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Syndicats d’enseignants et parents d’élèves unis contre la réouverture des écoles

Les fédérations de parents d’élèves de l’enseignement public, ainsi que de l’enseignement protestant et adventiste, et les principaux syndicats d’enseignants des secteurs public et privé, ont co-signé une lettre ouverte au haut-commissaire et au président du Pays dans laquelle ils expriment leurs inquiétude sur la reprise des classes à Tahiti et Moorea, une hypothèse qu’ils estiment « bien trop prématurée, voire dangereuse ». « Ne crions donc pas victoire ! » préviennent les signataires.

L’UNSA-Éducation, la FSU et FO-Éducation, et les fédérations de parents d’élèves des enseignements public, protestant et adventiste demandent une audience à Dominique Sorain et Édouard Fritch dans une lettre ouverte transmise vendredi soir aux autorités. C’est une première, qualifiée « d’union sacrée » par le président de la Fapeep, Tepuanui Snow. Un courrier commun qui permet aussi aux enseignants, normalement tenus au devoir de réserve, de faire valoir leur point de vue. Tous s’inquiètent des annonces qui vont être faites lundi et qui pourraient inclure la reprise des classes le 29 avril à Tahiti et Moorea, le cœur de l’épidémie en Polynésie française.

Une reprise qu’ils estiment « bien trop prématurée, voire dangereuse » alors qu’un nouveau cas a été détecté mardi dernier, ce qui devrait selon eux ouvrir une nouvelle période de confinement de 14 jours. La mesure leur semblerait « d’autant plus incompréhensible, que les premières structures à fermer ont été les écoles, collèges et lycées, à compter du 17 mars dernier, avant même l’annonce du confinement général. » Les signataires s’appuient sur les études médicales et scientifiques qui ont conclu que « les écoles sont des lieux de transmission forts » et que « les enfants sont des vecteurs potentiels de transmission de la maladie ».

« L’heure n’est plus à l’improvisation ! »

Ils citent notamment le cas du « rétropédalage » du Japon, qui a « réinstauré l’état d’urgence, après avoir décidé de rouvrir ses écoles prématurément. Ne commettons pas la même erreur ! » Parents d’élèves et syndicats considèrent qu’il est « tous simplement insensé » d’imposer aux élèves et aux enseignants une reprise sans fournir des garanties au préalable : protocole sanitaire strict adapté aux spécificités de chaque niveau d’enseignement, validé par les autorités de santé, et établies dans un cadre territorial commun à tous les établissements.

À tout le moins, les parents d’élèves ne veulent pas d’une réouverture obligatoire : « Accepter que l’enfant reste à étudier chez lui, avec la possibilité d’assurer un enseignement à distance est la seule solution aujourd’hui, pour rassurer les parents inquiets. » Et ils plaident pour une rentrée repoussée au mois d’août.

 « Dépistage généralisé de tous les personnels et de tous les élèves »

Au premier plan des revendications des parents d’élèves et des enseignants figure le dépistage de toutes les personnes appelés à fréquenter les écoles. Ils réclament également la désinfection des établissements et des transports scolaires, et la fourniture de gel, masques (pas en tissu) et gants pour tous, ou encore la limitation des effectifs par groupe.

Sachant que Tahiti et Moorea comptent près de 27 000 élèves, 1 180 classes et 117 établissements, sans compter les enseignants et personnels qui seraient près de 3 500. Soit autant de tests de dépistage à réaliser, alors que les autorités de santé n’en ont fait que 2 266 depuis le début de l’épidémie.

Syndicats et parents d’élèves dénoncent la priorité qui est donnée à l’économie, même s’ils reconnaissent que de nombreux parents, parmi les plus défavorisés, sont impatients de reprendre le travail pour retrouver une source de revenus. Les parents d’élèves à besoins spéciaux, privés des appuis que l’école leur apporte, sont également en grande souffrance, reconnaît Tepuanui Snow. Qui glisse aussi qu’au-delà de la reprise de l’activité économique, le gouvernement souhaite un retour à la normale assez rapide pour pouvoir procéder avant le 7 juin prochain au second tour des élections municipales sans devoir reprendre tout à zéro.

Dimanche soir, le gouvernement n’avait proposé aux enseignants qu’une rencontre lundi à 14 heures (et une autre à 16 heures pour les parents d’élèves) avec la ministre de l’Éducation et le vice-rectorat, ce que tous les signataires refusent pour l’instant. Ils prévoient de faire une conférence de presse lundi à 13h30.

Courrier Demande d’Audi…

 

 

 

 

 

 

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2 Commentaires

  1. 27 avril 2020 à 6h47 — Répondre

    Les motifs invoqués par les parents, enseignants et syndicats sont largement justifiés, on a la chance de n’être pas (encore) victime de cas graves alors pourquoi prendre le risque d’une rentrée prématurée alors que les élèves ne vont pas devenir incultes si on fait l’impasse sur les 3 ou 4 semaines ratées. Reporter cette rentrée en août ne serait qu’une décision sage.
    Ce qui inquiète c’est de ne pouvoir procéder au deuxième tour des élections municipales, certains, parmi les élus doivent s’inquiéter de tout reprendre à zéro, sait-on jamais ils pourraient voir leur siège ébranlé par une nouvelle donne.

  2. lesagetahiti
    27 avril 2020 à 8h04 — Répondre

    si on comprend bien le message: chaque fois qu’il y aurait un signalement, on devrait prolonger de 14 jours; autrement dit la perpétuité pour la population de Tahiti;
    soyons sérieux: autant leurs conseils de prudence sont légitimes, autant ne faut-il pas être rigoristes;

    on imagine que depuis le nouveau cas détecté il y a 5 jours, une enquête a été faite sur son entourage ( les personnes confinées avec lui ou elle), les personnes qu’il a rencontrées lors de ses rares déplacements, même dans son voisinage, et que ce « cluster » a été testé;
    normalement, les tests de dépistage doivent servir à cela, sinon ce n’est pas la peine de les stocker;

    ce n’est pas toute la population qu’il faut confiner, mais bien les personnes en contact avec le malade qu’il faut isoler;
    de toute façon, le Haut- Commissaire attendra cette semaine les décisions du gouvernement à Paris pour arrêter les modalités de reprise des écoles;

    les syndicats enseignants et les parents d’élèves devraient faire preuve de mesure.

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