou les maisons de confiance et de protection des familles. Le drame de la jeune Ayden, jamais cité, est passé par là. Tests de reo en maternelle et en primaire Mais c’est surtout sur un double « ancrage » de l’école que cette lettre de rentrée appuie. Ancrage culturel et territorial, d’abord, un « point d’appui puissant », « nourri par les langues, les valeurs et les expressions artistiques polynésiennes ». Pour construire une « identité éducative forte », le ministre, qui avait été le premier enseignant agrégé en reo Tahiti, remet en avant l’idée d’un « plurilinguisme pleinement intégré au service de la réussite et de l’émancipation de tous ». Le plan territorial pour les langues fixait déjà, depuis l’année dernière, le cap d’un apprentissage précoce et quotidien des langues polynésiennes, mais il s’agit désormais, pour mieux orienter ces pratiques, de connaitre parfaitement le niveau de reo des élèves. Des évaluations spécifiques seront menées cette année en classe de grande section de maternelle, de CE2 et de CM2 et les enseignants auront accès, assure le ministre, à de nouveaux outils pédagogiques et à des formations spécifiques pour les accompagner dans l’utilisation de langue qu’il ne maîtrise pas toujours. Concours et expo sur le nucléaire Quelques semaines après l’Unoc, les enseignants sont invités à intégrer dans leurs actions les questions océaniques et environnementales – notamment au travers des aires marines éducatives – et sont plus largement « vivement encouragés » à « construire des parcours culturels porteurs de sens ». Pour ça, le ministre demande une « mobilisation » autour de « temps forts » : la pratique du Himene tumu, chants traditionnels qui doivent rassembler les élèves, la participation au Heiva Taurea, mais surtout les célébrations de Matari’i i ni’a, fin novembre, qui doit « fédérer les équipes pédagogiques autour d’un projet interdisciplinaires », et de Matari’i i raro début mai. L’histoire du nucléaire n’est pas oublié par le ministre indépendantiste : à l’occasion des 60 ans d’Aldébaran, le concours scolaire « Raconte l’histoire de la Polynésie » sera centré sur la mémoire des essais. Un autre concours, intitulé « Le fait nucléaire, qu’est ce que c’est » est en préparation, de même qu’une « grande exposition ouverte aux écoles », toujours dans le cadre des commémorations du premier essai du 2 juillet 1966. Comprendre l’IA, mieux aborder le numérique et les médias L’ancrage dans son époque, ensuite. L’école polynésienne doit être « ouverte et connectée », « en lien avec les réalités locales et mondiales », « innovante », même. Le ministre annonce la généralisation du déploiement de l’espace numérique de travail Nati.pf, ou encore, le lancement, dans le courant de l’année, d’un appel à projet « Pacte innovation 2025 », récompensant certaines initiatives scolaires. « Dans un monde en mutation rapide, je tiens à réaffirmer l’urgence de former nos élèves à l’esprit critique, à la lecture des médias, aux usages responsables du numérique, liste Ronny Teriipaia, et à la compréhension de l’intelligence artificielle ». Une IA qui prendra plus que jamais sa place dans l’éducation, notamment dans les classes de quatrième, qui bénéficieront d’un parcours dédié sur Pix, une plateforme nationale d’évaluation des compétences numériques. À noter, enfin, que le ministre de l’Éducation insiste dans sa lettre sur les « enjeux structurants » pointés par les dernières évaluations nationales de niveau : un décrochage progressif de certains élèves au milieu de la primaire, entre le CE2 et le CM1, « des fragilités persistantes de compréhension » à l’écrit ou sur la résolution de problème, ou encore, des « écarts sensibles de performances selon les contextes géographiques et sociaux ». « Le pilotage pédagogique doit prendre davantage appui sur ces résultats » insiste le ministre, qui parle en conclusion d’une « feuille de route exigeante » pour une école « juste inclusive, ambitieuse et profondément ancrée dans son territoire ». Lettre de Rentrée by Charlie Réné