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Six SDF sur 12 complètent leur formation de commis de cuisine

Six des 12 SDF qui ont bénéficié de la formation « commis de cuisine » depuis septembre dernier, avec le soutien de l’Accueil Te Vai-ete de Père Christophe, ont reçu leur diplôme ce vendredi. Mais l’autre moitié a décroché : deux d’entre eux ont encore une chance d’obtenir leur diplôme, mais deux sont retombés dans l’ice, un autre est en prison pour une longue peine, et un autre est introuvable. En septembre prochain, une nouvelle session démarre, cette fois avec 12 femmes.

Six anciens SDF de l’Accueil Te Vai-ete, qui ont bénéficié du premier dispositif de réinsertion mis en place par le Campus des métiers et des qualifications de l’hôtellerie-restauration (CMQHR), ont reçu ce vendredi leur titre professionnel de commis de cuisine délivré par le CFPA. Moetai Brotherson, Chantal Galenon et Vannina Crolas étaient venus les féliciter.

Ce dispositif avait démarré en septembre dernier, avec d’abord une remise à niveau et une formation théorique entrecoupée de stages jusqu’en décembre puis, de janvier à juin, une formation pratique qui s’est traduite par l’ouverture du « restaurant éphémère » à l’Accueil Te Vai-ete de Mamao. « Je tiens à souligner, a déclaré le directeur du CFPA Jean-Michel Blanchemanche, que le jury d’examen, le même qui vient évaluer toutes nos sessions de formation au CFPA, c’est un jury de professionnels, ce jury nous a dit qu’il avait été fortement impressionné par le niveau de qualité culinaire qu’ont restitué les six stagiaires, et qu’ils étaient largement insérables pour pouvoir continuer dans le métier. »

« Certains sont déjà embauchés, d’autres ont des promesses d’embauche. C’est une nouvelle vie qui s’ouvre à eux », a déclaré Moetai Brotherson qui trouve que ce type de dispositif pourrait être décliné dans les métiers de la mer et de l’agriculture. Il a surtout salué leur persévérance, parce qu’ils ont suivi cette année de formation tout en continuant à vivre dans la rue : les « fare solidaires » construits à Te Vaiete et inaugurés en avril dernier ne sont toujours pas utilisables.

Pour Père Christophe, « un bilan mitigé », mais meilleur qu’espéré

Sur les 12 hommes de 21 à 49 ans qui avaient entrepris la formation, seuls six ont donc obtenu leur certification. C’est ce qui fait dire à Père Christophe que c’est « un bilan mitigé », tout en concédant qu’il est « largement au-dessus de ce qu’on espérait au départ ». Côté « plus »: des formateurs « d’une très grande humanité » et le réseau des Disciples d’Escoffier qui a permis de leur trouver des stages. Et bien sûr l’insertion : l’un est en CDI à la Villa Conti (lire encadré), deux viennent d’obtenir leur inscription en apprentissage en alternance Lycée hôtelier-Newrest, trois autres attendent leur embauche en CDI via le dispositif Tiama. Côté « moins », la gestation du projet qui a pris un an, et le décrochage parfois dramatique des autres. Deux d’entre eux sont retombés dans l’ice, un autre est en prison « pour un temps très long », et un autre a disparu, dit Père Christophe, qui assure que  « l’accompagnement n’a pas cessé au quotidien, mais va se poursuivre le temps qu’il faudra. »

Coût total de cette opération sur quasiment un an : 28 millions de francs, dont 30% assumés par l’Accueil Te Vai-ete.

Une nouvelle session avec 12 femmes en septembre

En septembre, le dispositif commence un nouveau cycle, cette fois avec 12 femmes dont « deux ‘iels »‘, dit Père Christophe, et en janvier prochain le restaurant éphémère rouvrira à Mamao. Il explique pourquoi ces formations ont été conçues en non-mixité : l’expérience du Sefi montre que les tane des femmes en formation « n’apprécient pas que leur copine soit trop longtemps dans une même pièce avec des hommes. »

Mais ce sera la dernière expérience, a dit Père Christophe en s’adressant aux membres du gouvernement, « l’idée c’est qu’une fois que c’est bien mis en place, on va vous refiler le bébé. On n’a pas vocation à devenir un centre de formation. »

« On voit qu’il s’est libéré d’un poids »

Embauché il y a bientôt 4 mois, le jeune homme sorti de la rue par cette formation est aujourd’hui second de cuisine à La Villa Conti, et donne entière satisfaction au propriétaire David Olhagaray. « Il a progressé. Au niveau professionnel, il a pris de l’ampleur, il est capable de tenir la cuisine, d’envoyer les plats, on lui fait même faire les pizza. Et puis c’est quelqu’un qui apprend, on voit qu’il a envie de faire des choses. Il arrive en avance, il ne rechigne jamais à faire quelque chose. On voit qu’il est mieux, qu’il s’est libéré d’un poids. » Sa femme doit le rejoindre dans deux mois, et cela devrait encore améliorer son équilibre, pense son patron. « Je pense qu’il est toujours un peu fragile. J’ai été au ministère avec lui, on sent qu’il est un peu gêné, qu’il a peut-être un peu honte de ce qu’il a fait avant. Moi je lui ai dit qu’il n’avait pas à avoir honte, il y a beaucoup de gens qui ont eu des mauvaises passes. »

 

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