ACTUS LOCALESÉCONOMIETRANSPORTS Revatua, la révolution 2.0 du maritime, en rade pendant plusieurs mois Lucie Rabreaud 2025-07-16 16 Juil 2025 Lucie Rabreaud La plateforme lancée en 2021 et rendue obligatoire en 2024 devait simplifier la vie des armateurs et des chargeurs qui mettent du fret sur les bateaux pour les îles. Mais pendant plusieurs mois, elle leur a plutôt compliqué la tâche avec beaucoup de lenteurs et des bugs. Si bien que certains professionnels sont revenus au format papier. Mais la Dpam assure que les pannes ont été corrigées et que Revatua devrait revenir à la normale, et même bientôt être encore plus performante. C’était une petite révolution dans le monde maritime : la dématérialisation des démarches administratives pour les déplacements des goélettes dans les îles. Baptisée Revatua, la plateforme permettait d’avoir l’information des plannings de desserte maritime, de dématérialiser les connaissements – le reçu des marchandises expédiés par la mer -, les manifestes détaillant les cargaisons, les plannings de rotations mais aussi les listes d’équipages, ou les fiches de mouvements des navires et de simples QR code pour suivre la marchandise, de l’embarquement jusqu’à la livraison. Les promesses : un gain de temps et des procédures administratives simplifiées. Lors de son lancement en 2021, le gouvernement était particulièrement content du démarrage : une majorité d’armateurs et plus d’une cinquantaine de chargeurs professionnels, dont la totalité des pétroliers, étaient inscrits, indiquait alors le conseil des ministres. L’année dernière, la plateforme, développée par la direction du système d’information du Pays et une société informatique locale, est devenue obligatoire. Le gouvernement voulait forcer la main aux professionnels qui restaient encore avec leurs formulaires papiers à passer au numérique. Mais quelques mois plus tard, c’est la désillusion. Utilisée désormais par de nombreux professionnels, chargeurs et armateurs, la plateforme s’est retrouvée saturée. « C’était pour accélérer le traitement de ces données. Nous par exemple, nous sommes souvent aux alentours de plus de 2 000 connaissements par bateau. Revatua devait nous permettre de gagner beaucoup plus de temps. On avait fait quelques tests avec un certain nombre de chargeurs et puis après on a généralisé, et c’est comme ça qu’on s’est aperçu qu’il y avait un problème de capacité de la plateforme », explique Philippe Wong le président de la Fédération des armateurs. https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/REVATUA-wong-probleme-capacite.wav Aujourd’hui le P-dg de l’Aranui explique même qu’ils ont « de longs moments d’attente » et il leur arrive de perdre les données. De quoi décourager les professionnels dont certains sont revenus au papier. « En ce moment, les choses se font à l’ancienne. C’est une bonne idée la digitalisation, c’est juste que là il faut régler entièrement le souci. Je pense que ça peut se faire rapidement, mais la balle est dans le camp de l’administration pour corriger ça. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/07/REVATUA-Wong-balle-camp-administration.wav La Direction polynésienne des affaires maritimes (Dpam) a effectivement saisi la balle. Elle assure que tout est en train de rentrer dans l’ordre. « La structure même de la plateforme n’était pas assez solide pour traiter autant d’informations, explique la directrice de la Dpam, Cathy Rocheteau. Comme dans tous projets, il y avait des choses à recalibrer. » Pendant quelques mois, la direction de ce service avoue avoir ferraillé dur pour gérer la colère des professionnels, et pour réussir à les garder motivés pour continuer à utiliser Revatua, tout en cherchant la solution aux problèmes informatiques. Et elle a été trouvée : les problèmes techniques ont été réglés et le serveur a déménagé, il est désormais chez un hébergeur, situé en France, plus puissant et donc plus réactif. La Dpam espère maintenant un retour à la normale rapidement. « C’est un grand soulagement aujourd’hui », disent-ils, même s’ils attendent de voir concrètement les résultats avant de crier victoire. Ils expliquent avoir aussi fait des améliorations : certains contrôles ont été simplifiés comme les documents demandés aux pétroliers, un total de 5 000 déclarations par an à vérifier une par une. Aujourd’hui la vérification se fera électroniquement, par croisement de données, et sera ensuite traitée directement par le service adéquat.