ACTUS LOCALESÉVÉNEMENTSOCIÉTÉ Les métiers liés aux chiens en plein boom Nanihi Laroche 2025-09-21 21 Sep 2025 Nanihi Laroche Au-delà de la sensibilisation, cette première édition des Tahiti ʻUri Days ont mis en lumière un secteur économique en plein essor : celui des métiers autour du chien. Gardiennage, éducation canine, toilettage, création de matériel ou dog-walking… autant d’activités qui se développent rapidement en Polynésie. « Cette mutation du marché canin » est due à un « changement dans les habitudes et les habitats des gens », qui vont désormais vers « les bichons plutôt que les pitbulls », explique Florent Bizard, vice-président de l’ordre des vétérinaires de Polynésie. Cet évènement était l’occasion de découvrir des professions encore méconnues, mais aussi de faire le point sur les objectifs du Pays sur la question des animaux domestiques. Lire aussi : Tahiti ‘Uri Days : des rencontres et débats pour faire évoluer la place du chien au fenua Berger allemand, malinois, ou encore chihuahua, tous étaient au rendez-vous, accompagnés de leurs maitres et autres amoureux des animaux, à Paea pour la première édition des Tahiti ‘Uri days. Organisé par le Sigfa – la fourrière intercommunale de Punaauia et Paea – dans la salle Manu Iti, l’évènement visait à sensibiliser le public à la place du chien dans la société polynésienne, au travers d’ateliers, de conférences, de stands ou encore de concours canins. Mais aussi, à mettre en lumière l’activité économique en pleine croissance dans le domaine des animaux domestiques. « Il y a plein de métiers à créer autour du chien » Avec près d’une « cinquantaine de personnes présentes rien que vendredi », le directeur de la fourrière Matarii Maire se dit ravi mais reconnait tout de même : « On aurait aimé en avoir plus parce qu’on a quand même 400 places disponibles ». Au niveau des conférences, on avait à peu près le même nombre de personnes que « l’année dernière avec la journée mondiale du chien, donc une dizaine, voire une quinzaine de personnes qui sont venues par jour, pour discuter. L’objectif premier est donc de sensibiliser et d’instruire la population sur la place du chien dans la société et dans les foyers, pour réduire la négligence et la maltraitance. Mais ce n’est pas le seul but de ces deux journées : « Les autres objectifs, c’est aussi de faire connaître les acteurs dans le milieu, explique l’organisateur de l’évènement. On est là pour faire la promotion, car il y a plein de métiers autour du chien. Donc l’idée, c’est de créer des activités économiques, parce qu’on travaille pour les communes et que les tavana ont à cœur de développer leur collectivité. Depuis qu’on existe, on a vu plein de gens, après des interactions avec nous, créer leur activité, notamment de gardiennage « . https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/CHIEN-1-metier.wav « Les Polynésiens sont passés du pitbull au bichon » Face à l’intérêt suscité par l’évènement, les organisateurs envisagent déjà une édition élargie en 2026 : « On aimerait consacrer un mois entier aux chiens, et pas seulement deux ou trois jours. On va mieux préparer cela », confie Matarii Maire. Mais ce n’est pas le seul projet pour l’année prochaine, car le Sigfa prévoit de mettre en place de nouveaux outils, « pour aider les associations à se structurer et surtout à se professionnaliser », en prenant exemple « sur la SPA en France », dit-il, certain que cela accentuera « le boom des métiers dans le domaine ». Bien qu’il n’y ait pas encore de chiffre sur le nombre exact de nouvelles entreprises dans le secteur, selon Matarii Maire, dit voir de plus en plus d’entreprises se former « et surtout se consolider, dans des domaines comme le petsitting (gardiennage), l’éducation canine, ou encore dans la création de matériaux pour chiens ». Une tendance confirmée par Florent Bizard, vice-président de l’ordre des vétérinaires de Polynésie, qui ajoute : « Il n’y a pas si longtemps, il n’y avait pas beaucoup de variété de métiers dans le milieu animal outre vétérinaire, maintenant les disciplines continuent d’apparaître comme le dog-walking, pour les gens qui n’ont pas le temps de promener leur animal. » Parmi les métiers en pleine expansion se trouve notamment le toilettage canin. « Quand je suis arrivé il y a 11 ans, il n’y avait qu’un seul toiletteur sur le territoire, maintenant il doit y en avoir trois à quatre à domicile, plus un salon », indique le vétérinaire. Cette « mutation dans le marché du chien vient d’un changement dans les habitudes des gens, mais aussi et surtout dans l’habitat ». Avec l’augmentation du nombre de personnes qui vivent en appartement plutôt qu’en maison, il a fallu s’adapter à l’espace, ce qui explique pour le vice-président « que les Polynésiens soient passés du pitbull au bichon ». Cet intérêt pour les chiens de petite et moyenne taille vient avec « de nouveaux besoins qu’il faut adresser, comme la mode des poils longs qu’il faut entretenir ». En revanche, dans ce marché en pleine croissance, les vétérinaires sont, eux, assez nombreux, selon Florent Bizard. Faire vivre un cabinet demande une importante clientèle, et de nouvelles ouvertures seraient « difficiles financièrement », sauf « si les gens se mettent à soigner davantage leurs animaux. » « Braconnage, trafic ou même consommation de viande de chien » Sur place, les conférenciers ont présenté des métiers mal connus autour des animaux domestiques. C’est le cas du major Rodolphe Mancip, qui est intervenu « pour expliquer le rôle de l’Oclaeps (Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique, service de police judiciaire de la gendarmerie, ndr), un organisme national et territorial, qui traite dans le domaine de la maltraitance animale des procédures légales pour la Polynésie française, précise-t-il. On peut être amené à travailler sur toutes les formes de maltraitance animale, que ce soit un propriétaire qui maltraite son chien ou tout animal, ou sur du braconnage, du trafic ou même la consommation de viande de chien ». https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/09/CHIEN-2-oclaes.wav D’autres personnes comme Maud avec son berger allemand, Nala, ont aussi participé aux activités. « Je fais partie du club des Wolfs – cours d’éducation canine – et à l’occasion de la journée du chien, on va faire une petite démonstration de ce qu’on apprend dans le club, pour inciter les gens à s’intéresser au dressage« . Une politique animale en construction Le ministre en charge de la Cause animale, Taivini Teai, était également présent et a prononcé le discours d’ouverture vendredi, dans lequel il a rappelé que : « la cause animale n’est pas secondaire : elle touche à la santé publique, à la cohésion sociale et à nos valeurs de respect du vivant . » Selon le communiqué du Pays, le gouvernement entend jeter les bases d’une politique de protection animale durable, articulée autour de cinq axes majeurs. Il s’agit d’abord « d’établir un état des lieux précis de la population canine et des cas de morsures, puis de lutter contre la maltraitance et l’abandon avec la mise en place de nouveaux outils de contrôle et de sanction, mais aussi de promouvoir davantage la stérilisation et l’identification des chiens, ainsi que de soutenir les communes dans la création de fourrières et d’infrastructures adaptées, et enfin, de mettre en place une large campagne d’éducation et de sensibilisation, dès le plus jeune âge ». Le ministre a assuré les associations, les vétérinaires et les communes de l’appui total de son ministère dans la mise en œuvre de ces actions.