ACTUS LOCALESSOCIAL À l’OPT, la CSIP exige un « pacte » pour garantir le financement des services publics Charlie Réné 2025-09-03 03 Sep 2025 Charlie Réné La première réunion de négociation a eu lieu ce mercredi après-midi autour des préavis de grève déposés dans les principales filiales du groupe OPT. L’intersyndicale menée par la CSIP, majoritaire, demande des revalorisations salariales et indemnitaires généralisées, mais exige surtout davantage de clarté dans la stratégie de la direction et du gouvernement pour le groupe public. Protection face à Starlink, transparence du « dossier Google », reconnaissance des missions de service public, notamment dans les îles… Le syndicat de Cyril Le Gayic propose un pacte « triennal ou quinquennal » avec le Pays pour « garantir » le financement de l’office, qui s’est enfoncé dans le déficit. Lire aussi : Menaces de grève à la Polynésienne des eaux et à TSP Ce n’est pas un, mais cinq préavis de grève qui ont été déposés ces derniers jours au sein du groupe OPT. Onati, Fare Rata, Vini Distribution, Marara Paiements, et la holding qui chapeaute l’ensemble des filiales de l’office… Les principales entités du groupe, qui comptait environ 1200 collaborateurs au dernier décompte, sont menacées d’un mouvement programmé pour le lundi 8 septembre. Pas le premier, loin de là, pour la structure publique, dont la dernière grève d’ampleur remonte à peine à un an, en juillet 2024. Comme l’année passée, ce mouvement s’inscrit dans un contexte social déjà très tendu – un conflit qui patine dans le commerce, des négociations qui durent dans l’hôtellerie, et un blocage sans discussions à la flotille administrative, sans compter les actions lancés à la Polynésienne des eaux et dans le groupe TSP-Enviropol-Technival – mais comme l’année passée, il est est centré sur de revendications propres à l’office. Elles ont été mises sur la table lors d’une première réunion ce mercredi. Une prise de contact pour « dégrossir » les 15 points de revendication, précise-t-on du côté de la CSIP, majoritaire au sein du groupe OPT, et qui mène ce mouvement auquel se sont joints, « par solidarité » comme le dit Lucie Tiffenat, les syndicats Otahi, CSTP-FO et O oe to oe rima. Salaires, primes et PV Quinze points, donc, au premier rang desquels figurent des revendications salariales et indemnitaires. Le syndicat de Cyril Le Gayic reproche à la direction de n’avoir effectué aucune revalorisation sur douze mois glissant, et revendique, sur la base de la convention interne, une augmentation générale et « en valeur absolue » des salaires de 5500 francs. Suivent plusieurs demandes de revalorisation de primes et d’indemnités, : de « chef de boutique », de frais de restauration, de mission dans les îles… Le cahier demande même une « prise en charge des PV pour défaut de parking attribué au personnel de la ville ». L’organisation en profite pour demander la mise en place de l’accord sur le télétravail, dénoncer toutes les formes de pénalités et retenus sur salaires, demander la fermeture des boutiques à l’horaire fixe de 18 heures, et surtout un quota d’avance de 30% des effectifs tous les ans, avec un rattrapage pour les agents les plus anciens n’ayant pas changé d’échelons ces dernières années. Certaines revendications sont propres à chaque filiale : situation des temps partiels chez Onati, positionnement commercial peu clair et dénonciation du soutien de la concurrence par le Pays chez Marara Paiements, harcèlement au travail chez Fare Rata… « Engagement clair et ferme » sur les subventions Mais le cœur de ce cahier de revendication est aussi tourné vers la « stratégie » du groupe, sur laquelle les militants demandent des clarifications tant à la direction qu’au gouvernement. « Nous exigeons que le Pays confirme l’avenir des missions de service public déjà reconnues et confiées au groupe OPT », écrit ainsi l’intersyndicale, rappelant que le groupe assure « seul la couverture des zones de désert bancaire, postal et numérique ». « Internet, téléphonie mobile, inclusion bancaire, transport de fonds » sont pour les représentants des salariés de l’OPT des missions de service public, tout particulièrement dans les archipels éloignés, « où le groupe OPT reste souvent le seul lien de proximité pour les familles et les entreprises ». Et qui dit service public, dit financement public : le préavis « exige un engagement clair et ferme du Pays à garantir les subventions nécessaires, avec des financements transparents et pérennes, pour assurer la continuité du service et la sécurité de l’emploi ». L’intersyndicale menée par la CSIP met même sur la table une « proposition » : « négocier avec les pouvoirs publics un pacte triennal ou quinquennal garantissant le financement la reconnaissance officielle de ces missions », et intégrer dans ce pacte « des clauses de compensation financière et de soutien logistique ». « Pas de restructuration, pas de casse sociale » L’emploi semble être au centre des inquiétudes de la CSIP, qui demande, comme dans son préavis de l’an dernière, à éloigner la menace Starlink en « confirmant et renforçant » les mesures d’interdiction et en associant les agents aux « choix qui concernent l’avenir des télécoms et la couverture des îles. Même méfiance envers le « dossier Google », sur lequel il est exigé « un point d’étape clair complet et transparent », et une discussion sur ses conséquences en termes « d’emplois d’infrastructures et de souveraineté numérique ». Aucun doute : la préservation des emplois au sein du groupe doit être « la priorité absolue » de la nouvelle stratégie préparée par la direction. Tant pis pour la réduction du déficit de 2,3 milliards de francs constaté en 2023 : « pas de restructuration, pas de casse sociale », enjoint le syndicat, « le groupe OPT doit rester un outil au service du Pays et de ses agents, et non une variable d’ajustement financière ». « Engagement clair et ferme » sur les subventions Autant de revendications qui seront difficiles à faire aboutir dans la situation actuelle de l’OPT. Elles rejoignent pourtant, sous certains aspects, les propositions formulées par Warren Dexter lors de la dernière discussion à Tarahoi au sujet de l’office. Alors que le gouvernement est critiqué, au sein même de sa majorité, pour le manque de clarté de sa stratégie concernant le groupe public, chaque année plus coûteux pour les comptes du Pays, le ministre des Finances, qui a récupéré en février le portefeuille des postes et télécommunications un temps confié à Vannina Crolas, avait expliqué qu’au vu de ses missions, et de ses investissements passés, l’OPT était condamné à ne pas être rentable. « On n’a pas de recette miracle, le caillou dans la chaussure c’est le service dans les îles, précisait-il. Tous les ans il faut entretenir tous ces actifs, avec des rentrées qui sont bien inférieures à ce que ça coûte. Il faut qu’on puisse se dire que toutes les activités qui sont déployées dans les autres archipels, c’est du service public, parce que jamais ça ne pourra être rentable. L’idée c’est vraiment d’arriver à un schéma de DSP. » Les négociations à l’OPT, qui doivent se poursuivre ce jeudi après-midi, seront peut-être l’occasion pour la direction, et surtout pour le gouvernement, de préciser ses orientations stratégiques, attendues par les salariés, autant que par les élus de l’assemblée.