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Ressources marines : une plainte à la CIJ qui appuie sur les divisions du Tavini

Huit ans après la « plainte pour crime contre l’humanité » devant la Cour pénale internationale, Oscar Temaru a signé samedi un document présenté comme une « plainte auprès de la Cour internationale de justice ». Le parti indépendantiste y dénonce la violation par la France de la souveraineté maohi sur ses ressources marines. Si l’efficacité, ou même la réalité légale de cette procédure a de quoi interroger, elle vient appuyer sur une importante ligne de fractures au sein du Tavini, quelques mois après l’interdiction de l’exploitation des ressources minières dans la ZEE par le gouvernement Brotherson. Le président du parti assure pourtant ne pas vouloir provoquer de divorce au sein de la majorité, ni attaquer frontalement le président du Pays, qu’il dit vouloir « convaincre » de changer sa ligne.

En 2018, Oscar Temaru avait signé la plainte pour « crimes contre l’humanité » transmise à la Cour pénale internationale (CPI) « une nuit, tout seul dans son bureau ». « Aujourd’hui je voulais avoir des témoins », explique le président du Tavini. C’est donc devant une soixantaine de cadres du parti et surtout de candidats municipaux, puisque tel était l’ordre du jour de la réunion de ce samedi matin, qu’il a signé une nouvelle « plainte », toujours contre la France, mais cette fois auprès de la Cour internationale de justice (CIJ). Un document plutôt présenté comme une « communication » qui doit être transmis à cette juridiction instituée en 1945 par la charte fondatrice de l’ONU. Le parti indépendantiste et son président y dénoncent la violation par la France du « Pacte international relatif aux droits civils et politiques », sorte de document d’application de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Pas plus de chance que la plainte à la CPI

D’un point de vue procédural, cette nouvelle action est encore peu claire. Du côté contentieux, la CIJ ne peut, par principe, être saisie que par des États membres, pour des conflits interétatiques et sur des questions sur lesquelles les États en question ont tous deux reconnu explicitement la compétence de l’institution. La Cour internationale de justice ne peut pas non plus lancer des enquêtes de son propre chef, contrairement à la CPI. Elle peut en revanche rendre des avis, mais là encore, la saisine est très limitée : elle est réservée à l’Assemblée générale des Nations-Unies, à son conseil de sécurité et à certains autres organes onusiens dans la limite de leur compétence. Le Tavini semble en fait davantage s’adresser au Comité des droits de l’homme de l’ONU, qui n’est pas un organe judiciaire, mais qui peut constater des violations du pacte international et recommander des mesures de réparation à ses États membres. Des recommandations sans force coercitive.

Mais qu’importe la procédure envisagée, ou même son résultat. En 2018, la communication du Tavini et de l’Église protestante Maohi auprès de la CPI, n’avait, déjà, abouti à aucune enquête internationale, ni décision ou acte quelconque, si ce n’est un « accusé de réception » de la juridiction. « Il fallait trouver des avocats, ça coûte cher », évacue aujourd’hui Oscar Temaru, qui sait toutefois que cette « plainte » avait participé à créer du débat, au fenua et ailleurs, sur son objet principal : les conséquences des essais nucléaires. Cette fois, c’est sur un autre cheval de bataille que le leader du Tavini monte devant la communauté internationale : les ressources marines, au centre de son discours depuis plusieurs années, et au cœur des tensions internes au parti ces derniers mois.

« Le président de la Polynésie, c’est un seul bonhomme, c’est M. Macron »

Ainsi la « communication » signée ce samedi dénonce la « création d’une aire marine protégée, couvrant l’intégralité de la ZEE polynésienne, interdisant l’exploitation minière des fonds marins sans reconnaissance préalable de la souveraineté maohi sur ces ressources ». Une création annoncée lors de la Conférence des Nations Unies organisée à Nice en juin 2025 et qui aurait été « boycottée » par le Tavini pour « dénoncer la substitution de la France à la voix du peuple polynésien ». « L’Unoc a été organisée sous l’égide de la France. C’était une stratégie utilisée par la France pour continuer à avoir la mainmise sur nos ressources, on n’est pas bêtes, souligne Oscar Temaru. Et ça c’est M. Macron ». 

