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15 mois de prison avec sursis requis contre Jean-Christophe Bouissou et Dominique Auroy

L’ex-ministre du Tourisme Jean-Christophe Bouissou et l’homme d’affaires Dominique Auroy étaient entendus ce mardi au tribunal de Papeete pour prise illégale d’intérêts et complicité de prise illégale d’intérêts dans le cadre du projet Écoparc. Un dossier dans lequel la justice soupçonne Jean-Christophe Bouissou d’avoir touché des pots-de-vin de la part de Dominique Auroy, afin qu’il appuie le projet auprès du gouvernement. Le délibéré sera rendu le 24 juin.

L’ex-ministre Jean-Christophe Bouissou et l’homme d’affaires Dominique Auroy comparaissaient pour prise illégale d’intérêts et complicité de prise illégale d’intérêts dans le cadre du projet Écoparc. Un projet initié par Dominique Auroy qui prévoyait l’implantation de deux hôtels, d’un golf et d’un téléphérique dans la vallée de la Papeeno. Ce projet n’a jamais vu le jour tant l’opposition de nombreuses associations environnementales et culturelles était forte.

Jean-Christophe Bouissou est soupçonné par la justice d’avoir fait du lobbying pour ce projet auprès du gouvernement Fritch. Alors représentant à l’assemblée (il sera nommé ministre du Tourisme d’Edouard Fritch deux semaines après), signe en tant que président de la station de radio Taui FM, le 1er septembre 2014, une convention avec la Régie polynésienne de publicité (RPP) appartenant à Dominique Auroy.  Par cette convention la RPP se chargeait de la vente d’espaces publicitaires sur les ondes de Taui FM et s’engageait à lui verser l’équivalent de son chiffre d’affaires annuel. Soit des versements d’environ 3 millions par mois. Au total ce sont ainsi 52 millions de Fcfp qui ont été versés à Taui FM, avant que la convention ne soit résiliée en octobre 2015 par Dominique Auroy.

À noter que cette affaire avait été révélée par Pierre Marchesini, à l’époque directeur général du groupe La Dépêche, alors qu’il était interrogé dans le cadre d’un autre dossier. Marchesini, en révélant ces faits, avait précisé aux enquêteurs agir ainsi « par vengeance à l’encontre de Dominique Auroy ». Les relations entre les deux hommes, autrefois amis, s’étaient détériorées, et Dominique Auroy reprochait à Marchesini sa mauvaise gestion de La Dépêche, ainsi que l’embauche dans le groupe du fils de Marchesini.

« C’est de la délation, les faits exposés sont archifaux »

À la barre Dominique Auroy ne mâche pas ses mots, « C’est de la délation, les faits exposés sont archifaux ! » Il relate : « On a commencé à parler de cette convention entre les deux régies publicitaires en juin 2014. Jean-Christophe Bouissou n’était alors pas ministre et le contrat a été signé avant qu’il ne soit appelé dans cette fonction. » « Je n’ai pas de boule de cristal » ajoute-t-il, sous-entendant qu’il ne pouvait pas prévoir l’accession à la tête du Pays d’Édouard Fritch, qui allait nommer Bouissou ministre du Tourisme. Il poursuit, « le contrat passé entre les régies était une mauvaise affaire, c’est pour cela que je l’ai résilié. »

Le juge l’interroge alors sur sa relation avec Jean-Christophe Bouissou. « C’est un ami, il est honnête et courageux ». Il regarde le magistrat et assène : « amitié n’est pas synonyme de malhonnêteté » Le juge lui rétorque, « vu de l’extérieur, on dirait un ami qui use de son influence pour en aider un autre. D’autant qu’il était le seul à soutenir ce projet. Les autres ministères intéressés, comme la culture, l’environnement, ne faisaient rien. » « C’est un acharnement contre ma personne », maintient l’homme d’affaires.

« À l’époque, je ne savais pas que j’allais être nommé ministre »

De son coté Jean-Christophe Bouissou met lui aussi en avant la chronologie des faits pour argumenter de sa bonne foi, « À l’époque, je ne savais pas que j’allais être nommé ministre. Il n’y a pas de favoritisme. » Quant au « comité de pilotage du développement économique du centre de l’île de Tahiti » que la justice soupçonne d’avoir été créé pour l’occasion, l’ex-ministre assure qu’il n’a jamais présidé ce comité qui créé et dirigé par Édouard Fritch. « D’ailleurs il a été créé quatre mois après la dénonciation de la convention entre RPP et Taui FM, et le nom d’Ecoparc n’apparait pas dans ce comité de pilotage et cela fait toute la différence. »

La procureure prend la parole. Elle rappelle les antécédents judiciaires des deux hommes avant de prononcer ses réquisitions. Pour elle, il y a prise illégale d’intérêts et complicité de prise illégale d’intérêts. « Les pots-de-vin transitent par le biais des régies publicitaires et cela contrairement aux intérêts du groupe La Dépêche qui depuis a fermé. »  Elle réclame à l’encontre des deux hommes une peine de 15 mois de prison avec sursis et une amende de deux millions Fcfp.

« Un procès caricatural »

Du coté des avocats de la défense, les arguments sont plus ou moins les mêmes. L’un dénoncera un « procès caricatural où l’on donne foi aux assertions d’un homme à la réputation sulfureuse, Marchesini, animé par un esprit de vengeance. » L’ultime argument étant la chronologie des faits, « Jean-Christophe Bouissou n’était et ne savait pas qu’il allait être nommé ministre au moment de la convention entre les régies publicitaires. » Quant à l’autre, venu de Paris pour le procès, il dénonce « un acharnement » à l’encontre de Dominique Auroy et se fait un malin plaisir à pointer du doigt, « la chronologie des faits qui ne fonctionne pas. Comment prévoir la destitution de Gaston Flosse le 5 septembre 2014, puis la nomination d’Édouard Fritch à la tête du Pays et celle de Jean-Christophe Bouissou comme ministre, et de surcroit du Tourisme ! » Ils réclament tous deux la relaxe de leur client. Le délibéré sera rendu le 24 juin.

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