ACTUS LOCALESJUSTICE

Ice : « La prison n’est pas l’alpha et l’oméga de la répression »

La procureure de la République a réagi, au micro de Radio1, aux propos de Moetai Brotherson qui estime que l’État ne fait « pas suffisamment » pour la répression du trafic d’ice, voire qu’il est « défaillant ». Solène Belaouar, qui préférerait plus de dialogue que de « polémiques par médias interposés », assure au contraire que la justice « est au rendez-vous ». Mais que son action est « limitée » par l’absence, au fenua, d’un centre de désintoxication, d’injonctions thérapeutiques ou par le manque de médecins psychiatres… Des compétences du Pays, appelé à mettre en place une politique de santé « à la hauteur » pour traiter les addictions et prévenir les récidives. 

Ça n’était pas la première charge de Moetai Brotherson contre l’État en matière de lutte contre l’ice, mais c’est une des plus directes. Samedi soir, sur le plateau de TNTV, le président a rappelé que le Pays était contraint, dans son action dans ce dossier, par la répartition des compétences. « Tout ce qui est d’ordre régalien, la sécurité, la police, la gendarmerie, ce n’est pas nous. Ce n’est pas nous qui poursuivons les dealers, ce n’est pas nous qui les mettons en prison », a-t-il listé, avant d’expliquer qu’il « ne pensait pas que l’État fasse suffisamment en la matière, loin s’en faut ». Moetai Brotherson, qui avait notamment demandé plusieurs fois des peines plus lourdes pour les trafiquants – une demande appuyée par une résolution de l’assemblée, mais balayée, lors de son passage, par le Premier ministre Manuel Valls – va même plus loin. « Nous, nous avons inscrit au précédent budget primitif 250 millions de francs que nous allons utiliser sur cette année, précise-t-il sur le plateau de la chaîne de la Mission. S’il faut déborder sur les compétences de l’État, on le fera, mais en soulignant que l’État est défaillant. »

Renvoi de balle sur les compétences

Des termes « forts » qui sont regrettés, ce lundi, par la procureure de la République Solène Belaouar : « Je trouve dommage de polémiquer par médias interposés quand nous gagnerions à travailler main dans la main pour s’attaquer à ce fléau, dans l’intérêt des Polynésiens », dit-elle. Avant de réfuter le constat du président : « Non, l’État n’est pas défaillant. Et pour ce qui concerne mon domaine d’intervention, je peux vous dire que la justice est au rendez-vous, insiste la magistrate. La justice en Polynésie française, elle est sévère à l’égard des trafiquants et des consommateurs de drogue. De toutes les drogues, évidemment, mais surtout l’ice. Mais aujourd’hui, la justice voit aussi son action limitée, aussi, par l’absence de centre de désintoxication, le nombre insuffisant de médecins psychiatre, l’absence d’injonctions thérapeutiques, par exemple… On a beaucoup parlé de la prison des peines de prison. Mais la répression, ça n’est pas que la prison, et la prison n’est pas l’alpha et l’oméga de la répression. »

Face aux discours qui demandent des peines toujours plus longues et des incarcérations toujours plus nombreuses, la procureure rappelle que les capacités carcérales ne sont pas illimitées, et que les prisons doivent aussi accueillir, entre autres, « les conjoints violents ou les personnes qui s’en prennent aux enfants ». Surtout, elle renvoie la balle au Pays sur les questions de compétences. Le Pays en a beaucoup, en matière de lutte contre la drogue, du côté de la prévention, l’accompagnement social, les politiques de santé, et particulièrement la prise en charge des addictions… Et l’application de ces compétences, suggère-t-elle, a un impact sur l’efficacité de la répression. « Un jour ou l’autre, au bout de cinq, dix ou quinze ans, les personne sortent de prison et c’est la responsabilité de la justice c’est de s’assurer qu’elles sortent dans les meilleures conditions possibles pour prévenir la récidive, reprend la Solène Belaouar. Et pour ça, on a besoin aussi de pouvoir s’appuyer sur une politique de santé publique à la hauteur. »

Les annonces de budget bienvenues, mais le parquet « attend les suites »

La représentante du parquet se « réjouit » de l’investissement du gouvernement sur la lutte contre l’ice – 250 millions de francs voté au premier collectif budgétaire de l’année, et qui doivent notamment servir à combler les carence de l’exercice des compétences du Pays – mais elle « attend les suites ». Et « je suis bien sûr à disposition du président Brotherson s’il souhait en échanger avec moi ou avec monsieur le procureur général dans le respect des prérogatives de chacun. »

Discuter, donc, et pas seulement au sein des instances officielles. Le Conseil de prévention de la délinquance de Polynésie, coprésidé par le Haussaire, le président du Pays et le Procureur général près la Cour d’appel de Papeete, est jugé « indispensable ». « Mais les échanges en marge de ce conseil le sont tout autant ». « Il y a aujourd’hui un un nouveau ministre en charge de la prévention de la délinquance par exemple (Kainuu Temauri, qui a remplacé Nahema Temarii, ndr). C’est un des sujets qui doit être sur la table pour échanger avec ce nouveau ministre sans qu’il y ait besoin de réunion de ce conseil. Nous avons aussi des échanges bilatéraux ou tripartites qui sont tout autant importants. »

Des échanges qui pourraient porter, pourquoi pas, sur la volonté du Pays, récemment affirmée par Moetai Brotherson, de développer une filière de dressage de chiens de détection au fenua. « J’y suis tout à fait favorable, note la procureure. C’est une demande qui est exprimée par les forces de sécurité en Polynésie française d’avoir davantage de chiens formés pour la détection de l’ice et nous appelons de nos vœux la multiplication de ces chiens sur le territoire voire, pourquoi pas, des formations de formateurs pour nous aussi pouvoir développer ce type de dispositifs. »

 

Article précedent

Reo, nucléaire et IA... Ronny Teriipaia veut ancrer l'école dans son fenua

Article suivant

Jt Vert 05/08/2025

Aucun Commentaire

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

PARTAGER

Ice : « La prison n’est pas l’alpha et l’oméga de la répression »