ACTUS LOCALESFAITS DIVERS

Une minute, six coups de feu, un mort… Le procureur veut « rétablir les faits » de Taravao


Vingt-quatre heures après la mort d’un trentenaire, abattu alors qu’il agressait deux gendarmes avec une machette, le procureur Hervé Leroy a fait le point sur la « réalité des faits » tels qu’établis « à ce stade » par les enquêteurs. Parmi les nouveaux éléments, le fait que la victime, connue de la justice, était atteinte d’une maladie psychiatrique et aurait stoppé son traitement. Apparaissent aussi des questions sur l’inefficacité du taser qu’un des militaires, toujours en garde à vue, a voulu utiliser avant de sortir son pistolet.

Hervé Leroy le sait : beaucoup de choses ont été dites, ces dernières 24 heures, sur les circonstances de la mort d’un homme de 30 ans, abattu par deux gendarmes lors d’une interpellation, mercredi matin à Taravao. Le procureur de la République a donc fait le point sur les premiers éléments de l’enquête. Ou plutôt des deux enquêtes : la première, confiée à la brigade de Faa’a, est centrée sur le trentenaire abattu, suspecté de « tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique ». La seconde, au centre de la prise de parole du magistrat, est menée par la section de recherche de Papeete pour « violence volontaire avec une arme ayant entrainé la mort sans intention de la donner », par les gendarmes. Le récit du procureur se base donc avant tout sur les déclarations des deux gendarmes mobiles, dont la garde à vue a été prolongée, mais aussi sur les « éléments matériels » et témoignages qui ont été récoltés sur place par les enquêteurs de la gendarmerie. 

La victime en « rupture de soins » psychiatriques

Les deux militaires en patrouille avaient été sollicités par un habitant de Taravao, victime d’un cambriolage. L’auteur des faits serait toujours dans les parages, et des riverains indiqueront bientôt la servitude de l’ancienne brasserie de Afaahiti, où aura lieu le drame quelques minutes plus tard. L’homme, désigné par les témoins comme l’auteur du vol, s’y trouve bien et c’est le chef de patrouille qui se lance d’abord à ses trousses, répétant, d’après le procureur : « Gendarmerie, arrêtez-vous ! » Le suspect finit par arrêter sa course mais seulement pour jeter une pierre sur le militaire qui se trouve alors à une quinzaine de mètres de lui. Il n’est alors pas encore identifié, mais l’homme de 30 ans est connu de la justice, avec notamment à son actif des condamnations pour « violences volontaires » et « usage de stupéfiants ». Et surtout, il est atteint d’une pathologie psychiatrique, d’après le procureur. Une pathologie « qui nécessitait des soins réguliers ». Selon certains témoins le trentenaire « avait rompu son traitement », « ce qui a généré vraisemblablement ce qui s’est produit ce 4 janvier », pointe le procureur.

Le militaire, qui « esquive » le jet, sort alors son pistolet à impulsion électrique, fait des sommations, toujours d’après les déclarations des gendarmes, puis tire. Un coup de taser qui aurait pu mettre fin à l’escalade. Sauf que ce tir, auquel certains témoins confirment pourtant avoir assisté, « s’est révélé inefficace pour des raisons qu’il conviendra d’éclaircir », note Hervé Leroy. Et l’interpellation, elle, prend une autre tournure. Le « fuyard » exhibe un « coupe-coupe » doté d’une lame de 35 centimètres, s’approche du chef de patrouille « en manifestant l’intention de lui porter des coups de machette ». Voyant son collègue en difficulté voire en « danger de mort », le deuxième gendarme, lui aussi descendu du véhicule mais resté en retrait, dégaine son pistolet et là encore après sommations, tire une première fois. « Le porteur de l’arme blanche létale a continué son action et le binôme tire une seconde fois, sans effet », précise le procureur.

« Le coupe-coupe voletait »

Un de ces deux tirs aurait tout de même touché l’auteur supposé du vol à la hanche – ce que l’autopsie pratiquée ce jeudi midi doit encore confirmer –  ce qui ne l’empêche pas de devenir plus menaçant. Avec sa machette, il « tente d’atteindre des zones vitales sur la personne du gendarme » qui se trouve alors à environ un mètre de lui. Visé à la tête et à la gorge, le gendarme « a le réflexe d’esquiver », mais « le corps à corps était tel que sa vie était très gravement menacée ». C’est alors qu’il « fait usage de son arme à feu à quatre reprises », pose le magistrat. Pas de précisions officielles sur les zones d’impact, mais d’autres sources indiquent qu’au moins deux balles du « pistolet automatique » l’auraient atteint à la poitrine. Interrogé sur la possibilité par le gendarme de viser des zones moins létales, Hervé Leroy répond qu’il est facile de « ‘faire du il y a qu’à, faut qu’à’ depuis un fauteuil ». « Les faits se sont passés très vite, moins d’une minute », rappelle-t-il. Certes, le gendarme auteur des deux premiers tirs, qui cherchait à secourir son collègue « menacé de passer vie à trépas » était à une « certaine distance rapprochée » qui lui a permis d’orienter son tir. Mais son chef de patrouille, lui, « était à moins d’un mètre de la personne ». « Et le coupe-coupe voletait au niveau de sa tête et au niveau de sa gorge, insiste le magistrat. Donc il a fait usage de son arme à feu à quatre reprises, comme il a pu ».

L’intention d’homicide du côté de la victime, « pas des gendarmes »

Le trentenaire tombe au sol et les deux gendarmes « lui portent immédiatement secours » reprend Hervé Leroy. Malgré un massage cardiaque (semble-t-il pratiqué alors que la victime « respirait encore »), l’appel des urgences, alors toutes proches, et l’intervention de voisins dont un est pompier secouriste, le jeune homme décède. L’enquête est toujours en cours, mais « en l’état des investigations », le chef du parquet ne semble avoir que peu de doute sur l’état de légitime défense dans lequel ont agi les deux militaires en garde à vue. « Malheureusement, les gendarmes n’ont pas pu faire autrement que de faire usage de leur pistolet de dotation car il y avait un péril grave sérieux, imminent pour le chef de patrouille », précise-t-il. Et si le procureur dit « penser » à la douleur des familles, il précise que ces gendarmes, comme leurs collègues d’ailleurs, « sont aussi particulièrement attristés, affectés de la situation et d’avoir été dans l’obligation d’utiliser leur arme à feu ».

Pour répondre aux commentaires, nombreux, et à l’émoi particulièrement important à la Presqu’île, Hervé Leroy rappelle que la gendarmerie effectue « des milliers » d’interventions chaque année au fenua « de façon parfaite ». « Ça n’est jamais satisfaisant pour un gendarme de sortir son arme de service pour neutraliser une personne qui tente d’attenter à sa vie », précise le procureur, qui ne voit, à ce stade de l’enquête, « pas d’intention d’homicide » de la part des auteurs de coups de feu. « Par contre celui qui était en face l’avait, insiste-t-il. Ce n’était pas pour le piquer mais pour lui trancher la gorge. »

Article précedent

Le muto'i violent sera jugé le 30 janvier

Article suivant

Journal de 7h, le 06/01/2023

Aucun Commentaire

Laisser un commentaire

PARTAGER

Une minute, six coups de feu, un mort… Le procureur veut « rétablir les faits » de Taravao