C’est pourtant bien le gouvernement de Moetai Brotherson qui a acté le classement de la ZEE en espace naturel protégé – et plus en aire marine gérée, comme c’était le cas depuis 2018 -, et l’interdiction générale d’exploitation des ressources marines dans toute la zone. Une décision prise par arrêté en conseil des ministres le 24 septembre 2025, moins d’un mois après un avis positif adopté par délibération à Tarahoi, et donc par la majorité Tavini, le 27 août. Plusieurs autres arrêtés du Pays ont été depuis publiés pour augmenter le niveau de protection de certaines zones des eaux polynésiennes. Pourquoi Oscar Temaru s’attaque au président de la République plutôt qu’au président du Pays, qui n’a jamais caché son opposition à l’exploitation des fonds marins ? Parce que « Moetai Brotherson n’est pas le président de la Polynésie, répond-il. Il est le président du gouvernement de la Polynésie. Le président de la Polynésie, c’est un seul bonhomme, c’est M. Macron. Voilà la réalité ». 

Pour autant Oscar Temaru tacle bien ceux, au sein du Tavini qui ne partagent pas sa ligne sur les ressources marines, sans viser spécifiquement Moetai Brotherson. « Il y en a qui ont les jambes écartées. Nous, nous avons les deux pieds sur terre, bien droit dans nos bottes. Ces ressources sont à nous, il y a des résolutions qui ont et on nous reconnait notre droit de souveraineté, il n’est pas question de partager quoique ce soit ». 

L’argumentaire du Tavini s’appuie au passage sur une réponse apportée par le ministère national de l’Économie et de l’Industrie à une question écrite de la députée Mereana Reid Arbelot sur la répartition des compétences entre l’État et le Pays en matière minière. On y comprend que le Pays a, à l’heure actuelle, la compétence sur l’exploration et l’exploitation des minerais des profondeurs… Mais que l’État peut récupérer cette compétence à tout moment en classant les minerai concernés sur la liste des « matières premières stratégiques ».

Pas de divorce ni de changement de président, assure Oscar Temaru

La question de l’exploitation des ressources marines, source de financement providentielle de l’indépendance pour la vieille garde du parti, et risque environnemental inconsidéré aux bénéfices incertains pour d’autres, déchire depuis de longs mois le Tavini. Elle fait partie des raisons qui ont poussé la jeune représentante bleu ciel Odette Homai à la démission du groupe à l’assemblée ; elle est mise en avant par Oscar Temaru pour expliquer son choix de soutenir Tauhiti Nena plutôt que Tematai Le Gayic à Papeete ; elle fait partie des sujets qui font l’objet d’une demande de « clarification » entre le courant « progressiste » et « radical » demandé par le même Tematai Le Gayic ; elle est au centre des rumeurs de scission au sein du parti ou de son groupe à l’assemblée, que certains observateurs, notamment du côté autonomiste, datent à l’après municipales… Oscar Temaru, avec cette « plainte à la CPI », qui n’en est pas vraiment une, appuie donc encore sur cette ligne de fracture.

Le sujet est-il assez important pour provoquer un divorce au sein du parti ? « Pas pour moi », répond le président, qui dit « entendre depuis longtemps » des bruits de scission, jusque là jamais concrétisés. Son désaccord sur l’Unoc, sur la protection de la ZEE, ou l’interdiction de l’exploitation, Oscar Temaru en a « déjà discuté, tout le monde le sait », avec Moetai Brotherson qui a « sa manière de voir », et qui n’a « pas tout à fait tort« . Il assure vouloir « finir par le convaincre » plutôt que de faire élire un président du Pays plus en accord avec son discours sur le sujet.

Dans le même temps le leader bleu ciel continue de développer un discours centré sur l’utilisation de ces richesses des profondeurs. Et dans lequel l’indépendance est la source du développement économique plutôt que son aboutissement, une autre ligne de fracture évidente avec le président du Pays. « Moetai a parlé de faire venir 500 ou 600 000 touristes, on les aura pas. Si nous sommes un État souverain, là on va passer de 300 000 à 3 millions, là on va changer notre fiscalité, on pourra changer le coût de la vie dans ce pays qui est trop cher. C’est le seul moyen, assure-t-il. Et si nous exploitons cet océan qui nous entoure, il y a de quoi faire. Il y a les moyens, il y a de quoi faire tout ce que nous voulons pour qu’on soit un état riche et prospère ». 

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