ACTUS LOCALESÉCONOMIE L’OPT condamné à être déficitaire, dit Warren Dexter qui envisage une DSP dans les archipels Caroline Perdrix 2025-06-16 16 Juin 2025 Caroline Perdrix À l’occasion de l’approbation des comptes 2023 de l’OPT, qui font ressortir un déficit global de 2,37 milliards de Fcfp, le ministre en charge des Postes et télécommunications, Warren Dexter, l’a dit clairement : une grande partie des activités de l’OPT aura toujours besoin du soutien budgétaire du Pays. Il envisage la mise en place d’une délégation de service public dans les archipels pour limiter la casse, en tout cas sur le papier. Jeudi dernier à l’assemblée, les élus ont approuvé les comptes 2023 de l’OPT, non sans débats. D’abord sur le retard de présentation de ces comptes, qui ont été transmis à l’assemblée fin 2024, ce qui est déjà tardif, mais dont l’inscription en séance plénière a pris six mois de plus. Mais c’est surtout le déficit consolidé du groupe OPT qui interpelle, puisque malgré les subventions du Pays les comptes 2023 finissent dans le rouge à hauteur de 2,37 milliards de francs, 350 millions de plus qu’en 2022. Et ce ne sera pas mieux en 2024, a annoncé la direction du groupe aux élus de la commission de l’Économie. Filiarisation et échec de la péréquation interne La réforme qui a divisé l’OPT en filiales, Onati d’une part qui est encore rentable mais dont le résultat est érodé par la concurrence, et Fare Rata d’autre part qui regroupe les activités postales structurellement non rentables, ne produit pas les effets escomptés. La péréquation interne prévue ne parvient pas à rééquilibrer les comptes. Plus de deux ans après son arrivée aux affaires, le gouvernement n’a guère avancé sur le sujet, d’abord confié à Vannina Crolas, puis, en février dernier, au ministre de l’Économie et des Finances Warren Dexter. Un audit financier du groupe annoncé pour cette année n’a pas encore été produit, et un « audit de gouvernance » confié à la Direction des talents et de l’innovation, est également prévu pour la fin d’année, voire pour le début de l’année prochaine. Les élus Tavini, à commencer par Béatrice Le Gayic, l’une des rapporteures du rapport présenté à l’assemblée, s’interrogent sur le manque de clarté de la stratégie, plus d’un an après la nomination de la nouvelle PDG, Hina Delva. Le « plan de redressement des équilibres financiers » du groupe, qui devrait faire l’objet de rapports réguliers à la commission de l’Économie, reste nébuleux pour les élus. Côté bleu ciel, on critique « la gouvernance éclatée » de l’OPT, on insiste sur la nécessité de préserver la « souveraineté numérique » du Pays, et on demande la signature d’un « contrat d’objectifs et de performance » entre l’OPT et le Pays et l’établissement d’un budget pluriannuel, avec un contrôle politique clair. Politique, aussi parce que « nous ne souhaitons pas être la majorité qui aura mené le groupe OPT au plan social », a déclaré Vahinetua Tuahu du Tavini. Warren Dexter, qui a hérité de la tutelle de cette patate chaude en février dernier, a résumé les causes du mal : « Pendant des années l’OPT a investi à tour de bras, sans considération de rentabilité, en particulier dans les îles. Vers 2012-13, avec l’arrivée de Vodafone, les voyants ont commencé à s’allumer parce qu’ils ont commencé à prendre des parts de marché. Il y a eu aussi la diminution de l’activité postale avec l’explosion du numérique. Si vous ajoutez à ça les dividendes que le Pays a prélevés sur l’OPT de 2006 à 2016, je rappelle que c’est quand même 14 milliards, vous avez aujourd’hui l’explication à la situation désastreuse dans laquelle on se trouve. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/OPT-01-WARREN-DEXTER-POURQUOI.wav Faut-il mutualiser les moyens et se servir des Fare ora pour assurer une présence dans les îles, céder les biens immobiliers, s’inspirer de La Poste en France qui renoue avec les bénéfices en diversifiant ses activités, s’associer avec une banque locale, privatiser certaines activités, remotiver le personnel ? « Aucune piste sérieuse ne semble se dégager », a souligné Pascale Haiti, « mais il faudra davantage que des économies de bouts de chandelle pour remettre l’OPT sur de bons rails. » Nuihau Laurey, lui, pense aussi qu’il faut dépasser le « tabou », parler salaires et plan social, et « trancher sur ce qui relève du service public ». « Le caillou dans la chaussure c’est le service dans les îles » La réflexion de Warren Dexter semble s’acheminer vers une délégation de service public pour les activités postales voire bancaires. « On n’a pas de recette miracle, le caillou dans la chaussure c’est le service dans les îles (…) Tous les ans il faut entretenir tous ces actifs, avec des rentrées qui sont bien inférieures à ce que ça coûte. Il faut qu’on puisse se dire que toutes les activités qui sont déployées dans les autres archipels, c’est du service public, parce que jamais ça ne pourra être rentable. L’idée c’est vraiment d’arriver à un schéma de DSP. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2025/06/OPT-02-WARREN-DEXTER-DSP.wav Une délégation de service public n’est pas forcément la panacée en soi, on le voit dans le secteur aérien domestique ou celui des transports publics qui ne satisfont pas tous les usagers, on l’a vu récemment avec les marinas sur lesquelles la DSP proposée par le Port autonome n’avait pas trouvé preneur. Et le Pays se voit contraint pour l’attribuer de lui consacrer davantage de fonds publics. En revanche, il affiche une masse salariale en baisse lorsqu’il externalise ces services. En attendant la présentation d’un plan de redressement actualisé, rappelons que le budget 2025 prévoit une subvention de 1,4 milliard au groupe OPT.