ACTUS LOCALESJUSTICE Viols incestueux aux assises : la théorie du complot de l’accusé mise à mal Pascal Bastianaggi 2025-04-10 10 Avr 2025 Pascal Bastianaggi La deuxième journée du procès du septuagénaire accusé de viols incestueux sur une période de près de 20 ans s’est poursuivi ce matin. Si l’accusé maintient toujours sa théorie du complot, celle-ci prend de plus en plus l’eau, surtout après le rapport du psychologue qui l’a qualifié de pervers narcissique et sexuel à tendance pédophile. Lire aussi : Obsédé sexuel, il abuse de trois jeunes filles de sa famille L’audience a débuté par une visioconférence avec le gendarme qui avait entendu l’accusé à trois reprises lors de sa garde à vue. Sans surprise, l’enquêteur déclare que l’accusé niait les viols, ne reconnaissant que les attouchements, qu’il assimilait à des « câlins ». Interrogé par la présidente de la cour d’assises sur ses déclarations en garde à vue, Hubert a, comme à son habitude, remis en question la probité de l’enquêteur. Il affirme que l’adjudant-chef notait ce qu’il voulait sans tenir compte de ses propos. Quant à l’avocate qui l’assistait durant l’interrogatoire, celle-ci « dormait ». Il maintient sa position : « il n’y a jamais eu de viols, c’est un coup monté. » « Un homme c’est un chasseur, et une femme ne doit pas aller dans des endroits difficiles » La présidente l’interroge : « c’est quoi pour vous, la différence entre des attouchements et un viol ? » « Bah, si une femme touche un homme ce n’est pas grave, mais si un homme touche une femme, là c’est grave. » Il pousse son raisonnement qui l’emmène droit dans le mur : « un homme c’est un chasseur, et une femme ne doit pas aller dans des endroits difficiles. » La présidente insiste, « et c’est quoi un viol ? » « On saute dessus et on pénètre sans autorisation. » Dans son raisonnement, si une femme accepte quelques caresses et baisers c’est qu’elle est d’accord pour aller au bout. L’avocat général, Michel Mazars, saisi la perche tendue par l’accusé et d’un ton où perce l’agacement lui demande, « si vous faites des câlins et que la petite dit non, vous vous arrêtez ? » L’accusé s’énerve. « Je ne les ai pas touchées, c’est vous qui mettez du piment là. Est-ce que j’ai une tête de menteur ? » Ancien boxeur titré en métropole, malgré son âge avancé le septuagénaire en impose encore. Et si l’on se remémore que les premiers faits remontent à 20 ans on imagine bien la terreur qu’il devait inspirer à ses victimes. Impossible de lui dire non. Elle épouse la théorie du complot imaginée par l’accusé Le seul témoignage qui va dans le sens que l’accusé souhaite est venu de sa compagne actuelle. La seule qui le visite en prison. Elle explique qu’elle n’a jamais eu de problème avec lui, « sexuellement parlant » et qu’il ne serait pas capable de faire ce dont on l’accuse. Elle minimise sa consommation d’alcool alors que tous s’accordent à dire qu’il avait une bonne descente. Elle épouse la théorie du complot imaginée par l’accusé, « bizarrement c’est quand il a demandé à ses enfants de quitter la maison que la plainte pour viol a été déposée. » Pour elle pas de doute, « c’est une vengeance pour récupérer la maison. » L’avocat général intervient : « Vous n’imaginez pas un seul instant qu’ils voulaient se venger simplement des viols ? Si on violait un de vos enfants vous n’auriez pas envie de vous venger ? » Elle baisse la tête et lâche un « oui » du bout des lèvres. Un pervers narcissique et sexuel à tendance pédophile Dans l’après-midi, ce sont deux psychologues qui se sont succédé à la barre. Le premier s’est entretenu avec Sylvia et Reva. Concernant Sylvia, la petite-fille de l’accusé, le spécialiste note « qu’elle se sent abandonnée, qu’elle a un manque affectif et une forte mésestime de soi. » Il relève aussi qu’elle n’avait aucune confiance envers ses parents et donc, « difficile de raconter les faits de peur qu’on la croie consentante. » D’autant que son grand-père, « la traitait comme une prostituée en lui donnant de l’argent. » Sur les traumatismes engendrés par les actes de son grand-père : colère, excès de boissons, de cannabis, alimentation boulimique et dépression, le psychologue explique que pour elle, sa vie n’a aucun sens. Concernant Reva, abusée à 6 ans, le mécanisme est le même. Culpabilité, honte, perte de confiance envers les adultes et difficulté d’avoir des relations saines avec les autres. Quant aux conséquences, « elle s’est adonnée au sexe sans en ressentir de plaisir, puis l’alcool, la drogue et la prostitution. » Le dernier expert s’est attaché à brosser un portrait de l’accusé. Sans surprise il en ressort, « une haute opinion de lui-même, un positionnement de victime. » Il fonctionne selon trois modes, « séduction, emprise et domination » sans éprouver la moindre empathie pour ses victimes. Le portrait parfait du « pervers narcissique » doublé d’un « pervers sexuel à tendance pédophile » pour qui les femmes sont toutes des « putains ». Il termine son exposé en déclarant : « Il a un intellect correct, pas de déficience, il est conscient et responsable de ses actes. » Les plaidoiries et les réquisitions se tiendront demain, avec en fin de journée le verdict. L’accusé encourt 20 ans de réclusion criminelle.